Trois bouts de tissu et le théâtre met les voiles
Les tout-petits sont gâtés aussi aux Rencontres de Théâtre Jeune Public à Huy
On fait tout un plat du théâââtre, mais finalement ce n’est pas autre chose qu’un grand terrain de jeu. Le constat est flagrant dans les spectacles pour les petits. La dramaturgie y devient toboggan, l’intrigue se façonne à la plasticine et la scénographie se mue en bac à sable avec pelles et râteaux. Prenons Le Grand Ron d (dès 3 ans) de la Berlue. Sur le plateau, un cercle vide attire deux explorateurs. Chacun avec sa manière bien à lui d’appréhender l’espace. Elle est minutieuse et mesure circonférence et diamètre en faisant le grand écart, en nageant à la brasse, ou en mesurant le nombre de pieds. Verdict : 18 et des orteils. Lui est plus approximatif dans ses calculs et envahit peu à peu son territoire à elle. Pas vraiment prêts à partager le rond, ils vont s’affronter à coups de tissus, plus ou moins grands, jouant des tours plus ou moins lâches. Que d’inventivité cousue sur de simples étoffes faisant naître des combats de samouraïs, des drapeaux révolutionnaires, des impératrices romaines, des rafales de vent. On ne vous révélera pas la fin, évidemment, seulement que Violette Léonard et Luc Fonteyn ouvrent des horizons exaltants, avec une formidable simplicité.
Même esprit joueur chez la Compagnie Nyash. Si Terre Ô (dès 2,5 ans) doit encore resserrer, bousculer un début fort lent, le reste du spectacle embraye sur de contagieux badinages manuels, jonglant entre terre et eau dans des mélanges facétieux. La danseuse souffle dans la poussière pour créer de poétiques nuages, se roule dans un jubilatoire bain de boue, joue avec l’empreinte de ses mains, rivalise avec Jackson Pollock dans des éclaboussures, dessine de primitifs tableaux et convoque d’intrigants monstres de glaise, sculptés avec son menton. Les enfants sont captivés par ces jeux interdits, cet atelier où jouer avec la terre et la boue n’est plus défendu.
Il n’y a pas que chez les tout-petits que le théâtre prend des airs de plaine de jeux. Chez les plus grands aussi, on prend des paris ludiques pour faire galoper le plaisir, et le rire. Avec Vu d’ici (dès 6 ans), il suffit à la Compagnie Les Pieds dans le Vent de quelques stores, un papier peint clignotant et deux comédiens pétaradants pour embarquer les enfants dans une petite heure divertissante. Un homme et une femme habitent le même immeuble. Elle au cinquième étage, lui au deuxième. Ils s’observent depuis longtemps mais ne se sont jamais parlé. Jusqu’à cette panne d’électricité. A tâtons, dans le noir, ils font connaissance. Il aime la musique classique, elle le rock. Il met des pull-over, elle des pulls en V. Il aime les carbonnades flamandes, elle n’aime pas la viande. Bref, tout les oppose mais un étrange incident va guider la flèche de Cupidon. On rit franchement dans cette comédie rehaussée par un décor génial : un intérieur qui zappe entre deux appartements par le jeu de tasses à double face et de papier peint intermittent. C’est simple et efficace.



