A La Rochelle, Manuel Valls répond aux attaques

Catherine Dubouloz à La Rochelle
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Très attendu à l’université d’été du PS, le ministre de l’Intérieur a de nouveau été ovationné, mais il a aussi essuyé quelques huées.

Une nuée de caméras et de perches pour la prise de son, la meute des photographes et des journalistes. Les militants doivent s’écarter sur-le-champ, ce samedi matin : la vague se déplace comme un tsunami que rien n’arrête sur le parvis de l’Espace Encan, où se déroule l’université d’été des socialistes. Au centre de l’attention, Manuel Valls, très attendu à La Rochelle. Le ministre de l’Intérieur participe à l’un des débats les plus courus de la manifestation sur les moyens de lutte contre l’extrême droite, dont la poussée électorale persistante inquiète les socialistes à sept mois des élections municipales et à dix mois des élections européennes.

Omniprésent sur le terrain durant l’été, le plus populaire des ministres sort d’un mois d’août compliqué. Ses prises de positions ont heurté une partie de son camp – l’aile gauche du parti et les jeunes socialistes notamment – et provoqué d’intenses polémiques dans la majorité : c’est le cas de sa prise de position contre la réforme pénale de sa collègue Christiane Taubira, autre poids-lourd du gouvernement, qui a fuité dans Le Monde, ou de son soutien à l’idée d’interdire le voile à l’université. La dernière polémique en date a été provoquée par une autre fuite, celle sur des propos évoquant une possible remise en cause du regroupement familial. L’incident a pris une telle ampleur, provoquant l’ire des ministres écologistes, qu’il a donné lieu à un recadrage du président de la République. François Hollande espérait une rentrée plus sereine et moins parasitée par des conflits entre ministres.

Dans ce contexte, c’est souriant mais un brin tendu que le ministre de l’Intérieur est monté sur l’estrade. Comme l’an dernier, il a été fortement applaudi, signe que son discours de fermeté, est en phase avec une grande partie des militants. Mais la ferveur était un peu moins forte qu’il y a un an, moins spontanée aussi et Manuel Valls a également essuyé quelques huées du fond de la salle, du côté des jeunes socialistes, notamment lorsqu’il a défendu le démantèlement des campements roms. La frénésie médiatique qu’il déclenche sur son passage a aussi le don d’énerver les militants.

Le locataire de la place Beauvau a passé au crible les critiques, se défendant avec ardeur, le verbe haut, la chemise trempée. A l’intention de ceux qui en doutent à gauche, il a adressé cette mise au point : « Le ministre de l’Intérieur est de gauche, socialiste et fier de l’être. (…) L’immigration est une chance pour notre nation. Ne menons pas de faux débats entre nous ». Toujours « intransigeant » sur la défense de la laïcité, celui qui avait voté avec la droite pour la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public, a partagé sa « conviction profonde » que « l’islam est compatible avec la démocratie ».

Manuel Valls a ensuite tenté de pacifier la situation avec la ministre de la justice, elle-même accueillie en héroïne à La Rochelle. « Christiane Taubira est une amie », a-t-il assuré. Une référence à Aimé Césaire, le poète antillais admiré et souvent cité par la Garde des Sceaux, qui disait : « J’ai le libre choix de mes amis. » Si le ministre de l’Intérieur dit refuser l’opposition classique entre police et justice, le duel entre les deux gauches qu’incarnent ces deux personnalités attend encore l’arbitrage de François Hollande, qui se prononcera le 30 août sur la réforme pénale.

Sur la forme, le ministre arrondit les angles. Sur le fond, son positionnement ne change pas. Sa volonté est intacte de « restaurer pleinement l’autorité de l’Etat » et de « garantir l’ordre républicain ». Pour lui, « le désordre et l’insécurité sont des injustices ». « Ne laissons jamais germer ce sentiment terrible de l’abandon, de la relégation », lance-t-il en référence au Front national dont le discours s’adresse de manière récurrente aux « oubliés ». Manuel Valls et les thèmes qu’il porte seront en première ligne dans la bataille des municipales.

Vos réactions

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1. Tardis II dit le 25/08/2013, 22:28

Casting original dans le gouvernement de l'hypo présidence, Manuel Valls déplaît aux communautaristes dont il retarde la lente mais inexorable conquête des normes sociales... et tout comme en Belgique il est la cible de la bienpensance, car il ne faut surtout pas s'éloigner de la ligne, où qu'elle mène... Marrant, en France et en Belgique la bienpensance a les mêmes représentants...

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