Ayrault tente d’unifier la gauche pour 2014
Le Premier ministre a lancé la mobilisation pour les élections municipales de 2014. La victoire passe par l’union de la gauche, a-t-il rappelé, en rappelant à l’ordre ses ministres
Le contraste est frappant. L’année dernière, à l’université d’été des socialistes, Jean-Marc Ayrault avait participé à une discussion sur les questions d’actualité avec les jeunes socialistes. Cette année, le Premier ministre a prononcé le grand discours de clôture de la manifestation, dimanche en fin de matinée. Un discours de chef de la majorité, au ton ferme et offensif. Le chef du gouvernement a à la fois précisé les enjeux politiques de la rentrée, recadré les ministres trop bavards et lancé la mobilisation pour les élections municipales de 2014, dont le PS sait qu’elles seront difficiles à remporter face à l’UMP et au Front national.
La rentrée politique d’abord. Jean-Marc Ayrault a défendu, devant des troupes qui ne lui sont pas toutes acquises sur le sujet, la réforme des retraites : «Notre responsabilité est de garantir que notre système de retraite par répartition traverse le temps. » Le Premier ministre rencontrera les partenaires sociaux lundi et mardi, il rendra un arbitrage peu après. Selon des fuites dans les médias, le gouvernement ne devrait pas annoncer d’augmentation de l’âge légal de la retraite, mais une hausse de la durée de cotisation. Une augmentation de la CSG (contribution sociale généralisée) pour financer une partie du déficit n’est pas exclue, ce qui relancera le débat sur le « ras-le-bol fiscal ». « Nous introduirons aussi de nouveaux droits pour ceux qui exercent des métiers pénibles », a promis le chef du gouvernement.
Mécontent des querelles estivales qui ont fait les délices de la droite et des médias, Jean-Marc Ayrault a remis à l’ordre publiquement ses ministres : «Le débat entre sensibilités est nécessaire. Il y a des congrès pour cela. Il peut y avoir des désaccords, il y a des instances du parti pour les exprimer. Je n’ai pas une vision caporaliste de la politique. Je préfère la richesse de la diversité à la sécheresse de l’uniformité. Mais je ne suis pas non plus adepte de l’angélisme. Chaque fois que le débat est sur la place publique avant même d’avoir été posé entre nous, c’est une faute contre le collectif. » Allusion directe à la polémique entre Manuel Valls et Christiane Taubira sur la réforme pénale (lire ci-dessous), qui a largement occupé les esprits à La Rochelle. Jean- Marc Ayrault a mis les points sur les « i » en raillant le goût de certains pour la célébrité : « Je vois des clubs et parfois des mini clubs se créer. J’entends des prises de position qui donnent quelques secondes de visibilité à leurs auteurs. Mais j’entends surtout des Français qui ne goûtent pas toutes nos subtilités et qui ne retiennent qu’un sentiment de flou. J’entends surtout des militants qui ne comprennent pas que les jeux personnels viennent ruiner leurs efforts. »
Mais l’appel au rassemblement dépasse les membres du gouvernement et même les socialistes. Pour remporter les élections municipales de 2014, un scrutin intermédiaire périlleux pour le PS, Jean-Marc Ayrault a appelé à l’unité « impérative » de l’ensemble de la gauche, y compris les communistes. « Dans une compétition à trois, il faudra arriver en tête parce que la droite ne pratiquera pas le front républicain dans l’hypothèse où elle serait devancée par le PS et le FN. Le risque de la division sera la perte de municipalités et l’entrée du Front National », a-t-il prévenu. De son côté, Harlem Désir, le patron du PS, a demandé à Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche, « de ne pas fracturer la gauche » en réservant aux seuls socialistes ses « attaques outrancière et exclusives ». « Je voudrais juste lui rappeler que la droite existe », a-t-il ironisé.
Les divers intervenants l’ont martelé au cours des trois jours d’université d’été : le PS va dès à présent engager la bataille idéologique, « valeurs contre valeurs », « programme contre programme » contre « le bloc droitier de la droite extrémisée et de l’extrême droite », qu’il s’agisse du FN ou des mouvements nés de l’opposition au mariage homosexuel, comme Le Printemps français. Ancien d’SOS Racisme, Harlem Désir a retrouvé une cause qui lui est chère: « Avec la crise, comme dans les années 30, ou au début des années 80, l’extrême droite s’enhardit, se croit autorisée à sortir de son trou pour venir ronger le pacte républicain. (…) J’appelle solennellement à refaire du combat contre l’extrême droite une priorité. » Plusieurs ateliers de formation ont été organisés à La Rochelle pour donner des argumentaires aux militants qui mèneront la bataille des municipales.
Comme d’autres responsables du parti, Jean-Marc Ayrault a lancé cette mise en garde: « L’extrême-droite de Marine Le Pen a modernisé son discours, gommé les références suspectes, écarté les crânes rasés. Mais cette nouvelle extrême-droite a changé de masque, sans changer de visage. Marine Le Pen n’est pas moins à l’extrême-droite que son père. Ce qui la distingue, c’est sa volonté de conduire son parti au pouvoir, là où son père se livrait à des provocations qui le rendaient infréquentable. » Le verdict du rapport de force tombera dans sept mois.







Comment osent-ils encore se dire de gauche et s'appeler socialistes ?