Le 11h02: «Intervenir en Syrie, c’est devenu inévitable»
Les experts de l’ONU doivent commencer à enquêter lundi sur les lieux d’une attaque chimique présumée survenue mercredi en Syrie. « Même sans leurs conclusions, on sait déjà que les agissements du régime Assad sont intolérables », a précisé Jurek Kuczkiewicz dans le 11h02.
Une question revient beaucoup chez nos internautes ; comment peut-on être complètement sûr qu’il y a eu une intervention chimique en Syrie ?
La seule manière d’en être sûr, c’est par des preuves matérielles que les enquêteurs de l’ONU vont tenter de rassembler. Étant donné que l’attaque aurait eu lieu il y a 6 jours il est probable que bon nombre de ces preuves aient été détruites, notamment du fait de bombardement « conventionnel » de la zone concernée par l’armée syrienne.
Il n’y a plus beaucoup de doute, et bon nombre de dirigeants vont en ce sens. Il y a une multiplicité et une simultanéité de témoignages qui rapportent un afflux d’arrivés de blessés souffrants des mêmes symptômes neurotoxiques. Médecins sans frontière notamment est en contact avec des hôpitaux sur place et rapporte des témoignages significatifs.
Le timing de ces attaques est un peu étrange : Assad sait qu’il passe la ligne rouge et risque une réaction de la communauté internationale, risque d’autant plus important qu’il y avait des secrétaires de l’ONU présents en Syrie à ce moment-là… Est-il possible d’imaginer que les rebelles soient les auteurs des attaques ?
Les armes chimiques ne sont pas entre les mains de tout le monde : elles sont complexes à stocker, à manipuler, à utiliser. Jusqu’à présent, les stocks de ces armes sont uniquement aux mains d’organisations étatiques. On a régulièrement peur que des armes chimiques tombent aux mains d’organisations djihadistes ou terroristes mais jusqu’à présent cela n’a pas été le cas, et même si cela devait arriver, ces armes sont extrêmement compliquées à manipuler, n’importe qui ne peut pas les utiliser.
En Syrie il y a eu des utilisations présumées antérieures, dans le courant des deux derniers mois. C’était alors des utilisations assez limitées, ponctuelles, sur de très petites zones. Dans ces cas-là, on aurait pu imaginer que cela aurait été le fait de petites organisations. Mais cette fois, il s’agit d’attaques massives, consécutives au largage aérien de 4 bombes. Une telle organisation est complexe, et donc certainement le fruit du régime de Bachar-Al-Assad.
Il n’est donc pas possible que les rebelles soient les auteurs de ces attaques. Aujourd’hui, qui sont ces rebelles syriens ?
C’est un peu le chaos. En vérité plus personne ne s’y retrouve trop. Au départ cela a été une rébellion classique : des militaires, des généraux et des fonctionnaires qui on fait défection du régime. Puis il y a eu affluence de djihadiste. Et maintenant il y a deux organisations affiliées à Al-Quaida : l’Etat de l’Irak et du Levant, et d’autre part le Jabhat Nosra. Mais il y a de nombreuses autres organisations. Il y a même une brigade tchétchène qui aurait peut-être été envoyée avec la complicité de la Russie pour « foutre le bordel ». Parmi cette multitude de groupes, a priori aucun d’entre eux n’est capable d’acquérir des armes chimiques.
Plusieurs commentaires à propos de votre édito posent la même question ; « A vous lire, on se demande quand doit-on intervenir, et pourquoi ne l’a-t-on pas encore fait ? ». Laurent vous demande : « Sait-on ce qu’on risque en délogeant Bachar All Assad : qui risque de prendre sa place ? ».
C’est ça le problème. Les états occidentaux ont passé le week-end à se concerter pour savoir quel type d’intervention ils doivent mener. A priori, il n’est absolument pas question d’une intervention comme en Irak. On pense que cela va plutôt prendre la forme de frappes ciblées pour affaiblir le régime. La question cruciale qui se pose est alors de savoir qui vient après. Si Assad est affaibli, cela va accélérer sa chute. Il est difficile de lui enlever le contrôle de l’Etat quand on sait que ceux qui sont les plus à même de prendre le contrôle ensuite sont les djihadistes. Cela est impossible aux yeux de la communauté internationale. Il n’existe pas à ce jour d’alternative un peu respectable pour remplacer Assad. Il faut donc disposer d’un scénario si on décide d’envoyer quelques frappes ciblées.
Beaucoup d’internautes font la comparaison avec l’Irak : ce fiasco n’est-il pas une des principales raisons de la prudence de Barack Obama aujourd’hui ?
Si évidemment, mais le paradoxe est terrible car l’Irak et la Syrie ne sont pas comparables. En Irak il n’y avait pas d’armes de destruction massive. Les États-Unis ont fait croire à la présence de ces armes pour avoir un prétexte pour envahir l’Irak. Il y sont rentré et ont créé un chaos, une guerre confessionnelle absolument terrible.
En Syrie c’est le contraire Il y a des armes, on le sait, et elles ont déjà probablement été utilisées de manière massive. Pourtant on continue à se dire « il faut vérifier cette utilisation », tout en ayant peur de créer un chaos. Or, le chaos, est déjà là : les insurgés et les djihadistes sont déjà en train de s’entre-tuer et de se battre pour le contrôle de certaines zones.
L’intervention en Syrie est-elle désormais inévitable ?
Je crois que c’est inévitable. A un moment donné cela ne devient plus tenable de sortir des arguments politiques ou autres pour laisser une population se faire assassiner. Et en dehors du plan moral, sur le plan tactique et stratégique cela n’est pas intelligent de laisser un tel chaos s’installer.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Personne ne conteste le caractère despotique du régime de Bachar Al-Assad, ni son penchant pour la répression violente, mais en face ce ne sont pas de gentils démocrates, les insurgés ne cherchent pas à établir un état de droit où chacun sera libre. Ils veulent instaurer une autre dictature, au moins aussi sanglante, et probablement pire. Ce qui est horrible, c'est de voir les populations civiles prisent entre un le marteau du régime et l'enclume jihadiste. Dans aucun discours je ne ressens de compassion pour ces victimes.
Une seule attaque au gaz dans la périphérie de Damas quelques jours avant l'inspection de L'ONU, Quand Obama a parlé de ligne rouge, ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, c'est l'opposition syrienne qui a le plus intérêt à une réaction des occidentaux. Le citoyen est devenu sceptique, probablement trop aux yeux de ceux qui ont comme mission de l'informer, mais il faut admettre que depuis le début des événements de Syrie et aussi dans la façon de décrire le printemps arabe, la position partisane des médias, sans aucune nuances, à conduit le citoyens à un doute profond..
Vous déclarez que les jihadistes ne sont pas formés à la manipulation d'armes chimiques et que seuls les états ont les moyens de les utiliser... mais c'est oublier que nombres de ces groupes islamistes sont financés et entraînés par des états. Dès lors, comment pouvez-vous être sûrs que ces jihadistes ne sont pas rompus aux maniement d'armes de destruction massive ? Des Talibans aux Contras, tous ont reçu les formations nécessaires afin de faire tomber les régimes visés.
Le 30 mai 2013, des médias turcs et russes ont annoncés que des djihadistes rebelles syriens ont été arrêtés par la police turque avec 2 kg de gaz sarin. - http://www.youtube.com/watch?v=bs6qVJdxLgk#t=35




Le monde politique occidental a prit ses désir pour des réalités, un monde arabe démocratique, libéré des dictatures, pendant que des pays comme le Qatar, très peut démocratique, finançaient les djihadistes. C'est la même illusion qui ont conduit les USA dans leur sale guerre en Irak, pays qu'ils ont foutus à feux et à sang. Nos médias ont sciemment minimisé la réalité des forces confessionnelles en présence dans ces pays et des groupes de population antagoniste. Voilà pourquoi le citoyen captif des médias, se rebiffe.