Marie Gillain: «Ce film,c’est l’histoire d’une émancipation»

Nicolas Crousse
Mis en ligne

Elle incarne dans « Landes » une patronne

féministe avant l’heure, fragile et forte à la fois, confrontée aux résistances d’un groupe d’hommes.

A 38 ans, bonne nouvelle, Marie Gillain retrouve des rôles enfin à la mesure de son talent.

En deux films, Marie Gillain vient de se refaire une bien jolie santé. Elle tourne désormais peu. Mais son économie de présence semble payante tant elle est convaincante dans Landes, qui sort demain sur nos écrans, comme elle l’était il y a deux ans dans Toutes nos envies, de Philippe Lioret.

Dans Landes, qui se passe en 1920, elle incarne Liéna, une jeune veuve contrainte à reprendre les affaires et le puissant héritage de feu son mari, dont elle aimerait propager le rêve : l’installation de l’électricité sur ses terres immenses. Non sans provoquer la colère des hommes…

Vous vous faites rare dans le cinéma. Cela faisait deux ans, depuis « Toutes nos envies », qu’on n’avait plus eu de nouvelles de vous. Pourquoi cette absence ?

Après le film de Lioret, j’ai vraiment eu besoin de me poser. Je me suis donnée corps et âme à ce film, presque plus qu’il n’en faut. J’en suis sortie émotionnellement un peu éprouvée. Après ça, j’avais envie de retrouver un peu de légèreté. Mais pas évident après un rôle comme ça. On se remet à être exigeant, du coup !

La femme que vous incarnez dans « Landes » est pourtant très différente de celle de « Toutes nos envies » !

Liéna, dans Landes, c’est le contraire de Claire. C’est l’histoire d’une émancipation. Un personnage très viscéral, impulsif, dans un contexte historique très original. Avec une femme propriétaire, qui veut le progrès à tout prix et qui se rend compte que ce progrès passe davantage par un progrès social que technologique.

Dans « Landes », comme dans le film que vous venez de tourner au Chili (NDLR : « Mirage d’amour avec fanfare », de Hubert Toint… que devait réaliser Bernard Giraudeau), la nature est centrale. J’imagine que ce n’est pas un hasard si vous êtes de ces deux films ?

C’est vrai. La forêt, dans « Landes », c’est un personnage à elle toute seule. Pour Liéna, c’est comme un parcours initiatique. Il faut qu’elle sorte de cette forêt pour s’émanciper en tant que femme, et en même temps c’est ce qui la construit. Ce sont ses racines. La nature est plus forte que tout, finalement. Dans un parcours initiatique, et c’est propre au cinéma comme à tous les individus que nous sommes, les grands espaces nous révèlent à nous-mêmes. Et c’était ça aussi, dans le désert d’Atacama, au Chili, où j’ai eu l’occasion de m’échapper trois à quatre jours. Là-bas, on revoit ses priorités, on retrouve un peu sa place d’être humain, loin du contexte urbain, qui nous aliène si souvent par tant de situations du quotidien. Les lieux de nature sont des lieux d’apaisement et de silence.

Comme s’il fallait de temps en temps fuir la ville ? Et fuir Paris, pour vous qui y vivez ?

Je suis une fille de village. J’ai grandi dans une ferme, dans un village de 600 habitants en Belgique. Et de ça, je suis passée un jour à Paris ! Je n’ai pas eu vraiment un petit sas de décompression. Ça fait vingt ans que je vis à Paris. Ville que j’aime mais que je fuis en même temps. Au bout d’un moment, j’ai une durite qui explose dans mon cerveau. Et qui me dit : tu es quand même une fille de la campagne !

Vous n’avez jamais rangé dans une armoire parisienne la petite fille de la campagne ?

Non ! La petite fille de la campagne est juste devenue citadine, comme d’autres. Mais un jour, on se dit : c’est pas ça, la vie que j’avais imaginée.

Comment vous expliquez-vous que les beaux rôles de femmes reviennent aujourd’hui vers vous ?

Ça ne date pas d’aujourd’hui. J’étais déjà dans ma tête et depuis assez longtemps dans des envies autres que des gamines de 25 ans qu’on a continué à me proposer longtemps. Il y a des cycles, dans la vie d’actrice, qui ne sont pas toujours en adéquation ou en symbiose parfaite avec la vie de femme. Les gens dans ce métier m’ont connue très jeune. Et comme j’ai l’air apparemment juvénile, c’est en tout cas ce qu’on m’a souvent dit, du coup ça m’a poursuivie longtemps. C’est à la base flatteur, mais ça a pu me desservir par après. On pensait davantage à moi pour des rôles de femme-enfant que pour de vrais rôles de femmes. Le film de Lioret a permis de prouver le contraire. Alors maintenant c’est plus simple.

Se débarrasser d’un visage poupin, ce fut tout le défi de Leonardo DiCaprio !

D’ailleurs je n’arrive jamais, et encore maintenant, à le voir comme un homme. Avec tout le respect que j’ai pour lui, et son talent est grand !, je vois encore en lui un jeune garçon qui aurait grandi trop vite et qui serait mal dans son corps d’adulte. Je crois qu’à un certain moment, on ne peut pas lutter contre sa nature.

Osez la rencontre !