La méditation contre la clope
Apprendre à méditer pour arrêter de fumer ? Une étude démontre l’intérêt de la technique. Les spécialistes y sont plutôt favorables, comme appoint.
La méditation pour arrêter de fumer ? Ce n’est assurément pas une thérapie conventionnelle… Mais une nouvelle étude, publiée dans la revue de référence Pnas, prouve manifestement une réelle efficacité avec plus de 60 % de la réduction de tabac fumé après seulement 5 heures de formation. Plus étonnant encore : les chercheurs ont objectivé l’efficacité de cette technique en découvrant que des parties du cerveau impliquées dans la récompense et le manque sont effectivement mobilisées par cette technique, aujourd’hui souvent appelée, en français, de « pleine conscience ».
Info ou intox ? A priori, la technique ne semble pas très rigoureuse : « l’entraînement intégratif corps-esprit » intègre de la relaxation corporelle, de l’imagerie mentale et de l’entraînement à la pleine conscience avec l’aide d’une musique (qu’on imagine planante) pour atteindre un « état méditatif ». « Il ne faut pas créer d’effort pour contrôler sa pensée, mais atteindre un état d’absence d’alerte complètement calme qui permet un haut degré d’attention de son corps, de son esprit et de son environnement », expliquent les auteurs.
Des zones cérébrales activées
Intox ? Les chercheurs d’Austin ont mesuré la consommation réelle de tabac en testant le monoxyde de carbone exhalé : les fumeurs qui ont été formés à cette technique ont effectivement diminué leur consommation de 60 %, tandis que des fumeurs formés à de simples techniques de relaxation ont continué à fumer comme d’habitude. En utilisant les techniques d’imagerie médicale fonctionnelle, les chercheurs ont constaté que, avant la formation à la « pleine conscience », les fumeurs affichaient une activité réduite de zones du cerveau comme le cortex singulaire antérieur, du cortex préfrontal (gyrus ventrolatéral). « Des zones qui jouent un rôle clé dans l’addiction et qui peuvent expliquer un déficit dans le contrôle de soi qui pilote la santé mentale, l’indépendance financière ou le comportement criminel », avancent les auteurs. Qui, alors qu’ils ne constatent aucune modification chez les autres fumeurs, voient, chez ceux formés à la « pleine conscience », une « augmentation significative de l’activité des zones cérébrales concernées dans le contrôle de soi ». Par contre, d’autres régions, comme le cortex singulaire postérieur et le cérébellum, affichaient une activité diminuée après cette formation. « Le principal effet semble une diminution de l’effet de manque, même à très court terme. » Les chercheurs n’ont pas encore pu vérifier si la diminution de la consommation de tabac se prolongeait. Mais, après un mois, les fumeurs formés n’avaient pas rehaussé leur consommation. « Nous sommes conscients que cette étude ne porte que sur un petit nombre de fumeurs et que l’on doit vérifier si cet effet dure. La technique ne force pas à résister à l’envie pressante de fumer, mais améliore la capacité d’autocontrôle pour mettre à distance le manque et la fumée. »
« La pleine conscience semble permettre de ne pas se laisser submerger par la pensée négative, explique Bérengère Janssen, psychologue-tabacologue au Fares. D’accepter son envie de tabac, de ne pas s’y opposer de face, ce qui souvent aboutit à une rechute. On compare un peu cette technique à du surf, il faut surfer sur la vague de son envie, tandis que la prendre de face ne peut vous entraîner qu’à boire la tasse. Il faut contrôler, en se laissant porter. »



