Amélie Nothomb - Retour gagnant au Japon
Un état proche du bonheur: voilà comment nous nous sentions à la dernière page du 22e roman d’Amélie Nothomb, La nostalgie heureuse.
Un état en harmonie avec le titre, qui ne nous est pas familier au moment de découvrir, millésime après millésime, la production régulière de l’écrivaine belge la plus populaire aujourd’hui. Nous n’avons en effet pas souvent partagé l’enthousiasme des quelques centaines de milliers de lecteurs et de lectrices qui lui font fête à chaque publication, au mois d’août pour l’édition originale, un an et demi plus tard pour la sortie au format de poche.
Entendons-nous bien, puisque ceci mérite une explication: depuis 1992, le talent de la romancière est une évidence difficilement contestable. Elle possède le don de la formule, du dialogue, du trait vif – bien d’autres se contenteraient d’une partie de ce qu’elle a reçu. Mais, car il y a un «mais», il nous a trop souvent semblé qu’elle gâchait ce don, en enfant capricieux qui se détourne très vite de ses plus beaux jouets: un vague sujet lui sert de prétexte à filer un récit bref, qu’on lit en une heure et dont on oublie tout très vite, sauf l’anecdote départ. Une nouvelle aurait suffi, nous sommes-nous dit à de multiples reprises…
De plain-pied avecleprésentabsolu
Et pourtant, chaque année, nous revenons vers Amélie Nothomb avec la certitude qu’elle réussira bien, un jour ou l’autre, à nous séduire de nouveau. La patience est toujours récompensée: c’est fait! Et dès les premières lignes qui sont une promesse cette fois tenue.
«Tout ce que l’on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l’âge de cinq ans, quand on m’en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me gênèrent. Que pouvais-je dire du pays que j’avais cru connaître et qui, au fil des années, s’éloignait de mon corps et de ma tête?»
On ne peut plus croire à la coïncidence: quand Amélie Nothomb est à son meilleur, comme ce fut le cas dans Stupeur et tremblements ou dans Ni d’Eve ni d’Adam, c’est du Japon qu’elle nous parle, c’est-à-dire d’elle-même dans ses fractures les plus intimes. Elle utilise bien le détournement d’autobiographie dans d’autres romans, mais sans nous toucher de la même manière, comme si c’était bien là, et nulle part ailleurs, que se trouvait sa vérité de femme et de romancière.
Epiphanie
L’anecdote: la romancière accepte de partir au Japon avec une petite équipe de télévision pour tourner un reportage sur les traces de son enfance. Elle a accepté d’autant plus facilement qu’elle pensait que le sujet serait refusé. Et puis, non, le projet se monte et il faut bien y aller, même à reculons. Quinze ans après son dernier séjour, elle donne deux coups de téléphone pour préparer celui-ci: au fiancé de Ni d’Eve ni d’Adam et à la gouvernante de sa petite enfance, qui a gardé la voix qu’elle avait autrefois.
Sur place, pendant neuf jours, les contraintes parfois absurdes d’un tournage pour la télévision ne parviennent pas à contenir ses émotions. Ainsi quand elle tombe en pâmoison devant un caniveau où elle reconnaît celui de son enfance, sans le moindre changement. Elle le fait remarquer à ses accompagnateurs, pour lesquels ce détail n’a bien sûr aucun intérêt. Ce décalage, elle le vit à plein, tout le temps, et jusque dans les rencontres. Cela pourrait être vain. Au contraire: c’est plein. Bien que parfois indicibles, les moments sont dits, écrits, jusqu’à faire ressentir le vide parfait et le kensho: «Une épiphanie de cet état espéré, où l’on est de plain-pied avec le présent absolu, l’extase perpétuelle, la joie exhaustive.»
Amélie Nothomb à son meilleur, c’est excellent.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Monsieur Pierre Maury, Nous n'en avons plus rien à battre de votre Nothomb. Cette prétentiarde annuelle qui sort son petit numéro chaque année. On est fatigué. Parlez-nous de ce qui a la force de l'exigence et épargnez-nous les pantalonnades annuelles de la femme au chapeau de grande surface. Merci d'avance.




Monsieur ledroit20: vos expressions autoritaires et englobant généreusement en un "vous" présomptueux tout lecteur potentiel de cet article sont désagréables. "Nous" n'en avons plus rien à battre, "On" est fatigué, "épargnez-nous"... mais parlez pour vous, crénom! Laissez-moi tranquille, avec vos leçons et votre agressivité! Moi, j'aime Amélie Nothomb, JE suis ravi de cet article objectif offrant un regard sur cette nouvelle sortie, JE suis un lecteur plutôt avide et je me passe du ton professoral de quelques grincheux fâchés avec la vie et ses fulgurances pour effectuer mes propres choix littéraires. Question prétention, honnêtement, vous vous posez quelque part, Monsieur ledroit20. Et avec nettement moins d'originalité que la dame au chapeau -de grande surface, vous posez la prétention bien bas, non?