Quand la forêt devient un vrai produit touristique
Anlier, Chimay et Saint-Hubert expérimentent la stratégie touristique en forêt.Ils proposent des packages thématiques.Mais impossible d’y construire des cabanes.
Loger forêt, manger forêt, s’habiller forêt, se bouger forêt, consommer forêt… En bref, pratiquer le tourisme vert comme on pratique les sports d’hiver… Le concept est né en 2008 dans la tête du professeur Daniel Bodson, chargé par le ministre Lutgen (CDH) de définir une stratégie pour le développement touristique de la forêt wallonne. Cinq années et bien des tergiversations politico-administratives plus tard, le projet « Les forêts d’Ardenne » – l’Ardenne s’entendant au sens large – vient d’être porté sur les fonts baptismaux par les ministres Furlan (PS) et Di Antonio (CDH).
L’idée : on privilégie une logique de produit plutôt qu’une logique de gisement, on ne se contente pas de mettre le patrimoine forestier à disposition des touristes mais on construit des offres répondant au souhait de la clientèle contemporaine. Et ce souhait c’est souvent manger du gibier plutôt qu’un moules-frites à Saint-Hubert, c’est d’abord se balader au grand air avant de plonger dans une piscine tropicale, c’est – pourquoi pas – dormir à l’orée du bois et pas dans une « black box » au milieu de nulle part. « 85 % des touristes choisissent la Wallonie pour ses atouts verts », a rappelé le ministre Di Antonio.
A travers le projet « Les Forêts d’Ardenne », la Wallonie soutient les opérateurs capables de proposer des produits prêts à être consommé sur le thème forestier, d’assurer la promotion de l’idée, d’organiser des événements sur ce thème… Après un appel à projets parmi les acteurs touristiques des huit massifs forestiers que compte le territoire, quatre avaient été retenus pour implémenter le concept sur le terrain. Parmi eux, trois ont finalement mené la barque à bon port : la Grande forêt d’Anlier, la Forêt du Pays de Chimay et la Grande Forêt de Saint-Hubert. L’opérateur du massif de la Semois ayant jeté l’éponge en cours de route, cette région ne fait pas partie de la présente opération. Tout espoir n’est cependant pas perdu : les maisons du tourisme de Bouillon, Florenville et Vresse-sur-Semois ont relancé le dossier et espèrent retenir l’attention du ministre.
A la clé ? Certainement pas un paquet de millions mais un label « Forêts d’Ardenne » et quelques subventions pour lancer la machine, soit deux fois 75.000 euros par massif. Par la suite, les porteurs de projets pourront recourir aux aides classiques pour l’investissement et la promotion touristiques.
D’ici là, le monde politique aura un fameux problème à résoudre : assouplir les règles d’aménagement du territoire. Car pour manger, dormir ou jouer en forêt, il faut pouvoir y construire, notamment ces cabanes, refuges et autres hébergements insolites qui font la joie des visiteurs. Or, les règles actuelles en la matière frisent l’intolérance. « Par rapport à la France, nous avons une guerre de retard », dit André Bouchat, député CDH et président de l’association Ressources Naturelles Développement. L’édile va déposer une proposition de décret pour faciliter les investissements à la lisière des bois. S’il aboutit, il permettra l’éclosion d’un tourisme en forêt respectueux de ceux qui en vivent, de ceux qui y vivent et de ceux qui ont envie d’y rêver.
ÉRIC BURGRAFF



