Bernard Stiegler : l’art du temps
Il a animé un club de jazz dans sa jeunesse à Marseille ; aujourd’hui ce philosophe des nouvelles technologies, passé par l’IRCAM, dirige l’Institut de Recherche et d’Innovation qu’il a fondé au Centre Georges Pompidou. Une aventure où la technologie offre de nouvelles perspectives de création et d’écoute.
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« L’art du temps » va faire dialoguer le jazz et le logiciel d’improvisation Omax. C’est presque un raccourci de votre vie ?
Cela rapproche en tout cas mes premières initiatives et mes recherches récentes. C’est pour cette raison que j’ai immédiatement accepté de collaborer à ce projet.
Un logiciel d’improvisation n’est-ce pas une contradiction en soi ?
Bien sûr mais nos logiciels ne développent pas des pistes d’improvisation. Ils se font l’écho des processus d’improvisations des musiciens et proposent, après traitement, certaines modalités de réponses qui peuvent ouvrir la voie à d’autres réponses improvisées du musicien mais c’est lui qui opérera les choix, pas la machine.
Quelle est la différence avec les technologies utilisées dans les musiques commerciales ?
Ces musiques recourent tout le temps aux nouvelles technologies. Ainsi les chambres d’écho ont-elles pour objectif de remettre, artificiellement, en studio l’interprète dans le cadre sonore architectural de lieux privilégiés.
Quel est l’effet sur l’auditeur ?
On implique à nouveau le mélomane dans la découverte de l’œuvre. Cette démarche naturelle jusqu’au début du XXe siècle a été balayée par l’apparition des médias de diffusion, du 78-tours aux réseaux du Net : le rapport à la musique s’est appauvri. Autrefois, un mélomane découvrait à la maison un nouvel opéra et s’il avait le bonheur d’assister à une représentation, il avait toute la partition en tête. Aujourd’hui, les nouvelles technologies veulent lui offrir de nouvelles formes d’exploration de la musique, notamment pour expliquer les structures sous-jacentes de la musique. Le dialogue peut donc reprendre.



