Victor B. et son théâtre, les yeux dans les yeux

Catherine Makereel
Mis en ligne

La compagnie Victor B. fête ses 20 ans avec trois de ses spectacles au Théâtre de Namur.

  • Ces vingt ans se fêtent aussi dans la nature. © D.R.
    Ces vingt ans se fêtent aussi dans la nature. © D.R.

entretien

Vingt ans que Jean-Michel Frère et sa bande créent des spectacles singuliers. Il y a eu les mélanges de théâtre et de breakdance avec notamment S.C. 35c, premier spectacle de Cécile de France. Il y a eu l’intime Trois secondes et demie joué en appartement. Il y a eu d’autres « hits » comme le désopilant Trop de Guy Béart tue Guy Béart, promenade urbaine pour renouer avec la nature. Et puis, il y a les nouveaux venus, toujours aussi inclassables dans leur forme : Une petite allergie ?, mélange de théâtre et d’installation, à la découverte de poétiques acariens, et Poney pour toujours, veillée musicale pour interroger notre rapport aux animaux. Pour fêter ses 20 ans, Victor B. reprend ces trois derniers spectacles et promet moult surprises, tout le mois de septembre, au Théâtre de Namur. L’occasion pour nous de questionner sa tête pensante : Jean-Michel Frère.

Comment est né ce désir de chambouler le rapport avec le public ?

On est tombé dedans avec Trois secondes et demie que Philippe Vauchel jouait en appartement. Une fois qu’on a goûté à ce rapport direct, c’est difficile de revenir à un rapport d’autorité avec le public, où on est sur le plateau, face à des spectateurs qui sont dans le noir et peuvent s’endormir. Il y a quelque chose d’enivrant dans cette adresse directe, quand ça se passe bien évidemment. Parce que si ça ne se passe pas bien, on rame vraiment et ça peut être douloureux.

Des anecdotes ?

Un jour, Philippe Vauchel jouait dans un appart à Namur. Un coiffeur, installé au rez-de-chaussée, faisait chaque fois ses travaux au marteau-piqueur quand on jouait. Un jour, Philippe s’est dit que ce n’était plus possible. Pendant la représentation, il a dit aux spectateurs : « C’est mon voisin, je vais aller le trouver pour que ça cesse. Si vous ne me voyez pas revenir dans 8 minutes, envoyez des renforts. » Le public était mort de rire mais Philippe était plutôt inquiet. Il est allé trouver le coiffeur et à force de parlementer et de promettre quelques bières, l’a convaincu d’arrêter. Il est revenu, a repris le spectacle et a même fait venir, au moment des applaudissements, ce coiffeur que les gens croyaient être un figurant.

Et la suite ?

Je ne sais pas de quoi sera fait le futur. Après 20 ans, je redeviens une page blanche. C’est inconfortable mais excitant aussi. Je ne veux surtout pas exploiter un filon, une recette. J’ai trop peur de m’ennuyer. En attendant, il y a la première belge de Poney pour toujours. On est dans la continuité de ce rapport de proximité et de questionnement. Comme Trop de Guy Béart… questionne notre rapport à la nature, Poney pour toujours questionne notre rapport aux animaux, cette contradiction entre ceux qui idolâtrent leurs animaux de compagnie et l’extrême cruauté avec laquelle on traite les animaux d’élevage pour produire de la viande ou du cuir. Comme d’habitude, on part du quotidien, d’anecdotes, pour aboutir à des questions fondamentales. Un groupe d’électro déjanté qui en a marre de jouer dans les grands stades, décide de faire une veillée, plus près de son public. Ils promènent donc leur clairière et leur feu de bois. Notre fantasme est de le jouer un jour dans une vraie clairière où on déposerait notre fausse clairière.

Du 8 septembre au 6 octobre au Théâtre de Namur. www.theatredenamur.be.

Osez la rencontre !