En France, la réforme des retraites mécontente sur la droite et sur la gauche
Le patronat et l’UMP d’un côté critiquent la hausse des cotisations sur les salaires pour financer le déficit du régime des retraites. La gauche radicale de l’autre côté refuse l’allongement de la durée de cotisation à 43 ans
Pour Jean-Marc Ayrault, qui la défend, la réforme des retraites présentée mardi soir à Matignon est « responsable », « juste » et « équilibrée ». Pour Libération, qui analyse l’exercice, elle constitue un modèle de « réformisme tempéré » et « tient du splendide condensé du hollandisme », puisqu’elle « cherche d’abord les équilibres politiques et évite les sujets de rupture. » Mais sans surprise, pour la droite et le patronat, le projet est jugé trop timide et tapant au mauvais endroit, tandis que la gauche radicale rejette l’allongement de la durée de cotisation à 43 ans d’ici 2035 pour toucher une pension à taux plein.
Le Medef a été l’un des premiers à réagir mardi soir. Il a immédiatement dénoncé une « non-réforme inacceptable » et « une juxtaposition de mesures disparates pour répondre à un problème structurel ». L’organisation patronale critique le choix du gouvernement qui a « cédé une fois de plus à la facilité de la hausse des cotisations ». Pierre Gattaz, le nouveau président du Medef n’avait pourtant pas été virulent, lundi, à l’issue de son entretien avec Jean-Marc Ayrault à Matignon. Mais après les ultimes arbitrages, il ne digère pas la hausse des cotisations sur les salaires de 0,6 point (0,3 point pour les salariés ; 0,3 pour les employeurs) sur quatre ans, pour financer une partie de déficit du régime des retraites, qui atteindra 20 milliards d’euros en 2020. « Il est irresponsable aujourd’hui d’augmenter les charges et les contraintes sur les entreprises. La situation économique de notre pays est grave, le chômage continue à augmenter. La seule façon de relancer la croissance, et donc l’emploi, est de faire confiance aux entreprises et de baisser massivement le coût du travail et les charges pesant sur les entreprises », a déclaré Pierre Gattaz.
In fine, l’attitude du patronat dépendra de l’équilibre trouvé à l’issue de la partie de meccano qui s’engage. Le gouvernement a en effet promis de compenser la hausse des cotisations pour financer les retraites par un allégement de celles qui financent les allocations familiales. Au bout du compte, le coût du travail devrait être allégé, d’après l’exécutif. Michel Sapin, le ministre du Travail, a confirmé qu’il « y aura un transfert progressif, dans des conditions qu’il faut discuter, d’une partie du financement de la famille et de la maladie vers d’autres modes de financement ». Mais il n’a pas précisé si le transfert passera par une hausse de la TVA ou de la CCG, la contribution sociale généralisée. Une concertation est prévue. « Dans trois semaines, les chefs d’entreprise sauront exactement ce qui se passe en terme d’évolution de leurs charges », a expliqué Michel Sapin sur BFM.
« Une réforme anti-jeunes »
Porteuse des deux dernières réformes de 2003 et 2010, la droite critique également les choix de l’actuel gouvernement. Selon Jean-François Copé, le président de l’UMP, « le Premier ministre a jeté le masque et clairement fait la démonstration que ce n’était malheureusement pas une réforme des retraites, mais simplement une hausse de taxes, une hausse de cotisations qui en réalité va en tenir lieu ». Eric Woerth, ex-ministre du Travail et artisan de la mouture si contestée de 2010, fustige une réforme « de lâcheté », « pour ne pas avoir d’ennuis avec les syndicats ». Il regrette que le projet ne prévoie « rien sur le rapprochement entre le public et le privé », « rien sur les régimes spéciaux ». Avec le report de l’âge légal du départ en pension de 60 à 62 ans, « on avait fait vingt milliards d’économies. On ne joue pas dans la même cour », ironise-t-il.
Globalement pourtant, la réforme ne devrait pas provoquer une contestation et des manifestations de l’ampleur de celles de 2010. Elle s’inscrit plutôt dans la filiation de la réforme Fillon de 2003, qui avait été acceptée par la CFDT, le syndicat réformiste. D’ailleurs, cette organisation s’est déclarée plutôt satisfaite par la réforme proposée, notamment par la prise en compte de la pénibilité ou des inégalités touchant les femmes. La CFDT ne participera pas à la manifestation du 10 septembre, organisée par la CGT.
Ce syndicat plus radical refuse de son côté la hausse de l’allongement de la durée de cotisation jusqu’à 43 ans, prévue entre 2020 et 2035, et estime que n’avoir pas « été entendu par le gouvernement ». C’est une « réforme anti-jeunes », estime Thierry Lepaon, le successeur de Bernard Thibault à la tête de la CGT. Même mécontentement sur la gauche de la gauche. Au PS, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, l’une des animatrices de l’aile gauche du parti, juge également inacceptable l’allongement de la durée de cotisation. Aux yeux de Jean-Luc Mélenchon enfin, le leader du Front de gauche qui rêve toujours d’un retour de la retraite à 60 ans pour tous, cette réforme « fait froid dans le dos » et « obéit aux injonctions de Bruxelles ».
Vos réactions
Voir toutes les réactions aucune réforme des retraite ne fonctionnera ni en France ni en Belgique, ni nul part. Le problème est que la masse total de travail prestée par l homme est en continuel diminution tandis que celle des machine augmente, la seul solution est de faire participer le profit qu engendre ces machine aux financement des pensions.




Réforme à minima . Aucune ampleur , aucun souffle , manque flagrant de courage (il était bien sûr plus facile d'aboyer sur Sarko en 2010 ). La Gauche dans toute sa splendeur. Il suffit de regarder le 1er Ministre accroché à son texte et à son pupitre pour transmettre la bonne parole pour être certain que le Courage et le Talent ce n'est pas pour maintenant.