La Belgique peut-elle retenir ses tech-entrepreneurs?

Olivier Croughs
Mis en ligne

Jérémy Le Van (Sunrise) et Cédrick Deweeck (Slide.li) témoignent sur l’opportunité de s’expatrier pour les États-Unis ou de rester au pays.

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Jérémy Le Van, co-fondateur de Sunrise, a traversé l’Atlantique pour développer son entreprise.
    Jérémy Le Van, co-fondateur de Sunrise, a traversé l’Atlantique pour développer son entreprise.
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Cédric Deweeck, co-fondateur de Slide.li, est irrité d’entendre que la Belgique n’est pas un pays de start-up.
    Cédric Deweeck, co-fondateur de Slide.li, est irrité d’entendre que la Belgique n’est pas un pays de start-up.

Les tech-entrepreneurs sont ces bidouilleurs qui, du fond d’un garage, ont établi les prémices d’entreprises parfois gigantesques telles qu’Apple, Microsoft, Facebook ou plus récemment Instagram ou Spotify.

Jérémy Le Van est l’un d’eux. Il a quitté la Belgique pour New-York afin d’y développer Sunrise avec son associé français, Pierre Valade. Cette application de calendrier ultra-connecté a récemment levé 2,2 millions de dollars sur la seule base de la communauté qu’elle fédère aujourd’hui. D’après lui, ce scénario aurait difficilement pu se réaliser en Belgique.

Cédric Deweeck, lui, est convaincu que le plat pays et l’Europe tout entière sont sur la bonne voie pour garder leurs talents. Après être passé par la case San Francisco et sa célèbre Silicon Valley, il est revenu au pays pour développer Slide.li, une interface d’échange de documents entre un conférencier et les smartphones de son audience.

Jérémy Le Van, co-fondateur de Sunrise

«  Nous avons décidé de lancer Sunrise aux États-Unis parce que le réseau de développeurs et d’investisseurs y est beaucoup plus ouvert et développé qu’en Belgique ou en Europe de façon générale. On y donne beaucoup plus de chances aux idées.

C’est très difficile de développer son entreprise à Bruxelles sans prévoir de bénéfice dans un premier temps. Du fait des cotisations sociales, des obligations légales de bénéfice et de la pression fiscale. En Europe, la première chose qu’on vous demande, c’est : « quel est votre business plan ? » Pour prendre un exemple connu, l’iPhone aurait été jugé non commercialisable avant sa sortie avec une philosophie pareille.

De la même façon, le principe de Sunrise, c’est avant tout de développer un concept et fédérer une communauté afin de lui proposer des produits payants de plus en plus attrayants. On se crée un laboratoire pour étudier notre audience et lui proposer des produits qui lui sont très spécifiques. C’est vrai qu’on pourrait imaginer le faire dès le premier jour, mais nous ne sommes pas certains de rencontrer une demande bien précise.

Notre méthode prévoit une approche plus sociologique de notre audience. C’est définir ses besoins en fonction de la façon dont l’utilisateur s’approprie notre outil. C’est une approche dite « lean » ; difficilement réalisable en Belgique.

En Europe, on n’envisage rien sans la preuve d’une demande. Tandis qu’aux Etats-Unis, on laisse la chance à l’entrepreneur de valider une hypothèse ou de créer un besoin. En fait, tout dépend du type de produit qu’on veut développer. L’e-commerce, par exemple, peut rapporter dès le premier jour. Mais les idées plus marginales auront peu de chances de se développer si l’on exige une rentabilité dès le départ.

Si je devais envisager un retour en Belgique, ce serait à la seule condition d’une meilleure valorisation des entrepreneurs. On y est souvent mal perçus parce qu’on sort un peu des sentiers battus.  »

Cédrick Deweeck, co-fondateur de Slide.li

«  Dernièrement, on a vu de nombreux entrepreneurs belges installés à San Francisco inviter leurs pairs restés au pays à faire leur sac et les rejoindre dans la Silicon Valley. Ça commence doucement à m’irriter…

J’ai eu la chance de visiter San Francisco avec ma propre start-up, Slide.li. Concrètement, nous permettons aux conférenciers de diffuser leurs slides directement sur les smartphones de leur audience, ainsi que d’autres éléments complémentaires s’ils le veulent.

À San Francisco, nous avons participé à plusieurs conférences et présenté notre projet à énormément d’investisseurs. Slide.li était encore au stade alpha de son développement et nous n’avions pas encore de prototype. Et une démo ne suffit simplement pas pour convaincre dans la Valley.

Ma réponse à ces gens qui vous disent que la Valley est la seule destination à considérer dans le monde si vous êtes un entrepreneur en pleine éclosion ? Ne partez pas immédiatement.

Cela veut-il dire qu’il ne faut jamais partir ? Non. Je suis toujours convaincu que San Francisco est une ville incroyable pour les start-up. Simplement, vous avez besoin d’un minimum de préparation, tant pour vous-même que pour votre projet.

Construire un prototype fonctionnel, s’entourer d’une équipe talentueuse, tester votre produit, convaincre des clients et mettre au point un plan d’affaires crédible et opérationnel. Toutes ces étapes peuvent être réalisées en Belgique, et plus largement en Europe.

L’Europe est en train de devenir le lieu idéal pour esquisser, construire et lancer votre start-up. Les capitales européennes des start-up, Londres et Berlin, sont en train d’émerger.

La Commissaire Neelie Kroes vient d’ailleurs d’annoncer un fonds public de 100 millions d’euros exclusivement réservé aux start-up.

Et puis la Belgique est connue pour la qualité de son enseignement. Attirer les talents y est bien plus facile qu’à San Francisco. Quand les investisseurs s’intéressent à votre équipe, ils regardent toujours votre parcours scolaire. La Belgique a-t-elle l’occasion de devenir un carrefour de start-up en Europe ? Je crois encore que nous avons nos chances. Si nous laissons le leadership aux entrepreneurs, alors la Belgique a un sérieux coup à jouer. »

Osez la rencontre !