Du troc au gratuit: l’économie collaborative qui grandit

Elodie Blogie

Un magasin et des marchés… où rien n’est payant ! Ça sonne comme une antithèse et pourtant, plusieurs initiatives se créent à Bruxelles, avant, sans doute, de donner des idées ailleurs. Coup de projecteur sur ces nouveaux types de consommation.

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Le 195 chaussée de Forest, à Saint-Gilles, abrite le nouveau magasin gratuit. Photo 
: Le Soir/Bruno D’Alimonte
    Le 195 chaussée de Forest, à Saint-Gilles, abrite le nouveau magasin gratuit. Photo : Le Soir/Bruno D’Alimonte

On connaissait le troc depuis la nuit des temps. En ces temps de crise, on y revient à tous ces trucs qui traquent les bonnes affaires. Covoiturage, achats groupés, potagers collectifs, bonnes affaires de récup’ sur Internet… Pêle-mêle, les multiples initiatives s’empilent et infiltrent peu à peu les esprits. Mais, à Bruxelles, quelques initiatives poussent l’idée encore plus loin : des marchés et un magasin gratuits ont vu le jour ces derniers mois. Si, par nature, le terme de «magasin» s’oppose radicalement à la gratuité, la volonté et l’engouement de certains battent en brèche cette apparente contradiction. À l’ère de l’écoconsommation et de l’économie collaborative, tout semble désormais possible. Utopique ?

1 Comment ça marche ?

«  Apporte tout ce dont tu n’as plus besoin. Prends tout ce que tu veux.  » Le concept est clair comme de l’eau de roche. Ici, il n’est même pas question de troc, car on refuse qu’interfère toute monnaie d’échange, tout calcul. Ainsi, vous pouvez repartir avec un service de vaisselle complet en étant arrivé les mains vides. Pour Sophie, l’une des organisatrices du marché gratuit qui se tient sur la place Bethléem à St Gilles tous les premiers samedis du mois et sur la Place Flagey tous les troisièmes samedis, il s’agit de «  partager l’abondance  » : «  nous sommes nombreux à avoir trop de choses dans nos armoires. Ce type de marché nous apprend, adultes et enfants, à reconsidérer ce dont nous avons vraiment besoin. À certains moments de notre vie, si nous partons vivre à l’étranger par exemple, nous avons plus besoin de donner, et à d’autres occasions, nous avons plus besoin de recevoir  ». Au magasin gratuit, il existe également des valves pour les objets et autres meubles plus encombrants où chacun peut s’inscrire : d’un côté, « je donne », d’un autre, « je cherche ».

2 Qui organise et comment ?

À l’origine du premier marché gratuit, il y a trois Espagnols en Belgique pour un Erasmus. Leur premier événement, qui n’attire qu’une vingtaine de personnes, prend place au cimetière d’Ixelles il y a déjà plus de 6 mois. Peu à peu, un collectif se crée : étudiants, artistes, personnes sans emplois, travailleurs dans le domaine des ONG, entre 20 et 40 ans, décident de consacrer un peu de temps à cet événement. Car il n’y a aucune organisation fixe, aucun « comité », pas de responsables officiels. Il s’agit d’un collectif de fait qui évolue. Lors de chaque marché, une réunion pour organiser le prochain et débattre de certains points se tient vers 15h et est ouverte à tous. La dernière fois, il a par exemple été question de l’opportunité de demander des autorisations aux différentes communes. Jusqu’ici, ils font sans. Sophie s’en explique : «  Nous avons peur que toutes ces obligations freinent l’élan. Il faudrait demander ces autorisations un mois à l’avance, constituer des dossiers, etc. Et nous sommes peu dans ce collectif à avoir le temps de faire tout ça. Maintenant, si le collectif prend de l’ampleur, que certains tiennent à avoir des autorisations et sont prêts à s’y consacrer, cela peut changer. Il n’y a pas de volonté de lutter, d’instaurer un rapport de force, mais simplement de reprendre possession de l’espace public et de garder la spontanéité  ». Pour l’instant, la police n’est intervenue qu’une fois pour leur demander de quitter la place Flagey. Depuis lors, le collectif se joint parfois à un autre groupe qui organise une « dégustation de bon sens » au même moment au même endroit et dispose lui d’une autorisation.

3 Quelles motivations ?

Les motivations de ce type d’initiatives sont multiples : d’abord une préoccupation écologique de partager l’abondance. Puis un souci plutôt économique, social : les objets inutilisés par certains, d’autres en ont peut-être besoin. Enfin, il y a un côté humain essentiel : le marché gratuit est aussi un lieu de rencontres, de mixité culturelle. Il s’agit en somme, de la bouche de ceux qui y participent, de répondre à une forme d’impuissance : «  à part trier nos déchets, répondre à une pétition, comment peut-on faire bouger les choses. En fait, il y a plein de choses à faire !  » est convaincue Sophie.

4 Quel est le public ?

Bien sûr, un certain public a reçu l’information via les réseaux sociaux, mais il n’y a pas que des bobos, même quand le marché prend place à quelques pas du café Belga de la place Flagey ! On y trouve également beaucoup de personnes dans le besoin, dans des situations très précaires, dont certaines reviennent régulièrement, «  aussi pour le contact humain  », suppose Sophie.

5 Quel succès et quel avenir ?

Avec le bouche-à-oreille, les marchés prennent de l’ampleur et le magasin ne désemplit pas. Vu le succès et la portée citoyenne du projet, les marchés pensent également développer des assemblées thématiques.

Osez la rencontre !