«Cette école, c’est un vrai miracle!»
LOUVAIN-LA-NEUVE. Des parents se sont mobilisés pour leur enfant autiste.Deux jeunes ont réalisé leur première rentrée de secondaire. Deux autres vont suivre.Les Fantastiques pensent déjà à l’année prochaine.
J e suis très content aujourd’hui, parce que je découvre ma nouvelle classe et que je vais me sentir bien ici. »
Timothée, de Mont-Saint-Guibert, a quinze ans et demi. Ce lundi, il s’est rendu à la rue de l’Hocaille, à Louvain-la-Neuve, dans sa nouvelle école secondaire de type 3 qui a été créé par ses parents à l’intention des jeunes atteints d’une certaine forme d’autisme. Une école qui n’en est pas encore vraiment une, puisque les jeunes sont considérés comme des élèves libres par la Communauté française, qui ne fait rien pour eux alors que l’école est censée être obligatoire.
« Je ressens un sacré mélange d’émotions, nous expliquait son père, Laurent Defosse. De joie et de grand soulagement. Nous nous sommes lancés dans cette folle aventure par désespoir de voir Timothée rester en primaire depuis trois ans. Et je dois remercier mon épouse d’avoir, avec l’aide précieuse de l’ASBL Pêcheur de Lune, su convaincre des mécènes, dont certains préfèrent rester anonymes, pour nous permettre de lancer l’école des Fantastiques. »
Et Adrienne Legrand, appelée « Madame 100.000 euros », parce que c’est le montant qu’il fallait pour débuter l’aventure, de tempérer encore quelque peu puisqu’il reste 30.000 euros à trouver pour boucler le budget d’une année. Heureusement, les deux classes, qui sont en fait deux kots, sont proposées gratuitement par Guido Eckelmans : « Ce qui me peine, c’est que nous avons dû refuser plein de jeunes, parce qu’il n’y a pas une forme d’autisme, mais des centaines. Il nous fallait rester cohérent pour que l’ensemble tourne sur le plan éducatif. Et il nous faut à présent déjà trouver les fonds pour l’année prochaine, soit 200.000 euros. Heureusement, chaque sourire de Timothée constitue un merveilleux encouragement. »
Les Fantastiques regrouperont cette année quatre jeunes. Dzan et Noah, âgés de 13 ans, sont attendus dans les prochains jours. Mais Natacha, 15 ans, était déjà présente ce lundi : « Je vais pouvoir me faire des amis, ce que je n’avais pas jusqu’ici. Et puis, j’aime apprendre… »
Sa maman, Caroline Baillez, est prête à faire le trajet tous les jours depuis Mons : « C’est mieux que Neder-over-Heembeek, la seule alternative. Cela fait deux ans que je cours chez tous les spécialistes pour déterminer ce qui est le mieux pour ma fille. L’an passé, elle a fait un burn-out, harcelée par une autre élève Cette école, c’est donc un vrai miracle. »
Et Corentin Bury, l’enseignant qui va les suivre, d’enchaîner : « Les autistes n’ont pas les mêmes réactions que nous. Ils sont très vite perturbés qui par des gestes ou du bruit, qui par attitudes ou des paroles. Ils ont besoin d’un cadre qui les rassure. À moi à présent de les emmener pour leur permettre de progresser, chacun à leur rythme. En commençant par les acquis de primaire. »
Discrète, celle par qui tout est arrivé, Bernadette Stevens, l’ancienne directrice de la Petite Source, qui accueillait Timothée à défaut d’une autre école, sourit : « On a tout essayé pour ces jeunes, mais il a fallu l’audace de parents pour que les Fantastiques soient lancés. C’est un grand jour. »



