L’hôtel du Marc, une adresse pétillantede charme et de raffinement

Paolo Leonardi
Mis en ligne

Rouvert en 2011 après quatre ans de travaux, cet hôtel de maître particulier du XIXe siècle situé à Reims accueille les clients privilégiés de la maison Veuve Clicquot Ponsardin. Luxe, calme et raffinement sont les mots d’ordre de cette adresse exclusive.

  • 
L’hôtel du Marc est le premier bâtiment du XIX
e
 siècle à avoir reçu le label HQE (haute qualité environnementale). Photo 
: D.R.
    L’hôtel du Marc est le premier bâtiment du XIX e siècle à avoir reçu le label HQE (haute qualité environnementale). Photo : D.R.

Pas un pavé de travers, ni un brin d’herbe folle. Dans cette cour presque aussi grande qu’un terrain de foot, tout est rangé, soigné, nettoyé. Les murs suintent d’une classe aujourd’hui quasiment disparue. Datant de 1840, le bâtiment de style néoclassique qui nous accueille est simplement majestueux. Il est bordé d’un pavillon Renaissance classé du XVIe siècle et d’une aile dont la construction remonte à la fin du XVIIe.

L’ensemble nous replonge dans l’histoire. Celle de madame Clicquot, prénom Barbe Nicole, née Ponsardin, puissante famille rémoise. Née en 1777, elle est la fille du baron Nicolas Ponsardin. Elle n’a que 27 ans lorsque son mari François Clicquot décède, emporté par une fièvre maligne. Le caractère d’exception et le sens aiguisé des affaires de celle qu’on surnomme alors la « veuve Clicquot » lui permettra de continuer à gérer une maison de champagne créée 33 ans auparavant et qui produisait à l’époque 100.000 bouteilles par an.

À cet instant du récit, les amateurs de champagne rosé feraient bien d’observer un moment de recueillement. Barbe Nicole Clicquot est, en effet, la première à avoir eu l’idée de mélanger du vin rouge et du champagne, bénie soit-elle. Fin du recueillement.

L’Allemand Louis Bohne fut son meilleur agent commercial. C’est lui qui profita de l’invasion napoléonienne de la Russie pour « exporter » son vin au sein de la cour de Saint-Pétersbourg. Mais c’est Edouard Werlé, un négociant rhénan, qui fut l’artisan du succès international retentissant du champagne Veuve Clicquot au XIXe siècle.

C’est à ce dernier que l’on doit la construction de l’hôtel du Marc, l’hôtel de maître particulier qui nous reçoit et dont la finalité est d’accueillir les clients privilégiés de la maison de champagne rémoise.

Dans le hall d’entrée, la bibliothèque, les salles à manger, le grand salon, le salon de curiosités (qui sert aussi de salon-fumoir) et, surtout, l’atelier de dégustation où s’activent deux chefs (les menus changent chaque semaine) déambulent les « gros portefeuilles » en matière de ventes de Veuve Clicquot : les propriétaires d’hôtels, de bars ou de restaurants ou encore les distributeurs qui remplissent chaque année leurs caves de bouteilles à l’étiquette orange. « Ils constituent les 70 % de nos hôtes. Les 30 % restants sont représentés par les journalistes, les «VIP» ou les gens d’influence susceptibles de faire connaître notre produit autour d’eux, explique Olivier Livoir, le maître des lieux. Nous avons également des clients privés, dont des Belges, qui achètent jusqu’à 700 bouteilles par an. Notre clientèle est constituée à 95 % de clients étrangers. Cette fonction d’exclusivité existe depuis le milieu du XXe siècle. »

Chaque année, ce sont ainsi quelque 3.000 dégustations qui sont organisées au cours desquelles les clients peuvent tester les sept champagnes de la gamme, dont la cuvée Brut Cartejaune connue de tous (sans parler des cinq vieux millésimes précieusement gardés dans les caves qui ne demandent qu’à être débouchés). Ceux qui le souhaitent peuvent rester loger dans l’une des cinq chambres alignées à l’étage et dont la décoration est spécialement dédiée à un personnage important de la maison Veuve Clicquot Ponsardin.

Il y a six ans, le groupe LVMH auquel appartient désormais la maison de champagne décide d’effectuer de gros travaux de rénovation de l’hôtel du Marc qu’elle a racheté à Alfred Werlé, le fils d’Edouard, en 1907. Trois ans et demi de travaux furent nécessaires, dont 18 mois rien que pour les installations techniques et la façade faite en pierres de taille extraites des carrières d’où proviennent également celles utilisées pour la construction de la cathédrale de Reims.

Trois énergies renouvelables des plus modernes furent introduites dans ce lieu séculaire. Elles ont permis à l’hôtel du Marc, qui a rouvert en 2011, d’être le premier bâtiment du XIXe siècle à avoir reçu le label HQE (haute qualité environnementale), un modèle en France.

Grâce à une nappe phréatique en sous-sol, la géothermie assure le chauffage et la climatisation de l’hôtel. La fraîcheur et l’aération proviennent quant à elles du puits provençal construit au cœur des caves. Enfin, les panneaux solaires, disposés sur le toit du siège de la société situé quelques mètres plus loin, procurent l’eau chaude. Aujourd’hui, l’hôtel du Marc parvient à atteindre une autonomie en énergie de 85 % et à réduire son empreinte carbone de 90 %.

Tout ceci a bien sûr un prix. Mais là, madame Clicquot peut dormir sur ses deux oreilles : pas un mot ne s’est échappé des salons feutrés de l’hôtel. « Il y en a eu pour plusieurs millions d’euros, sourit le maître des lieux. C’est que, voyez-vous, nous vivons une période peu propice au dévoilement de chiffres. Mais je peux vous dire en revanche que la maison n’a pas reçu un euro de subventions. »

La décoration a été confiée à un architecte parisien, Bruno Moinard. L’ensemble allie l’ancien et le contemporain avec une rare et pétillante élégance.

On terminera en signalant que l’hôtel du Marc s’appelle ainsi en raison de la présence, jadis, de l’hôtel des monnaies de la ville de Reims dans la rue du Marc située juste en face, le marc faisant référence à l’empreinte servant à frapper les monnaies.

Une belle autant qu’intrigante coïncidence puisqu’il existe également un marc de champagne. À savoir l’unité de poids de pressurage des raisins. Boire ou s’instruire, pas obligé de choisir…

Osez la rencontre !