Un fonds d’investissement belge soutient l’économie sociale

Olivier Croughs
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Le fonds SI² Fund a récolté 12 millions d’euros en un an seulement. Soutenu par quelques grosses fortunes belges, il finance les débuts ou les expansions d’entreprises à vocations responsable et sociétale.

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Le dernier investissement de SI² Fund
: Boobs-‘n-Burps, une entreprise qui entend améliorer l’image de l’allaitement maternel, répondre aux besoins des jeunes mères et garder les enfants au sein plus longtemps. Crédit photo
: Vicky Gwosdz
    Le dernier investissement de SI² Fund : Boobs-‘n-Burps, une entreprise qui entend améliorer l’image de l’allaitement maternel, répondre aux besoins des jeunes mères et garder les enfants au sein plus longtemps. Crédit photo : Vicky Gwosdz

C’est un beau camouflet adressé à cette formule, caractéristique, dit-on, de la « gauche caviar » : «  avoir le cœur à gauche et le portefeuille à droite  », que ce fonds d’investissement à impact social.

Fort de ses 12 millions d’euros en caisse, SI² Fund, c’est son nom, vient d’ailleurs de donner un sérieux coup de pouce à Boobs-‘n-Burps SA, une entreprise qui entend améliorer l’image de l’allaitement maternel, répondre aux besoins des jeunes mères et garder les enfants au sein plus longtemps. Pas inutile quand on apprend que «  si 70 % des mères éduquées donnent le sein, cette proportion tombe à 30 % parmi la population des mères «  fragilisées  » (peu ou pas éduquées), fascinées par les poudres et produits de substitution, explique Fried Roggen, gestionnaire du fonds. C’est typiquement ce genre de projets que nous soutenons : responsables et rentables  », explique-t-il.

Ainsi, Boobs-‘n-Burps est la seconde entreprise sur le tableau des investissements finalisés de SI² Fund, succédant à FitClass, dont l’activité consiste à transformer des espaces inoccupés dans des écoles en salles de fitness. De telle sorte qu’en semaine, ce sont les enfants qui en profitent, laissant la place aux plus âgés le week-end.

En fait, SI² Fund se veut à l’entrepreneuriat social ce qu’une banque classique est aux entreprises… classiques. «  Nous répondons à un besoin clairement formulé par ces entreprises qui ne donnent pas l’absolue priorité au profit, malgré que leur activité de type responsable nécessite des investissements, comme toutes les autres, explique Fried Roggen. Or, nous constatons qu’elles connaissent beaucoup plus de difficultés à trouver des financements auprès des banques et fonds traditionnels qui, pour celles-là, agissent à l’envers  ». C’est que le fonds SI² n’attend pas que l’entreprise candidate au financement fasse ses preuves. Il agit au commencement, par petits montants, sur base de la valeur sociétale du projet. «  Entre le microcrédit et les financements par millions d’euros, il manque cette gamme de montants, entre 200.000 et 500.000 euros, pourtant vitale aux projets de ce type, c’est sur cette ligne que nous nous positionnons  », complète-t-il.

Sont particulièrement bien accueillies par le fonds les entreprises actives sur les thématiques sociales actuelles telles que la santé et le bien-être, la cohésion sociale et la diversité, l’écologie, la pauvreté ou l’éthique. Des thématiques créatrices de demandes et, donc, de bénéfices. Fried Roggen évalue d’ailleurs la rentabilité du fonds à hauteur de 7 %.

Cinq millions au départ

À l’origine, c’est surtout à Piet Colruyt (administrateur de l’entreprise du même nom), à Stefan Yee (co-investisseur) et à I-Propeller (un cabinet de consultance) que l’on doit les premiers cinq millions rassemblés. L’approche a rapidement séduit bon nombre de familles fortunées de Belgique. Ainsi, Sabina Leysen et la famille de Pret, entourées d’une dizaine d’autres parties prenantes ont, ensemble, élevé la manne financière à 12 millions d’euros, qui devrait atteindre les 15 millions à l’horizon 2014.

Surfant sur la tendance de l’«  impact investing  », SI² Fund se distingue d’autres fonds à tendances sociale et philanthropique par son approche en écosystème. Ainsi, aux côtés dudit fonds, SI² Fund propose également un incubateur de jeunes entreprises pour les accompagner dans leur développement, ainsi qu’une assurance, sorte de mutuelle, qui permet aux entreprises soutenues de profiter d’un tarif réduit sur le coaching, une aide remboursable dès que l’activité de l’entreprise le permet. «  L’articulation de ces trois forces, c’est cette « social business innovation » qui permet de soutenir des entreprises dont le social est le cœur d’activité  », explique Loïc Van Cutsem, responsable de l’incubateur.

OLIVIER CROUGHS

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