Jobs, l’homme qui a devancé nos désirs

Fabienne Bradfer, à Paris
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Geek dans l’âme, Ashton Kutcher incarne Steve Jobs, un des visionnaires de notre époque, dans un biopic académique. Entretien.

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« Jeune, je ressemblais physiquement à Steve Jobs. Comme lui, j’étais passionné de technologie », nous a confié Ashton Kutcher. / © DR
    « Jeune, je ressemblais physiquement à Steve Jobs. Comme lui, j’étais passionné de technologie », nous a confié Ashton Kutcher. / © DR

Demi Moore a bon goût. On confirme après avoir passé trente minutes à moins d’un mètre de son ex, Ashton Kutcher, parfait physique d’athlète au sourire ultrabrite. On aurait pu croquer la pomme ensemble. Geek dans l’âme, on a plutôt parlé d’Apple.

Comment définir Steve Jobs ?

Un monstre parmi les monstres de la création technologique et industrielle. Il est intervenu comme personne – à part Bill Gates avec Microsoft –, dans notre quotidien. Tous deux ont créé quelque chose de si proche, si pratique, si évident qu’on oublie le merveilleux des connexions. Que l’électricité n’a pas toujours existé et qu’un jour, un type dans son garage a imaginé le téléphone pour tous, puis le téléphone intelligent. Qu’il a dû se battre contre ceux qui prédisaient sa chute avant même son envol.

L’histoire de Jobs, c’est celle d’un combat pour convaincre que, oui, une invention n’est jamais vaine. Qu’elle peut être utile. Il faut aller de l’avant pour développer et atteindre l’excellence. Il faut parfois s’opposer afin de faire entendre sa voix. Il faut combattre l’inertie des gouvernements. Jobs était David contre Goliath. Il était celui qui a prouvé qu’on peut partir de rien pour atteindre le tout. En ce sens, il a été l’essence du rêve américain.

Quelles connexions existe-t-il entre lui et vous ?

J’en ai trouvé en effectuant des recherches sur lui, sur ce qu’il était et ce en quoi il croyait. Jeune, je lui ressemblais physiquement. Comme lui, j’étais passionné de technologie. Le réalisateur a détecté quelque chose de commun entre nous quand il m’a choisi, mais je ne peux pas vraiment définir quoi.

Comme Jobs, avez-vous eu aussi votre période « hippie » ?

La culture hippie s’apparentait à une culture révolutionnaire. Elle questionnait les institutions et je crois que chaque génération a sa propre version hippie : il y a toujours des individus qui tentent d’aller contre les normes. J’ai beaucoup mis en question des gens, le gouvernement, des choix institutionnels et religieux. Je n’ai pas peur de dire ce que je pense. Je regrette la naïveté de certaines idées de ma génération car elle n’a pas été nouvellement éduquée. On reste sur de vieilles normes. Cela amène aussi, parfois, des changements positifs.

Mais vous, personnellement ?

J’adore les réseaux sociaux, leur transparence même si parfois, le trafic est agressif. J’approuve les sociétés qui mettent en doute les règles strictes des gouvernements et quiconque qui peut soulager des peuples opprimés, où le droit à la parole est muselé. J’ai apporté mon soutien aux défenseurs des droits pour les homosexuels et là, heureusement, on a fait des progrès.

Que penser de Silicon Valley ?

Quelle que soit la Silicon Valley qui se crée dans un autre pays, c’est une région économiquement productive. Ce genre de concentration peut contribuer à créer de nouveaux comportements. Steve Jobs était à la pointe de ces changements. C’était aussi un homme de marketing extraordinaire et un showman qui n’a pas voulu que ses créations soient confinées dans un univers particulier. Il voulait les partager. Il pouvait aussi être brutalement honnête avec son entourage. Il n’avait pas peur d’être honni. Son besoin inné de changement était plus fort que son désir d’être apprécié ou aimé. Un jour, il a dit à un type affalé à une table qu’il était gras, repoussant et allait mourir jeune s’il ne changeait pas ses habitudes alimentaires. C’est excessif et heurtant, mais combien de fois n’avons-nous pas eu envie de dire une chose et qu’on s’est tu ? Lui, il secouait en se souciant des gens. Il traitait quelqu’un de raté quand il l’était, et de génie quand on l’impressionnait.

Vous êtes comme ça aussi ?

Non, moi, je voudrais vraiment qu’on m’apprécie !

Avez-vous rencontré Jobs ?

Non. J’ai failli aller à sa dernière présentation mais finalement, j’ai dû travailler ce jour-là. Mais j’ai rencontré son épouse, certains de ses amis et collègues. Ça m’a éclairé sur sa personnalité. Quand on interprète un personnage, on ne peut le juger. Mais en le jouant, j’ai senti son côté obscur. Ce fut difficile pour moi de considérer légitime de me fâcher sur des gens, car ce n’est pas dans mon caractère.

En 2009, vous étiez l’utilisateur masculin le plus suivi sur Twitter. Quel est l’impact de Twitter dans votre vie ?

Comme toute chose, positif et négatif. Trop d’une chose peut s’avérer mauvais. Et c’est valable pour Twitter. C’est une plateforme de libre expression et parfois, il y a de l’animosité, ce qui est regrettable. Mais pour moi, Twitter a été un formidable moyen pour m’exprimer auprès d’un maximum de gens. Parfois, je m’accorde le droit d’être un critique et non un créateur. Avec ça, j’ai appris à être plus prudent dans mes propos.

Le côté noir de la célébrité, c’est ?

Une perte énorme d’intimité. Si vous croyez les bonnes choses qu’on dit de vous, vous devez croire les mauvaises. Il faut être prudent dans ce qu’on lit et ce qu’on croit. Mais se lancer dans une carrière auprès du public implique presque ce manque dans la vie privée. Difficile de se préparer à ça.

Vos réactions

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3. Mouflette dit le 04/09/2013, 12:27

L'idolatrie pour cet entrepreneur frise le ridicule. Qu'il ait eu un caractère différent que celui d'un fonctionnaire public néerlandophone, d'accord. Mais de là à en faire un demi-dieu... Cette adoration peut peut-être s'expliquer par le vide culturel et l'ignorance qui se généralisent actuellement. "Au pays des aveugles les borgnes sont rois"

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2. flypat dit le 04/09/2013, 12:11

Bof, le tire de l'article devrait plus tôt être: "jobs, l'homme qui nous a imposés SES désirs". Il est, effet, devenu un des plus riches, en faisant croire à des millions de gens que ses produits sont absolument indispensables..

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1. gregger dit le 04/09/2013, 10:36

S ouvenez-vous des films de science fiction des années 60. On y voyait des voitures volantes en l-an 2000, des voyages dans les régions reculées de l-espace. Rien de tout ça ne s-est réalisé. Jobs est quelqu-un d-hors du commun, certes. Mais son influence sur notre quotidien est minime par rapport à Albert Einstein par exemple, qui a révolutionné les sciences modernes. Steve jobs est surtout devenu un dieu parce que notre époque est caractérisée par un manque flagrant d-innovation. En excluant l-informatique et les biotechnologies, le début de ce siècle est plutôt caractérisé par le rattrapage des pays émergents et le manque d-innovation de l-Occident.

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