Jean-Claude Marcourt:«La FN n’est pas à vendre»
Après s’être montré discret face aux attaques venues de Flandre et des milieux pacifistes, le ministre sort du silence. Propriété à 100% de la Région, l’entreprise de Herstal a renoué avec les bénéfices. Mais elle n’est pas à vendre!
Entretien Lorsque la Région wallonne a racheté la FN en 1998 aux Français de GIAT, la Région avait toujours dit qu’elle n’avait pas pour vocation de la gérer, qu’il s‘agissait d’un portage temporaire et qu’elle la revendrait une fois remise sur pied. Est-ce toujours d’actualité ?
Non, la FN n’est pas à vendre ! Il n’y a pas d’affiches « For Sale » sur les grilles. J’ai confiance dans son management, elle gagne de l’argent et elle consolide 1.400 emplois en Wallonie. Donc, il n’est pas question de la vendre.
Pourtant, la Région wallonne crie partout qu’elle a besoin d’argent. C’est une question de principes ? Surtout venant d’un ministre socialiste ?
Non pas du tout. La FN ne doit pas être nécessairement publique. Mais, en 15 ans, elle est passée du stade de vilain petit canard à une entreprise hi-tech performante et elle est devenue un des facteurs essentiels du Plan Marshall. Maintenant, tout change tout le temps, il faut innover constamment et si quelqu’un parvient à convaincre tous les partenaires (direction, syndicats, personnel) que ce sera mieux après qu’aujourd’hui, alors on pourrait discuter.
Pourtant, vous avez eu des offres de reprises. On se souvient notamment de celle de Bernard Tapie en 2011 ?
Il y en a eu, c’est vrai. Mais jamais une convaincante.
Comment se porte l’entreprise concrètement aujourd’hui ?
Elle vient de passer une année 2012 excellente avec un chiffre d’affaires qui a bondi en un an de 496 millions à 598 millions (+20,5 %) et un bénéfice qui a décuplé (passant de 3,3 à 30 millions). Et 2013, s’annonce également bien.
Et au niveau de l’emploi ?
L’entreprise emploie aujourd’hui 1.400 personnes alors qu’ils n’étaient plus que 700 il y a 15 ans. Certes, on n’est plus au niveau des années 50 ou 60. Mais si on ajoute fictivement les 1.300 emplois de Techspace Aero (qui est issu de la FN), cela fait près de 3.000 emplois tout de même.
Et elle fait également vivre de nombreux sous-traitants ?
Effectivement, la FN, comme Techspace Aero ou CMI d’ailleurs, fait vivre un véritable éco-système liégeois. Aussi bien dans la fabrication de pièces que dans le transport, le nettoyage ou la restauration. On estime que la FN va dépenser cette année 33 millions d’euros auprès des entreprises wallonnes, dont 22 millions rien qu’en Province de Liège.
Vous comptez aussi sur elle dans deux de vos pôles de compétitivité que vous avez mis en place dans le cadre du Plan Marshall : Sky Win et Mega Tech ?
Effectivement. Chaque année, l’entreprise investit une quinzaine de millions en « Recherche et Développement » pour être toujours à la pointe de la technologie et garder son rang de leader mondial pour certaines armes, comme les mitrailleuses par exemple. De même, aujourd’hui, la FN ne fait plus seulement des pièces de tourelles de char, elle réalise la tourelle complète. Elle collabore avec l’Université de Liège et le produit de ses recherches a parfois des retombées pour d’autres secteurs industriels comme la balistique, l’optique… C’est pour toutes ces raisons qu’elle est un pion majeur de l’économie liégeoise et wallonne.
La FN va-t-elle innover dans d’autres secteurs comme elle l’avait fait par le passé ?
Non, plus question de se relancer dans les raquettes, les clubs de golf ou la voile.
Dans les motos ou les voitures alors ? Comme à la grande époque ?
Non plus. Il est malheureusement trop tard pour cela. Nous n’avons plus ces compétences et cela demanderait une mise de fonds impayable.



