Helena Noguerra la guerrière

Thierry Coljon
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Entre cinéma et musique, Helena Noguerra vogue sans se soucier du qu’en-dira-t-on. La revoici avec un nouvel album. Rencontre.

  • Helena traverse les années et les modes sans altérer son envie de plaire, de faire ce qu’elle veut et de mener les hommes à la baguette. © D.R.
    Helena traverse les années et les modes sans altérer son envie de plaire, de faire ce qu’elle veut et de mener les hommes à la baguette. © D.R.

Cela fait vingt-cinq ans maintenant et son premier 45-tours Lunettes noires que la petite sœur de Lio fait partie de notre paysage culturel.

Installée depuis longtemps à Paris, la chanteuse et comédienne belge d’origine portugaise n’a cessé depuis de nous surprendre et nous séduire, tissant au fil des ans une véritable carrière marginale, voguant allégrement aussi bien au cinéma (elle est à l’affiche de trois films cette année), à la télévision, au théâtre et dans la chanson, sans parler des deux romans parus en 2002 et 2004.

Nous retrouvons l’adorable et toujours sexy Helena, face à un ballotin de pralines offert par sa belle-mère, pour parler de son sixième véritable album, Année zéro, chanté en français comme en anglais. Un disque de ses propres compositions pour l’essentiel, qui résume six années de sa vie : « J’écris tout le temps des chansons, je prends ma guitare et voilà. Je ne le fais pas pour avoir un album. C’est ma nouvelle manager qui m’a convaincue qu’on pouvait toujours en faire un disque car dans ma tête, ça fait longtemps que j’ai dit adieu aux albums commerciaux et au music-hall. J’aimerais un jour pouvoir écrire un tube mais je n’y arrive pas. Je ne sais pas comment on fait. On m’a demandé de participer au Soldat Rose 2 que fait Cabrel, avec Thomas Dutronc, Camélia Jordana, Tété… J’ai accepté et écouté les chansons, t’as l’impression que ce n’est que des tubes. Cabrel, lui, il sait comment on en fait. »

UNE FEMME

Helena nous confirme qu’elle n’a jamais tant travaillé. Depuis le succès de L’arnacœur, elle est fort sollicitée par le cinéma. Elle a néanmoins tenu à dégager du temps pour ce disque et une tournée qui devrait durer jusqu’au printemps 2015 : « L’an dernier était mon année cinéma. Là, maintenant, ce sera mon année sabbatique, à part le film de Fabrice du Welz, Alleluia, que je tenais à tout prix à faire. J’aurais tué père et mère pour ça. Je suis d’ailleurs venue hier à Bruxelles pour faire les moulages – je me fais trucider à la hache – mais le tournage ne durera pour moi que dix jours. Je vais aussi retourner au théâtre, printemps 2014 pour un truc hyper intello, Une femme, de Philippe Minyana, mais ça durera moins d’un mois. »

Au fil des ans, le regard sur Helena a changé. Mais elle est restée la même, préservant cet équilibre fragile entre la nana fantasmagorique, légère et insouciante, la mère de famille responsable et l’artiste crédible : « Je me sens plus visible, c’est vrai. Mais toutes les images qu’on a de moi sont bonnes. Déjà qu’on ne se comprend pas soi-même. Je me sens toujours libre de tenter des expériences, sans ambition particulière, ni penser au résultat. Je n’appartiens à aucune chapelle. Mon spectre est large, j’aime bien l’idée d’emmener les autres avec moi dans mes choix. Je frappe aux portes aussi. On me dit que je suis une amazone, une guerrière coriace. J’aime bien au final. C’est bien de montrer qu’il n’y a pas d’âge pour occuper l’espace au culot. C’est ça mon combat. Je vais là où je veux. Je suis là depuis longtemps, ça reste dans la marge, mais j’aime cette place. J’aime être un espion de plus en plus identifiable. »

La force d’Helena est qu’elle ose tout avec un naturel cachant bien un vrai professionnalisme et beaucoup de talent. Que ce soit la réalisation d’un court-métrage porno, un défilé pour Jean-Paul Gaultier, des téléfilms légers, une session photo dénudée pour Bryan Adams dans Playboy ou de nombreuses collaborations instinctives, Helena en sort toujours plus belle et grandie.

On l’a même vue deux années de suite en maîtresse de cérémonie des Magritte du cinéma : « Ça m’a fait très plaisir de faire ça, moi la Belge fille d’immigrés. Je vis à Paris où j’ai mon fils et mes habitudes mais j’ai toujours un petit appartement à Lisbonne. »

Son fils guitariste, Tanel, joue sur son disque et a intégré maintenant le groupe Nouvelle Vague avec lequel Helena est partie en tournée en 2010. Helena qui a encore trouvé le temps d’écrire une pièce. Mais comment fait-elle ?

Osez la rencontre !