Sarah Letor : « La voix, c’est le reflet de l’âme »

Jean-claude Vantroyen
Mis en ligne

Le Saint-Jazz-ten-Noode déménage. Après 27 ans en plein air sur la place St-Josse, le festival migre au Botanique le 14 septembre et se fait payant (6 euros seulement). Le programme lui reste le même : excellent. Et mise sur les femmes.

  • Sarah Letor, années 30, comme dans son morceau « Again ». « J’ai déjà des musiques en tête pour un autre album. Mais défendons d’abord celui-ci sur scène, cherchons la symbiose avec le public. » © Laurent Camut.
    Sarah Letor, années 30, comme dans son morceau « Again ». « J’ai déjà des musiques en tête pour un autre album. Mais défendons d’abord celui-ci sur scène, cherchons la symbiose avec le public. » © Laurent Camut.

jazz

entretien
Depuis 27 ans, le Saint-Jazz est une institution. En septembre, place Saint-Josse, le jazz égrène ses notes bleues. Mais c’est fini, le St-Jazz s’enferme dorénavant. On l’explique ci-contre, page 25. N’empêche, indoor ou outdoor, le festival reste bien vivant. Et, cette année, rend hommage aux femmes de jazz.

Voyez les photos : rien que des femmes. Et on doit vous préciser qu’en plus d’elles, il y a encore l’European Saxophone Ensemble, qui compte quelques femmes (samedi 14, 19 h), et Manou Gallo, la bassiste ivoirienne basée à Bruxelles, qui emmènera son Manou Gallo Groove clôturer cette édition du St-Jazz (samedi 14 à minuit).

Mais là tout de suite, nous avons rendez-vous avec Sarah Letor, la chanteuse bruxelloise d’origine italienne qui a pris le nom de son musicien de mari Hervé (« Parce que j’aime bien garder mon nom et ma vie privés, et puis c’est le symbole de la confiance que j’ai en lui »). Cela se passe au Cercle des voyageurs, à Bruxelles. Adéquat pour une musicienne qui nous fait voyager dans son univers.

La musique, c’est depuis toujours ?

Dans une famille italienne, on chante beaucoup. Et puis à 14 ans, j’ai chanté dans un karaoké. J’ai vu que je ne déplaisais pas et que j’adorais chanter en public. Et dès 17, 18 ans, j’écrivais mes premières compositions. C’est là qu’est intervenu Hervé, qui est devenu mon mari, et qui a pris les choses en main. On a fait un groupe qui jouait des covers de Stevie Wonder, ça m’a bien rodée. Puis j’ai participé au spectacle Bach to rock, on a fait 150 dates en Belgique. Et avec Jo Scinta on a fait le duo Ella-Louis. Ella, c’était moi. J’ai aussi fait partie d’une chorale gospel à Paris. Tout cela m’a bien aidée à progresser. Et j’ai d’ailleurs composé un album gospel personnel.

Et c’est là que surgit votre dernier album, « Again », qui est sorti cette année ?

Cet album, c’est le travail d’un an et demi. Le déclencheur, ça a été « No limit », le morceau que mon mari a composé. J’ai écrit le texte, qui montre que la limite que se fixe l’être humain, elle est seulement dans la tête. Ça m’a libérée pour écrire et composer le reste de l’album.

C’est un album de jazz, de pop ?

Je reste dans l’esprit « no limit ». Je n’aime pas être cataloguée dans une case. Bien sûr, il y a du jazz dans cette musique, et trois morceaux de l’album sont plus jazz que les autres ; bien sûr aussi, je joue au Saint-Jazz. Mais l’univers est assez pop. C’est un voyage dans la pop-soul, avec aussi du blues, du new orleans, des années 30. Sur scène, vous le verrez, c’est plus jazz parce qu’il y a des impros, on laisse des espaces aux musiciens.

Qu’est-ce qu’on ressent face au public ?

J’avais peur au début. Mais il y a un cheminement à faire avec soi, qui est d’aller au contact de l’autre, de livrer ses émotions et sa voix. La voix, c’est le reflet de l’âme, ce qu’il y a de plus personnel. Et puis la scène, c’est libérateur. Je me sens pleine d’énergie, je veux toujours tout donner et ça me fait un bien fou. C’est ma passion, ma vie. Mais ce ne serait pas possible s’il n’y avait pas les musiciens avec moi. On est un et on donne la même énergie, le même univers.

Votre carrière marche bien, le single « No limit » a été en playlist sur les radios. Vous êtes ambitieuse ?

Oui.

No limit,

en effet.

Vous composez comment ?

Il n’y a pas de règle. En fonction de l’humeur, de l’atmosphère, de l’endroit. ? Les mélodies me viennent dans la tête, j’enregistre parfois immédiatement, et je travaille ensuite au piano. C’est assez naturel.

Je compose en fait « en yaourt », comme on dit chez les musiciens. Je chantonne n’importe quoi, mais il y a des syllabes qui sortent, des éléments de paroles qui s’expriment déjà. Les paroles, c’est quand même la partie la plus dure. Ça demande beaucoup de travail, de réflexion. Je me nourris de livres, de poèmes, de films. Je dois trouver mon univers. En fait, les paroles sont déjà là, il suffit de les trouver. Chaque chanson a son univers, son histoire, mélancolique ou positif. Il faut trouver l’âme de la chanson, et ensuite c’est du boulot.

Etre au Saint-Jazz, c’est…

Flatteur. Et puis je suis très contente : il n’y a que des femmes. Ça me fait fort plaisir.

Dimanche 14 septembre, 22 h, Botanique. Sarah Letor est accompagnée de Hervé Noirot (piano), Jean-Paul Steffens (trompette), Hervé Letor (saxophone, guitare), Lorenzo Di Maio (guitare), Fabrizio Erba (basse), Samuel Rafalovic (batterie).

saintjazz.be

Sarah Letor sera le 28 septembre à la Fnac Toison d’or à Ixelles ; le 18 octobre à Mons en Jazz ; le 2 novembre au Sounds à Ixelles ; le 14 décembre au Theatre de la Ruche à Charleroi.

www.sarahletor.com

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