Au Bas-Congo, les sifflets sifflent encore…

Claire Coljon
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Après avoir, en 2012, proposé des « réceptacles à médecine », un ensemble de calebasses et cornes de Tanzanie, du Kenya et du Mozambique, ce membre de l’organisation internationale des experts (Ordinex) qu’est Alain Lecomte met en évidence son sujet de prédilection : le peuple bakongo. Voici donc, présentés par cet antiquaire visible dans les plus importants salons internationaux d’art tribal (New York, San Francisco, Bruxelles et, bien sûr, Paris), un impressionnant « fétiche à clous » représentant un chien, plusieurs figures chargées de médecines, un rare et ancien masque polychrome, puis ce choix d’objets miniatures où se côtoient figures d’ancêtre, clochettes et sifflets.

Un univers peu connu

Hommage donc aux créateurs de ces sculptures miniatures qui, trop longtemps privées de leur contexte cérémoniel, ont souvent été mésestimées ou mal répertoriées. « Ainsi, commente Alain Lecomte, quelques-uns de ces objets ont été pris pour des bouchons ou de hauts de canne. Or ces sculptures sont généralement accompagnées de petites cornes d’antilopes et percées d’un trou vertical, conique à la base, resserré pour que s’adapte l’extrémité pointue de la corne. Enfilée dans un orifice situé près de la pointe, une ficelle travers l’objet, réunissant les deux éléments. »

L’antiquaire de constater que, très souvent, la corne était séparée de la sculpture, ou perdue. D’où l’erreur dans l’attribution de la fonction de l’objet qui peut être anthropomorphe, zoomorphe, anthropozoomorphe ou non figuratif. Voici donc, mis en évidence, ces sifflets attachés à des sculptures dont la hauteur varie entre 10 et 20 cm – d’où leur qualification de miniatures – qui semblent spécifiques des ethnies Basundi, Bawoya, Bayombé et Bavili du Bas-Congo.

Le pouvoir magique

du « nkisi »

Des sculptures, des sifflets, pour quel usage ? « Ils sont associés au culte du nkisi, spécialement pour la chasse où ils sont probablement utilisés pour émettre des signaux, comme on le fait avec des sifflets de bois, explique Alain Lecomte. Mais ils ont aussi un pouvoir magique ! Ainsi, en 1921, un missionnaire observait que quand quelqu’un reçoit un coup de fusil, les balles sont aspirées par la bouche grâce à cette idole. »

La sculpture serait-elle investie d’un pouvoir magique provenant de nkisi ? « Seuls les hommes initiés au culte des nkisi étaient autorisés à s’en servir ! À savoir des personnages socialement éminents tels les hommes-médecine et les chefs de village. Elles n’étaient pas portées par le peuple, ce qui explique leur rareté dans les collections et les musées… Notons encore que les cornes sifflets sont toutes membres de différents minkisi et que chacune agit selon l’exigence de son nkisi. » Elles peuvent donc être utilisées contre les sorciers, pour soigner les malades ou devenir charmes pour la chasse…

Galerie Alain Lecomte, Arts anciens d’Afrique noire, 21 rue Guénegaud, 75006 Paris.

Tel : 33 0 (1) 43 54 13 83 – Site : www.alain-lecomte.net.

Parcours des mondes 2013, du 10 au 15 septembre dans le Quartier des Beaux-Arts à Saint-Germain-des-Prés, Paris VIe.

Ouvert du mercredi au samedi de 11 à 19 heures, dimanche jusqu’à 17 heures et en nocturne le 12 jusqu’à 21 heures.

Infos : www.parcours-des-mondes.com.

Vos réactions

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1. Mundele dit le 04/09/2013, 17:53

Formidable comme on peut faire des déductions savantes sur de simples pratiques tribales élémentaires... (qu'on retrouve partout dans le monde tribal basique sous d'autres formes mais avec les mêmes destinations)... Attention, il va peut-être nous dire, lui aussi, qu'il a rencontré un type qui avait connu Stanley... !!!!

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