«L’Amérique souffre du syndrome irakien»
Conseiller du président Bill Clinton dans les années 1990, William Galston n’est pas étonné par la difficulté qu’a l’administration de Barack Obama à « vendre » une intervention en Syrie après la désastreuse guerre en Irak. Il estime que l’Amérique doit se porter garant du régime d’interdiction des armes de destruction massive
Pour Barack Obama, la ligne rouge par rapport à l’utilisation d’armes chimiques n’a pas été tracée par lui-même en août 2012, mais voici près de 100 ans par la communauté internationale qui a adopté le protocole de Genève en 1925 et qui adoptera la Convention sur l’interdiction des armes chimiques entrée en vigueur en 1997, a-t-il déclaré lors de sa visite en Suède, à la veille du sommet du G20 se St-Pétersbourg.
Mercredi, le Congrès a fait un pas de plus en direction du président américain désireux de sanctionner le régime syrien accusé d’avoir gazé des centaines de concitoyens. La Commission des affaires étrangères du Sénat a approuvé une résolution autorisant les États-Unis à mener une action militaire limitée à 90 jours maximum contre le régime de Bachar el-Assad. Mais l’aval de la Chambre des représentants, dominée par les républicains dont l’avis sur la question va de l’approbation au refus catégorique, n’est pas encore gagné. Conseiller du président Bill Clinton dans les années 1990, William Galston, chercheur à la Brookings Institution, livre son analyse.
La Maison-Blanche est désormais déterminée à mener une opération militaire en Syrie. Au vu de la menace que représente l’usage d’armes chimiques, comment expliquez-vous les fortes réticences de certains membres du Congrès et surtout de l’opinion publique américaine ?
William Galston : C’est ce que j’appelle le syndrome irakien. On l’a vu très concrètement la semaine dernière en Grande-Bretagne quand la Chambre des Communes a refusé de participer à une opération militaire aux côtés des Américains. Pour tout dire, le débat qui s’y est tenu s’articulait davantage autour de l’Irak que de la Syrie. Il a beaucoup été question des justifications fallacieuses ayant mené à la guerre et du résultat désastreux que celle-ci a engendré. Aux États-Unis, les Américains sont conscients d’avoir été en guerre depuis douze ans. Ils pensent qu’on n’en est pas encore sorti. Au vu des coûts astronomiques de ces aventures guerrières, ils se demandent à quoi cela a servi. En Irak, l’intervention américaine n’a abouti à rien. Pire, le gouvernement irakien de Maliki fait le jeu de Téhéran. L’opinion publique est fatiguée par les efforts américains à l’étranger et souhaite davantage de nation building, d’efforts pour améliorer la situation au plan intérieur. Tout cela rend la tâche de Barack Obama et de tout président américain très compliquée. Et on peut se demander si le syndrome irakien et le fait d’être intervenu pour les mauvaises raisons vont empêcher l’Amérique d’agir en Syrie pour de bonnes raisons.
A vos yeux, les États-Unis ont une responsabilité par rapport à ce qui se passe en Syrie ?
Si nous n’étions pas capables d’intervenir, la question ne se poserait pas. De fait, nous sommes le seul pays au monde à avoir les capacités de répondre aux atrocités commises par le régime de Bachar el-Assad. C’est de là que vient notre responsabilité. Et si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place. Les capacités militaires que nous avons développées (NDLR : le budget militaire américain équivaut aux dépenses combinées des treize plus grandes puissances militaires après les États-Unis) nous obligent à nous poser la question de notre responsabilité. Bien d’autres pays, européens par exemple, n’aiment pas Bachar el-Assad non plus. Mais ils ne peuvent tout simplement pas se lancer dans une telle aventure militaire.
L’opinion publique américaine ne comprend pas que les États-Unis fassent le travail des autres (Israël, Arabie Saoudite, Ligue arabe, Union européenne, Russie, Chine).
C’est inévitable. Du moment que l’on sait que les États-Unis vont intervenir, il y a forcément des free-riders, des pays qui vont en profiter sans s’impliquer. Le phénomène est connu même au sein de l’OTAN où pendant des décennies les États-Unis ont demandé en vain aux autres membres d’accroître leurs dépenses militaires. Le fardeau de la sécurité n’est de fait jamais partagé pour des raisons structurelles.
Barack Obama a-t-il bien fait de passer par le Congrès ?
Sans le vote négatif du parlement britannique, il n’aurait sans doute pas sollicité le Congrès. S’il obtient l’aval du Capitole, il en sortira grandi. L’épisode aura donné lieu à un vaste débat impliquant tous les acteurs politiques. Je pense que le président a aussi pris en compte l’amertume des membres du Congrès après l’intervention en Libye pour laquelle ils n’ont pas été consultés. Si le président n’obtient pas le feu vert, ce sera catastrophique. La fin de son deuxième mandat serait désastreuse. Car il ne pourra pas agir contre la Syrie. S’il le faisait malgré un refus du Congrès, il se trouverait dans une position politique intenable. Un refus risque aussi de lier les États-Unis à l’avenir. Le président pourrait devoir passer par le Congrès si des actions militaires contre l’Iran ou d’autres acteurs devaient un jour être d’actualité.
L’usage d’armes chimiques en Syrie est pour vous un motif suffisant pour mener une opération militaire ?
C’est là le drame. Si le Congrès refuse une intervention, les États-Unis seront dans l’incapacité de répondre à la pire attaque chimique perpétrée depuis longtemps. Cela pose une question d’autant plus aiguë que le régime d’interdiction de l’usage des armes de destruction massive ne prévoit pas vraiment de mécanismes pour faire respecter les conventions en question. Celles-ci font simplement référence au Conseil de sécurité de l’ONU. Or celui-ci est bloqué. En empêchant les États-Unis d’intervenir, on empêcherait de se donner les moyens de défendre les normes internationales interdisant l’usage de telles armes. Le respect de telles conventions à l’avenir en pâtirait fortement.




Gris Sans doute beaucoup de gens sont morts pendant le régime de Saddam et pendant la guerre, mais c'est un fait et n'a rien à avoir avec qui je suis.