Le «portager» à la portée de tous

JEAN-PHILIPPE DE VOGELAERE
Mis en ligne

LOUVAIN-LA-NEUVE . Un potager sur un toit, ce n’est pas nouveau, mais bien un potager portable.Le « portager » se veut ainsi une pratique de développement territorial durable.

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De belles tomates, notamment, dont toute l’équipe du Creat profite amplement. Merci Jean-François Paquay 
! © J. -P. D.V.
    De belles tomates, notamment, dont toute l’équipe du Creat profite amplement. Merci Jean-François Paquay ! © J. -P. D.V.

La cité de demain ne sera plus composée de cette succession de lotissements de maisons quatre façades qui a fait l’attrait du Brabant wallon. Le coût de l’énergie va amener inévitablement une densité plus forte de l’habitat. Mais sous peine de perdre tout contact avec la nature, l’homme va devoir réinventer son mode de vie. Le Creat (Centre de recherches et d’études pour l’action territoriale) en est convaincu au point que, dans le cadre de ses différents travaux, il a permis à son dessinateur-cartographe, Jean-François Paquay, de s’occuper sur une terrasse d’un petit potager de sa conception, dont toute l’équipe profite amplement en ramenant à la maison tomates, salades, courgettes, potimarrons, haricots, betteraves, fenouil, estragon, basilic et autres feuilles de menthe.

L’idée d’un potager sur un toit ou sur une terrasse n’est certes pas nouvelle, mais Jean-François Paquay a développé des bacs carrés spéciaux, de 25 cm de haut, fabriqués à partir de treillis plastifié et gainés avec une feuille de bâche à silo agricole, qu’il remplit de trois couches successives de compost de feuilles, de fumier de cheval et de déchets domestiques. De quoi réaliser ce qu’il appelle un « portager » ou potager portable puisque chaque bac fait de l’ordre de 30 kilos selon l’arrosage.

« Je n’ai pas déposé de brevet, même si plusieurs personnes n’ont déjà conseillé de le faire », sourit Jean-François Paquay, tout heureux de faire découvrir son travail, ce mercredi, à l’occasion d’une visite de la communauté universitaire dans les installations de la place du Levant. Une manière aussi de démontrer que le Creat s’insère activement dans la démarche éthique de la Charte de développement durable de la ville d’Ottignies-LLN, qu’elle a signée en 2002.

Et d’expliquer que son principal souci, c’est l’eau : « Rien n’a été prévu sur cette terrasse, soumise à de grandes variations de températures au cours d’une même journée, parfois d’au moins vingt degrés, pour arroser les plants. Pas même un robinet. Si ce genre d’installations doit s’étendre, il faudra sensibiliser les architectes pour qu’ils prévoient jusqu’à la récupération de l’eau de pluie. Celle-ci est d’ailleurs plus douce que l’eau calcaire du robinet. Et il faut compter par an entre 800 et 900 litres d’eau par mètres carrés de potager. Je préconise l’usage de bouteilles en plastique percées de deux fins trous afin d’assurer un arrosage plus lent. Et, sans doute, même prévoir une assise aux bacs pour éviter que les sels minéraux ne s’échappent trop rapidement sur la terrasse. Déjà, j’ai prévu un paillage pour ralentir l’évaporation naturelle. »

En attendant sans doute l’utopique autosuffisance alimentaire, Jean-François Paquay estime aussi qu’il ne faut pas parler de question de coût ou de rentabilité : « Pouvoir simplement se réinsérer naturellement dans les cycles de la nature et de l’eau, cela n’a pas de prix. Et cela crée du lien social également. Bien sûr, il importera aussi de rester en contact avec un potager-mère, via une ferme par exemple, afin de disposer de bons composts. Je conseille enfin de disposer quelques plantes mellifères pour assurer la pollinisation, par exemple des tomates. »