Le G20 de l’entrepreneuriat en cinq questions
La deuxième édition du Baromètre entrepreneurial du cabinet Ernst & Young évalue les pays du G20. Une conclusion : l’entrepreneuriat est « le futur moteur de croissance ».
Le cabinet d’audit et de conseil Ernst & Young (E&Y) a évalué la performance entrepreneuriale des pays du G20 (et de l’Union européenne, donc).
Parmi les conclusions les plus percutantes, on retient l’impressionnante proportion de jobs générés par l’innovation et la création de nouveaux marchés et d’entreprises. Ainsi, en 2012, 67 % des emplois européens créés seraient dus aux entrepreneurs. À noter qu’en Chine, cette proportion s’élève à 75 % tandis qu’aux US, les start-ups et entreprises de moins de cinq ans concentrent à elles seules la quasi-totalité de la création d’emploi depuis 30 ans.
Autre fait marquant : 40 % des entreprises du top Fortune 500 furent fondées par des immigrants ou leurs enfants. Les États-Unis leur doivent 28 % des nouvelles activités créées en 2011. Un score honorable quand on sait qu’ils comptent pour 13 % seulement de la population nationale.
L’autre constat, moins réjouissant, établit que l’UE ne joue pas (encore ?) dans la même cour que les champions de la classe, à savoir l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et les États-Unis.
En guise de grille d’analyse, E&Y s’est principalement intéressée à cinq indicateurs. Un rapide coup d’œil aux scores obtenus, pour chaque indicateur, par l’UE, nos plus proches voisins et les pays jugés les plus favorables à l’entrepreneuriat permet de mieux apprécier les principaux enseignements du rapport.
1 L’accès au financement
C’est dans l’air du temps, E&Y appelle à de nouvelles formes de financement telles que le crowdfunding ou la microfinance. Une diversification des modèles de prêts bancaires serait aussi la bienvenue. Un exemple : le prêt sur base d’objectifs de performance. Enfin, E&Y prescrit un meilleur accompagnement des bénéficiaires, « où une coopération entre les secteurs public et privé s’avère nécessaire ».
D’une façon générale, 70 % des entrepreneurs interrogés estiment qu’il est difficile de trouver des financements dans leurs pays. La moitié juge que l’accès au financement est le moyen le plus efficace d’accélérer l’entrepreneuriat. Sur le crowdfunding, parmi ceux qui connaissent le principe, 46 % estiment qu’il a progressé dans leurs pays.
Sans surprise, ce sont les États-Unis qui occupent la première place du classement sur cet indicateur (score : 7,12), suivis de près par le Royaume-Uni (6,86), l’UE (5,41), l’Allemagne (5,23) et la France (4,74), respectivement classées à la 12ème, 14ème et 16ème place.
2 La culture entrepreneuriale
Principales ennemies de l’esprit d’entreprendre relevées par E&Y : la peur et la sanction de l’échec. « Or, rappelle le cabinet, les serial entrepreneurs qui ont échoué une fois montrent davantage de chances de réussite que ceux qui se lancent pour la première fois. Dès lors, les lois sur les faillites devraient veiller à trouver le juste équilibre entre la protection des créanciers et la possibilité pour l’entrepreneur de jouir d’une deuxième chance ». Pourtant, ils sont seulement 25 % du panel interrogé à penser que l’échec devrait être compris comme une opportunité d’apprendre.
Une tendance très forte de ce chapitre : 84 % des interrogés estiment que les entrepreneurs devraient être davantage considérés comme des générateurs d’emploi.
Là encore, ce sont les États-Unis qui se montrent les plus entrepreneurs dans l’âme (7,67). Le Royaume-Uni (7,00), l’Allemagne (6,88), l’Union européenne (6,07) et la France (5,68) jouent des coudes et partagent respectivement les 6, 7, 8 et 9ème places du classement.
3 Fiscalité et législation
E&Y estime qu’au regard des jeunes entreprises, il est plus opportun d’alléger les charges patronales ou les taxes sur la propriété que les impôts sur les revenus de l’entreprise. Cela réduirait les barrières à l’entrée.
En outre, la complexité fiscale et administrative ne hérisse pas seulement le poil des entrepreneurs belges : 84 % des entrepreneurs des États du G20 réclament une simplification de la fiscalité dans leurs pays. E&Y prescrit d’ailleurs aux États d’adopter des solutions simplifiées de déclarations, dont Tax-On-Web est sans doute un bon exemple.
Moins surprenant, ils sont presque autant à souhaiter des incitants fiscaux à l’innovation.
Sur ce terrain, c’est l’Arabie saoudite qui s’impose (6,40). Le Royaume-Uni (6,19), l’Allemagne (5,84), l’Union européenne (5,48) et la France (5,12) occupent respectivement les 4, 7, 10 et 15ème places du classement.
4 Enseignement et formation
Partant du principe qu’on ne naît pas entrepreneur mais qu’on le devient, E&Y plaide légitimement pour une présence des compétences entrepreneuriales dans les programmes des écoles, le plus tôt possible. 84 % des entrepreneurs interrogés admettent d’ailleurs l’opportunité d’une formation spécifique pour connaître le succès. Et le partage de ces succès entre pairs est classé parmi les moyens les plus signifiants pour inspirer des vocations d’entrepreneurs.
Au niveau supérieur, une plus grande porosité entre les sections scientifique et économique devrait permettre davantage de synergies entre créateurs et commerciaux, la paire gagnante de l’entrepreneuriat. Une approche davantage multidisciplinaire et perméable aux nouvelles idées est également recommandée par E&Y.
À ce jeu-là, c’est la France qui se démarque (6,58) le plus parmi les pays du G20. L’Union européenne (6,25), le Royaume-Uni (5,98) et l’Allemagne (5,89) occupent respectivement les 5, 6 et 7ème places du classement.
5 Coordination du soutien
Cet indicateur évalue l’efficacité de l’écosystème formé par les secteurs public, privé et associatif quant au soutien de l’entrepreneuriat dans les pays du G20. Pour E&Y, « cette coordination doit impliquer actionnaires, universités et écoles supérieures, laboratoires, incubateurs, ONG, investisseurs et entrepreneurs ». Un plaidoyer qui rappelle aussi qu’une politique publique tournée vers l’entrepreneuriat est nécessaire (mais pas suffisante) au développement d’une économie de l’innovation.
E&Y recommande également la représentation de l’entrepreneuriat parmi les matières gouvernementales dédiées, par exemple par l’institution d’un ministère de l’entrepreneuriat (en ce qui nous concerne, cela devrait-il aller plus loin que les attributions de notre ministre des Classes moyennes, des PME et des Indépendants, Sabine Laruelle ?).
C’est la Russie qui s’illustre le mieux sur cet indicateur. L’Allemagne (5,53), la France (5,41), l’Union européenne (5,37) et le Royaume-Uni (5,19) occupent respectivement les 10, 11, 13 et 17ème places.
Pour le rapport complet, ça se passe ici même.



