Les négociations israélo-palestiniennes «ne mènent nulle part»

Serge Dumont, de notre correspondant à Tel-Aviv.
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Selon les fuites organisées par l’Autorité palestinienne à propos des négociations de paix, Israël propose un accord de paix intérimaire sur un État palestinien sur 60 % de la Cisjordanie, sans démantèlement de colonies juives.

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« Ces négociations sont futiles et ne mènent nulle part. Je n’en attends aucun progrès sauf si les Américains exercent d’énormes pressions sur Israël  ». Cette sentence prononcée mercredi par Yasser Abed Rabo, l’un des principaux conseillers du président palestinien Mahmoud Abbas, en dit long sur l’état d’esprit régnant à Ramallah sept semaines après la reprise des pourparlers de paix interrompus en 2010.

Jusqu’à ces dernières heures, les négociations menées soue la supervision de l’émissaire spécial américain Martin Indyk se déroulaient dans la plus grande discrétion à Jérusalem et à Jéricho (Autorité palestinienne). Certes, quelques fuites provenant des cercles proches de ces pourparlers évoquaient des «  tensions  », des «  difficultés surmontables avec un peu de bonne volonté  » et, parfois, des «  éclats de voix  » mais rien de vraiment concret ne filtrait.

Le 20 août, interviewée par la radio publique israélienne, la ministre israélienne de la Justice Tzipi Livni qui dirige la délégation israélienne, s’était d’ailleurs contentée de reconnaître que «  ce n’est pas toujours facile  » et que son pays «  devra faire des concessions douloureuses  » afin d’aboutir à la paix.

Mais tout a changé au début de la semaine. En effet, déçus par la tournure que prennent leurs échanges avec Israël, les Palestiniens ont levé un coin du voile recouvrant ces discussions à huis clos. De manière anonyme, l’un d’entre eux a révélé que l’État hébreu propose à l’AP de conclure un accord de paix « intérimaire » qui fixerait les frontières provisoires de la Palestine. En contrepartie, Israël exige des Palestiniens qu’ils abandonnent de bon nombre de leurs revendications les plus importantes. En commençant par l’évacuation des colonies juives de Cisjordanie.

Un « marché de dupes » pour l’Autorité palestinienne

Pour l’AP, il s’agit d’un « marché de dupes » puisqu’elle n’obtiendrait pas grand-chose alors que l’État hébreu pourrait continuer à développer ses implantations. Y compris à Jérusalem-est, la partie arabe de la ville sainte dont les Palestiniens veulent faire leur capitale.

À en croire les fuites palestiniennes, Benjamin Netanyahu, qui refuse de voir son pays réintégrer les lignes frontalières qui prévalaient avant la guerre des Six jours (juin 1967), serait prêt à évacuer progressivement 60 % de la Cisjordanie. Pas plus. Or, en 2008, son prédécesseur Ehoud Olmert qui négociait déjà avec Mahmoud Abbas jusqu’à ce qu’un scandale politico-financier l’oblige à présenter sa démission, acceptait de voir un État palestinien s’établir sur 94 % de ce territoire.

S’exprimant mercredi au micro de la « Voix de la Palestine », Abed Rabo a en tout cas estimé que «  les négociations ne progressent pas  » et que l’État hébreu «  profite du processus de paix pour lancer de nouveaux appels d’offres afin d’étendre ses colonies ». En raison de la nouvelle année et de la période des grandes fêtes juives qui s’étend sur dix jours, les responsables israéliens refusent pour le moment de répondre à ces accusations.

Osez la rencontre !