Surprise à la Mostra de Venise, le documentaire «Sacro Gra» remporte le Lion d’or
Un documentaire italien émerge à la Mostra de Venise. « Sacro Gra », de Gianfranco Rosi, vole la vedette à « Philomena » . Le film de Stephen Frears repart presque bredouille. Insensé !
Bernardo Bertolucci avait promis que son jury cultiverait l’art de la surprise, au palmarès de la 70e Mostra. Il a tenu parole.
Le film le plus plébiscité de la compétition, « Philomena », repart avec le seul prix du scénario. Stephen Frears, décidément mal aimé des grands festivals, qui ne l’ont jamais consacré, était pour nous le pur diamant de ce cru 2013, mais l’enthousiasme dingue qu’il a suscité dans le public comme dans la critique l’a peut-être mis hors compétition. Son film est une vraie perle, mais d’aucuns ont rapidement estimé qu’on ne pouvait pas consacrer un film aussi populaire. Ce n’est pas seulement absurde. C’est surtout révélateur de l’identité actuelle de la Mostra, qui se comporte aujourd’hui davantage comme un festival de découverte et d’art et d’essai que comme la Mecque du cinéma, de tous les cinémas, un statut que Venise a historiquement occupé pendant longtemps.
Le palmarès fait du coup la part belle à des expériences de cinéma : c’est le cas du documentaire de Gianfranco Rosi, « Sacro Gra », qui décroche un Lion d’or que nous ne sommes pas du tout certains de découvrir un jour en Belgique, à l’image du Lion d’or de l’an dernier, « Pieta », de Kim Ki-duk, demeuré inédit chez nous. Le prix accordé à « Sacro Gra », qui dresse avec pas mal de poésie le portrait de riverains du boulevard périphérique de Rome, a un incontestable mérite, et il est très rare dans l’histoire des grands festivals : c’est de rappeler au grand public que le grand cinéma se décline souvent sur le mode documentaire.
Expérience âpre. C’est le cas du Lion d’argent, « Miss violence », du Grec Alexandros Avranas, pour une sombre histoire d’inceste et de suicide d’enfant. Le film décroche également le prix d’interprétation masculine, à Themis Panou.
C’est encore le cas du Grand Prix du jury à Tsai Ming-Liang pour « Jiaoyou»(Stray Dogs), l’histoire d’un père sans logis et de ses deux enfants contraints d’errer dans les rues de Taipei.
C’est encore et toujours le cas avec « La femme du policier » (Philip Gröning), prix spécial du jury, qui parle de la violence conjugale dans une écriture stylistique aussi fascinante qu’un peu maniérée.
Autant de prix qui vont vers les propositions de cinéma les plus exigeantes, à défaut d’être toujours les plus fortes ou les plus belles, comme si le critère d’élection était désormais fonction de l’austérité des propos ou de leur mise en forme.
On ne s’étonnera pas dans ces conditions de l’absence au palmarès de Miyazaki ou Gilliam, poètes de l’image, qui n’étaient il faut le reconnaître pas au sommet de leur art avec leurs derniers films respectifs.
« Via Castellana Bandiera », coup de cœur absolu du Soir, aurait pu viser les plus grands prix. Le premier film d’Emma Dante est pourtant lui aussi distingué, via sa formidable comédienne, Elena Cotta, prix d’interprétation féminine.



