Tokyo a eu les Jeux olympiques 2020, malgré Fukushima
Le CIO a montré samedi qu’il ne voulait pas prendre de risques et faisait confiance aux Japonais. Il a surtout préféré la sécurité financière à l’exploration de nouveaux territoires
«Tokyo sur un nuage», résume Libération. Ce sera donc elle. Malgré le handicap que représentait la catastrophe de Fukushima, les Jeux olympiques d’été 2020 auront bien lieu dans la capitale japonaise. Et les outsiders? Istanbul a vraisemblablement payé sa trop grande proximité géographique avec le conflit syrien et la menace d’un embrasement possible du Proche-Orient, et Madrid pour la faillite économique de l’Espagne et son premier ministre enlisé dans un scandale de corruption. La capitale espagnole «repart donc bredouille pour la troisième fois consécutive, alors qu’Istanbul échoue à devenir la première ville à majorité musulmane à organiser les Jeux olympiques», semble regretter France Info.
Les raisons de ce choix sont simples: «Le Comité international olympique (CIO) a montré samedi qu’il n’était pas d’humeur aventureuse, analyse Ouest-France, préférant la sécurité financière à l’exploration de nouveaux territoires. […] Selon l’expression d’une personne au fait du dossier, c’est la candidature «la moins horrible» qui l’a emporté.» Quant à la presse espagnole, elle «a tenté de comprendre les raisons de la défaite», explique Radio-Canada qui l’a compilée. «La crise et les scandales de dopage, résume-t-on pour expliquer l’élimination hâtive de Madrid, dès le premier tour du vote.» Et «la grande majorité des journaux turcs consacraient également leur une ce dimanche […] à l’échec de la candidature de la Sublime Porte», indique France 24.
Le même site explique que la presse nipponne était en revanche «déjà imprimée quand la nouvelle est tombée aux premières heures de la journée, mais les sites internet des différents médias japonais ont largement félicité la cité impériale». «A la suite de l’échec pour les JO de 2016, cette fois ce ne sont pas seulement la capitale et le monde du sport qui se sont mobilisés, mais aussi les milieux économiques et l’Etat. Cette unité a été positive», a ainsi salué le quotidien Mainichi.
Malgré les tonnes d’eau radioactive qui s’échappent chaque jour de la centrale nucléaire accidentée et s’écoulent dans l’océan Pacifique, conséquence du séisme et du tsunami de mars 2011, le premier ministre a nié l’existence d’un problème sanitaire à Fukushima. «Elle [la centrale] n’a jamais fait et ne fera jamais de dommages à Tokyo. Il n’y a pas eu de problème sanitaire jusqu’à maintenant et il n’y en aura pas à l’avenir. J’en fais la déclaration devant vous de la façon la plus emphatique et sans équivoque», a déclaré Shinzo Abe. D’ailleurs, «quelques heures seulement avant le vote crucial, le gérant de la centrale accidentée a diffusé un message en anglais pour rassurer la communauté internationale», explique L’Express.
Quant au plus grand journal japonais, Asahi Shimbun – 11,7 millions d’exemplaires! –, il écrit surtout que Tokyo a «réussi à effacer les craintes concernant les récentes révélations» sur Fukushima. «Dans un discours juste avant le vote du CIO le 7 septembre, la princesse Hisako Norihito de Takamado a remercié le CIO pour son soutien après le tremblement de terre.» Il confirme que l’assurance du premier ministre a payé: c’est ce «que les membres du CIO voulaient entendre», explique-t-il.
Pour Le Monde, «d’un côté, il fallait une candidature qui mêle assurance technique et sécurité financière. De l’autre, on cherchait à redonner de l’espoir après une catastrophe humaine et écologique en organisant le plus grand événement sportif de la planète.» Mais «penser que Tokyo a gagné le droit d’organiser les Jeux d’été en misant sur le registre de la compassion serait faux et injuste. Le dossier de la capitale japonaise est solide, et bien conçu.»
Rue89, pourtant, se gausse de ce choix rationnel: «Les JO «ennuyeux» ont gagné sur le low-cost et sur le bordélique», écrit-il, tout en citant le Wall Street Journal. Dans lequel on lit que «la capitale espagnole vendait aussi la promesse d’une fête»: «Lors d’un récent sommet international du sport», rapporte ce dernier, «le stand espagnol proposait du jambon serrano et du Rioja, contre des maquettes pour Istanbul et Tokyo.» Voilà pour la réalité.
Et pour la fiction? Une curieuse coïncidence a été relevée par des fans sur Twitter – où l’on s’en donne à cœur joie avec le hashtag #Tokyo2020 – fait remarquer Le Huffington Post. En 1988, le manga Akira reposait sur le synopsis suivant: «16 juillet 1988. Tokyo est complètement détruite par un nouveau type de bombe. Ce qui déclenche la Troisième Guerre mondiale. La planète est dévastée. Après la guerre, la ville se reconstruit – le «néo-Tokyo» – sur des terrains gagnés sur la baie de la capitale japonaise.»
Puis, en 2019, plus de trente ans après, donc, et «bien que la ville se prépare à accueillir les Jeux olympiques en 2020, le «néo-Tokyo» se trouve dans un état de crise et la société est proche de l’effondrement en dépit de la prospérité apparente. Le chômage a augmenté et les activités subversives sont très répandues. Un réseau souterrain pour la circulation de la drogue a été établi. Les néo-religions prospèrent. Les jeunes […] trouvent une échappatoire avec leurs motos. Chaque nuit, ils sillonnent le «néo-Tokyo» sur leurs bécanes…» On n’osera croire à un mauvais présage…
Enfin, signalons que sur son site internet, l’agence Chine nouvelle – les internautes de l’Empire du Milieu en rient encore – a annoncé, rapporte Le Parisien, que le CIO avait confié les Jeux à Istanbul. La télévision d’Etat chinoise a de son côté «diffusé un bandeau affirmant que Tokyo, dernière en lice avec Istanbul et Madrid, avait été éliminée. Ces deux informations erronées ont été par la suite supprimées mais continuaient dimanche de faire l’objet de maints commentaires sur la Toile», où certains internautes se sont aussi concentrés «sur le choix de Tokyo, avec laquelle Pékin entretient plusieurs contentieux liés notamment à l’époque des conquêtes nippones au XXe siècle». Dont le dernier en date concerne la souveraineté sur ces îles en mer de Chine orientale appelées Diaoyu en chinois et Senkaku en japonais.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Comme dit par un spécialiste ce matin en radio "il y a infiniment moins de chance d'avoir le moindre problème du à la radioactivité à Tokyo, que d'avoir des problèmes respiratoires graves à Pekin".
@ Musicien - On peut effectivement se poser la question de la santé des athlètes, mais je crois qu'il n'y a pas de risque. Personnellement, j'ai passé trois semaines à Kiev, une ville magnifique, à 150 km de Chernobyl 4 mois après la catastrophe, je n'ai subi aucun effet secondaire, et à ce jour mon bilan médical est toujours bon.
Tokyo a obtenu les JO à cause de la Syrie ! Et de ce qu' Obama et Erdogan se félicitent un peu tôt d' en faire un gros merdier .
Je souhaite bonne chance aux Athlètes, sachant qu'il n'y aura que dans les médias que l'on va minimiser cette catastrophe...dans la réalité, c'est partit pour des centaines d'années...Tokyo n'est qu'à 200 km(environ) de Fukushima!!!




Si vous allez voir les jeux à Tokyo en 2020, vous encaisserez plus de rayonnements radioactifs lors des 2x 15 heures de vol que lors de votre séjour sur place. Sauf nouveaux développements d'ici là, bien sûr. 2020, c'est encore loin !