Kilian Jornet, le montagnard qui énerve tout le monde
Ce gringalet aux allures adolescentes vient de se faire piéger au Mont-Blanc. En baskets, il a dû être secouru. Ce qui met hors d’eux les gardiens de la sécurité en montagne face à un surdoué qui aime porter sa vie à l’incandescence.
En Catalogne, c’est quasiment un héros « national », si l’on en croit les articles dithyrambiques que lui a déjà consacrés le quotidien local séparatiste El Punt/Avui. Mais l’attitude de ce « surdoué » fait décidément polémique, aux yeux de RTL France. Car « la montagne se pratique avec du matériel adéquat », nom de bleu ! « On a le droit de se mettre soi-même en danger, mais on ne peut pas non plus faire n’importe quoi, d’autant plus par mauvais temps. » Voilà par quelle admonestation a réagi, samedi, l’adjoint au maire de Chamonix en charge de la sécurité et guide de haute montagne Jean-Louis Verdier, relate Le Dauphiné libéré.
C’est que Kílian Jornet i Burgada, 26 ans, champion catalan de ski-alpinisme et d’ultra-trail – cette discipline que Rue89 voit comme « une quête spirituelle » – a dû être secouru par les gendarmes dans le massif du Mont-Blanc. Récupéré sur l’aiguille du Midi à environ 3800 mètres d’altitude, alors qu’il se trouvait en mauvaise posture. En baskets, comme d’habitude, « amb roba lleugera i vambes, sense botes ni roba d’hivern », dit-on dans sa poétique langue maternelle, qui est aussi celle du Periódico de Catalunya.
« Courir ou mourir »…
Bref, équipé comme un vrai touriste inconscient, pensent beaucoup, tout juste s’il ne met pas des tongs. Pendant que ses admirateurs, eux, espèrent qu’ils ne vont pas bientôt devoir mieux comprendre le titre exacerbé de son livre (ci-dessus), Courir ou mourir. Qui est, lit-on sur son site, « le journal de bord d’un gagnant, une philosophie de vie, une leçon exemplaire pour nous tous ».
En attendant, ce gringalet (56 kilos pour 1,71 mètre) aux allures d’ado égaré sur les cimes, qui est tout de même considéré comme un des plus grands coureurs à pied en montagne de tous les temps, a probablement suivi la maladroite devise personnelle qui orne la page d’accueil de son site internet : « Laisse conduire tes pas par ton instinct. Il temmènera ou taimes le plus. » (sic)
Tancé par ses sauveteurs
Alors, ni une ni deux, pour vite effacer ce faux pas agaçant, « vu comme elles courent, les versions de l’incident de samedi, voici ma version », lit-on dans L’Indépendant, le quotidien régional de l’Aude et des Pyrénées-Orientales : c’est sur sa page Facebook et sur celle du Trails Endurance Mag qu’il s’est expliqué sur sa mésaventure dans un très long communiqué publié lundi. Où il remercie tout de même les sauveteurs qui l’ont vertement tancé.
Car Jornet, semble-t-il, s’est bel et bien trouvé piégé par le mauvais temps alors qu’il s’était élancé en petite tenue, explique le site Sports.fr : « Voilà qui ne risque pas de le réconcilier avec ceux qui raillent sa légèreté, pour ne pas dire son insouciance. » Mais bien qu’« idole des trailers, une approche nouvelle de la montagne qu’il a contribué à populariser à travers ses exploits, Kilian Jornet n’est pas plus grand que les autres face à la montagne ».
Un « dieu vivant »
D’ailleurs, dans les rues de Chamonix comme sur Internet, « chacun y allait de son commentaire, lundi », relève Vosges Matin : « Il y avait ceux qui défendent bec et ongles Kilian Jornet – et vont jusqu’à le qualifier de « dieu vivant ». Ceux qui clament que ça lui pendait au nez. Et les plus modérés, qui ne parlent que d’aléa de la montagne. Toujours est-il que le cas Jornet, trailer emblématique […], ne laisse pas indifférent. Et à travers l’exemple de l’icône du trail, c’est la pratique qui interpelle. » Jean-Louis Verdier, toujours, résume : « Il ne faut pas confondre le trail, qui propose une fausse aventure aseptisée, et l’alpinisme, avec ses dangers météo, ses chutes de pierres et de séracs, ou encore ses difficultés techniques et d’itinéraire. »
Mais c’est « un tropisme tenace », écrit Antoine Chandellier, reporter montagne et éditorialiste pour Le Dauphiné, « qui gangrène ce milieu si pur : les vieux montagnards n’aiment pas que l’on bouscule leurs codes et les ringardises ». Ils ont en effet été légion à le fustiger, ce Kilian Jornet. Mais ce sont « les mêmes, dit-il qui l’encensaient pour ses records au Mont-Blanc ou au Cervin » et qui ont ensuite « gonflé la meute criarde des bien-pensants hurlant à l’inconscience, brûlant l’idole. Jornet, iconoclaste bariolé de marques, attendu au moindre faux pas. […] Il a suffi d’un secours pour que son procès soit instruit par ceux qui se posent en gardiens des valeurs, défendant pourtant que la montagne un espace de, comment déjà ? Liberté ? »
« Comme un funambule »
Et la liberté, ça le connaît, cet « Usain Bolt des sommets », dont Libération publie un sublime portrait, en condensé stylé. De « ce nomade qui parle cinq langues » et « porte sa vie à l’incandescence », le journal écrit notamment : « En montagne, Kilian Jornet est agile comme un chamois et heureux comme un enfant dans un magasin de jouets, la tête dans les nuages, toujours émerveillé. Il se désaltère en puisant l’eau des torrents, se nourrit de baies sauvages. En montée, il semble aspiré par les cimes. En descente, il déboule les bras en l’air comme un funambule, dévale pente et glaciers sur les fesses quand la neige le permet. »
Quelqu’un a-t-il une autre définition du bonheur à proposer ?
Vos réactions
Voir toutes les réactions C'est encore un héros avec assistance . Qu'il paie ses secours, il verra les faits autrement !
Nous vivons dans un monde fait de jalousie et de laideur ce type est grand sa cause est belle. C'est un aventurier, un héros moderne. Les limites sont faites pour être repoussées. Mais je comprends bien que le citoyen métro boulot dodo qui ne fait que se plaindre ne puisse comprendre
une autre definition du bonheur ? faire cela tout seul ,sans spectateurs, sans sponsors, sans medias, sans admirateurs,sans messages ,sans gloire en qq sorte...beaucoup plus difficile !!
La liberté de prendre des risques, de suivre sa voie, c'est aussi celle de l'assumer. Si je trouve ce gars formidable, et qu'il serait honteux de lui couper les ailes, je n'aurais pas été choqué si il n'avait pas été secouru, ou si on saisi la maison de ses parents pour payer la note. (à moins qu'il n'ait lui même prévu une équipe de secours).




Xman je comprends le fond de ce que vous dites, mais je cherche encore l'héroïsme là-dedans. A la limite, un Felix Baumgartner qui nous fait un saut depuis 39.000 mètres en sachant qu'il risque d'y passer, on peut y voir de l'héroïsme. Mais un gars qui part en montagne sans le moindre équipement minimum pour ça, je vois pas où est l'héroïsme. Je vois pas quelles limites sont repoussées à faire ce genre d'âneries. Tout comme je cherche encore le lien entre ça et la jalousie ou le métro boulot dodo... Si demain un mec fait du base jump sans parachute, on dira que c'est un idiot, pas un héros. Ben pour moi, un mec qui part en montagne en basket et en short, c'est pareil. Mais libre à vous d'en faire un héros.