L'économie du partage, une révolution en marche

Gilles Bechet
Mis en ligne

C’est une révolution en marche. Qui repose sur une idée vieille comme le monde. Quand on n’a plus besoin de quelque chose, on le partage, on le donne. Avant, c’était réservé à l’entourage et aux proches, mais avec l’arrivée d’internet, voilà que l’on peut partager, donner ou louer ce qui est momentanément inutilisé à de parfaits inconnus.

Article paru dans Victoire du 07 septembre 2013

Bienvenue dans la consommation collaborative.

Alliance entre le troc, le partage, l ’échange de services et les nouvelles technologies, le mouvement touche tous les secteurs : l ’habitation, l ’alimentation, les déplacements ou le tourisme. Grâce au financement participatif, le crowdfunding, n’importe quel quidam peut participer à la création d’une startup ou au f inancement d’un projet. Par son côté réactif et individualisé, internet permet de répondre au plus juste aux besoins et aux attentes de l’utilisateur.

Ce qui n’a pas manqué d’attirer certaines entreprises qui se sont mises à créer des services participatifs. L’économie collaborative permet aussi au particulier de devenir un entrepreneur à temps partiel en louant pour quelques jours une chambre de sa maison ou, pour quelques heures, un trajet dans sa voiture.

Chaque jour, des centaines d’initiatives se créent, dans l’associatif comme dans le circuit marchand. Ces projets, qui allient un ancrage local et une ouverture vers l ’extérieur, ont besoin d’une masse critique d’utilisateurs pour pérenniser leurs activités. Dans leur développement, ils peuvent compter sur le soutien d’une communauté très large et très active sur les réseaux sociaux à l ’image de OuiShare, né en France et désormais bien implanté en Belgique.

Passer de la propriété au service

À côté de l’émergence de nouveaux outils technologiques, il y a le contexte économique plombé par une crise majeure. Pourra-t-on longtemps soutenir une consommation à tous crins alors que la quantité de ressources est limitée ? La consommation collaborative offre une partie de la réponse par l ’optimisation de l’usage des biens que l’on possède en en partageant l ’usage avec les autres.

Du côté des utilisateurs, les motivations sont multiples. Certains veulent mettre du sens dans leur vie, dans leur travail et dans leurs pratiques de consommation. D’autres cherchent d’abord des solutions de rechange moins chères et plus f iables.

Une économie basée sur le partage implique une capacité à se détacher des objets pour en partager l’usage. Passer de la propriété au service. Ce qui ne va pas de soi pour tout le monde. La journaliste Hélène Pouille, active dans la communauté collaborative, invite chacun à établir son seuil de partageabilité, qui évalue ce qu’on est prêt à partager et avec qui.

Dans ce grand melting-pot où le gratuit côtoie le payant, où le secteur associatif croise le monde des entreprises, où les services publics s’associent avec des startups, on peut craindre que l ’utilisateur se retrouve en plein brouillard, en panne de sens.

Faire preuve de souplesse

Avec de nouvelles pratiques d’auto-entreprises qui se développent, les réglementations existantes ne semblent pas toujours adéquates et bien des transactions s’effectuent dans des zones grises. Faut-il faire le tri et adapter les réglementations ? On peut faire confiance au bon sens, plaide Louise Hain, administratrice de OuiShare Brussels.

L’utilisateur n’est pas dupe, c’est lui qui va déterminer la direction que le mouvement va prendre. Quant aux réglementations, il faut faire preuve de souplesse et avancer prudemment pour ne pas étouffer le bouillonnement créatif qui se manifeste un peu partout.

Même si les pratiques de don, de partage et d’échange existent depuis des siècles et continuent à se développer localement, il est indéniable que pour prof iter de tout le potentiel de cette nouvelle manière de consommer, il est indispensable de maîtriser l ’informatique des réseaux. La fracture numérique est un enjeu fondamental. Pour y faire face, il faut passer par la pédagogie et l ’éducation en proposant, par exemple, des guichets d ’ information et d ’accès dans les services sociaux en contact avec les populations plus précarisées ou encore en liant systématiquement l ’ informatique aux cours d ’alphabétisation.

L’économie collaborative est définitivement sortie de la marginalité et de l’utopie alternative. Certains y voient l ’amorce d’un basculement de l ’économie. Déjà, les lignes ont bougé et à l’avenir, différents modèles de consommation seront appelés à cohabiter. C’est une bonne nouvelle pour l ’utilisateur.

Auto-évolution

Quand vous avez envie d ’un verre de lait, achetez-vous une vache ? Alors, pourquoi acheter une voiture quand vous n’en avez besoin que de temps en temps ?

Ce slogan utilisé par une société d’autopartage à Angers résume parfaitement la philosophie de Cambio. La voiture d ’un particulier roule en moyenne une heure par jour. Une voiture Cambio remplace dix à treize véhicules parce qu’elle va être utilisée successivement par plusieurs membres de la communauté, se réjouit Frédéric Van Malleghem, directeur du service de voitures partagées lancé en 2002 sous la houlette de Taxistop. Depuis, Cambio a connu une croissance continue, qui atteint aujourd’hui 15 % à 20 % par an. Quelque 14.443 utilisateurs se partagent aujourd’hui 483 voitures dans 200 stations réparties dans 24 villes. Dans les centres urbains où le service s’est développé, on constate que les utilisateurs reportent une partie des kilomètres parcourus vers d’autres moyens de déplacement, marche à pied, vélo ou transports publics. Aux Cassandre qui doutaient de la réussite du projet, arguant de l’attachement indéfectible du Belge à sa voiture, l ’expérience a montré que, si le public dispose de bons outils concrets correspondant aux besoins, ils induiront des changements de comportement.

Des outils plus sexy

Pour compléter son offre, Taxistop a développé Autopia, un service d’autopartage plus particulièrement destiné aux personnes qui habitent en dehors des zones urbaines où l’offre de transports en commun est plus réduite ou inexistante.

Ici, la voiture appartient aux particuliers. L’ initiative vient généralement d’un groupe de particuliers ou d ’une petite communauté qui décident de mettre une ou plusieurs voitures en commun. Ce sont eux qui assurent l ’entretien et l ’assurance. De notre côté, nous fournissons un calendrier de réservation en ligne, un help desk et une formule d ’assurance sur mesure, explique Frédérique Wathelet, Project Manager.

Autre levier, dans l ’optimisation des moyens de déplacement, le covoiturage entre le domicile et le lieu de travail. C’est un enjeu important où l ’on peut encore s’améliorer. Actuellement, on dispose des outils technologiques pour garantir un matching à 100 % entre chaque travailleur et un covoitureur, mais nous travaillons encore à rendre ces outils plus sexy et conviviaux. Une étude indique que les utilisateurs de Cambio, des hommes et femmes de toutes catégories d’âge, ont pour la plupart un diplôme d’études supérieures. On voit qu’on touche des personnes avec le recul intellectuel nécessaire pour se passer de voiture et pour comprendre la structure de prix qui pourrait paraître élevé de prime abord. Nous devons sans doute faire encore davantage de pédagogie si nous voulons élargir l ’ éventail d’utilisateurs.

Bagages ouverts

Nadège aimerait faire transporter un sac de Paris à Montréal, Niral a des objectifs pour appareils photo à envoyer de New York à Bangalore, Craig aimerait voir son laptop partirde Barcelone pour Bulawayo au Malawi. Elisa prévoit de s’envoler du Mexique à New York, Olivier de décoller de Bruxelles pour São Paulo, et ils sont prêts à emporter un petit supplément de bagages.

Grâce à la plateforme PiggyBee, leurs souhaits seront peut-être satisfaits. Lancé par le Belge David Vuylsteke, ce réseau de livraison participative offre une alternative aux sociétés de courrier express et autres transporteurs professionnels, idéal lorsqu’on a oublié quelque chose dans un hôtel à l ’étranger ou lorsqu’on doit faire parvenir d’urgence un objet à un proche à quelques milliers de kilomètres.

Le service se veut gratuit, mais en échange du transport, les voyageurs peuvent être dédommagés par un repas, un trajet ou une petite somme d’argent à discuter.

Pour rendre cette belle idée viable, l ’enjeu, comme dans beaucoup de sites participatifs, est d’atteindre une masse critique d’utilisateurs. Depuis son lancement en avril 2012, le site a dépassé le millier d’utilisateurs et a « matché » une centaine de « couples », ce qui a débouché sur la concrétisation d’une cinquantaine d’opérations.

David travaille activement à agrandir sa base d’utilisateurs, notamment par le bouche à oreille et grâce aux réactions positives de clients satisfaits.

Porte-parole du site, il défend son projet, un peu partout, notamment lors de rencontres autour de l ’économie participative. Pour le moment, les utilisateurs sont pour la plupart déjà sensibilisés à la logique collaborative, que ce soit pour leurs déplacements ou le logement. Quand je présente le service à des gens dans un cercle plus large, on me demande souvent si les objets transportés ne risquent pas d ’ être abîmés ou cassés, ou encore si certains ne pourraient pas profiter du service pour transporter des marchandises volées ou illicites. La question de la conf iance est un enjeu majeur pour l ’expansion de PiggyBee, comme pour d’autres sites participatifs. Il existe déjà des sites « agrégateurs de ratings », comme www.fidbacks.com, qui rassemblent les évaluations qu’un internaute peut obtenir sur les différents sites participatifs qu’il utilise. Une sorte de portrait de conf iance virtuel. Ce n’est sans doute pas la solution idéale, mais cela y participe.

Question de confiance

Né en Belgique, PiggyBee a l ’ambition de se positionner comme un acteur global. Le site compte déjà près de 70 % d’utilisateurs internationaux. On constate que certaines zones se montrent plus réceptives, comme l ’Afrique, le Moyen-Orient, l ’Inde ou les pays scandinaves. Parfois, c’est parce qu’ ils sont moins bien desservis par les transporteurs commerciaux, mais dans d ’autres cas, c’est lié à une culture locale qui intègre l ’ échange et la confiance à un inconnu.

Aujourd’hui, PiggyBee n’est pas le seul à proposer du transport collaboratif. Des sites comme www.swopera.com ou www.mmmule.com proposent des services similaires. Les idées arrivent souvent en même temps. Lorsqu’on commence à développer un nouveau projet, on se rend rapidement compte que trois ou quatre autres projets similaires existent quelque part dans le monde. La concurrence est logique et saine. C’est celui qui trouvera la bonne formule et le bon prix qui pourra croître et subsister.

Vos réactions

Voir toutes les réactions

4. buz dit le 11/09/2013, 13:19

Bah oui, le changement ça demande tout de même quelques efforts, zaddiggg...

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 1 non 1
3. zaddiggg dit le 11/09/2013, 11:36

Cet article a l'air très intéressant mais avec toutes ces pubs qui bougent à droit sur l'écran j'ai pas envie de le lire.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 3 non 3
2. mdelatte dit le 11/09/2013, 07:19

location logement entre particuliers voici un site dans cet esprit pour la location entre particulier et voyage à moindre frais : https://www.airbnb.com/tell-a-friend?airef=2comsz07f86zz5

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 3 non 4
Voir toutes les réactions »

Osez la rencontre !