Mylène Farmer, «c’est viscéral de la voir»

Olivier Perrin, Le Temps
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La chanteuse entame une méga nouvelle tournée, « Timeless 2013 ». Comme toujours, promo minimaliste et effet maximum : 450 000 spectateurs l’auront vue en deux mois. Cachée derrière les démons qui hantent son univers fascinant, complexe, ambigu.

ELLE est de retour, vêtue d’une combinaison signée Jean Paul Gaultier, dont tout le monde aura remarqué l’extrême subtilité. Escortée de son image forte de promo : cheveux blancs immaculés sur peau diaphane, avec l’œil gauche bleu pétard qui vous transperce. Selon Télé-Loisirs, « une fois de plus, Mylène Farmer a réussi l’exploit de renouveler son public (on croise des sexagénaires, des ados, des familles entières). Elle s’offre en outre le luxe de pulvériser quelques records : 450 000 spectateurs l’auront vue sur scène, d’ici le 6 décembre. Et ce, malgré une promotion minimaliste. Comme toujours. » Excusez du peu. Mais «  Mylène est bel et bien intemporelle, plus que jamais, faite pour durer… » écrit Paris Match.

« Certains ont déboursé jusqu’à 140 euros pour acheter leur place. D’autres ont préféré camper pendant des semaines devant Bercy [voir la vidéo sur Public.fr] pour s’assurer d’être au premier rang », ajoute Europe 1. Le phénomène perdure, donc, et ce n’est pas Antoine Bioy qui le démentira, lui qui est professeur de psychologie médicale et psychopathologie mais surtout l’auteur, avec Benjamin Thiry et Caroline Bee, du livre Mylène Farmer, la part d’ombre, paru en 2006 aux Editions Archipoche, avec une préface d’Amélie Nothomb. Il explique le mystère à Atlantico.fr. Extraits.

Enfant, prostituée et dévoreuse

Mylène Farmer, 51 ans, possède l’image d’une chanteuse torturée, pourtant il ne s’agit pas de l’essentiel de son univers. […] Il n’en est pas moins vrai que son panorama artistique reste emprunt d’une certaine mélancolie ; une mélancolie « presque heureuse », dirait Amélie Nothomb. […] Elle peut incarner tour à tour la figure de la femme enfant, de la prostituée, de la dévoreuse d’hommes, etc. C’est en cela que son univers fascine : il est complexe, multiple, parfois en effet ambigu, et chacun peut y lire une dimension de lui-même. […] L’une des grandes forces de « l’univers Farmer » est d’offrir un miroir au public : […] l’enfance, la passion, les amours contrariés, la sexualité, la finitude… »

Chez Laurent Delahousse, au 20 heures de France 2 (rare ! rare !), elle est apparue une fois de plus comme un être détaché de toute contingence, mais si fragile, timide, exécrant la promo sans oser le dire, « solitaire, mystérieuse, provocatrice », selon les termes du site 7 sur 7. « Sa discrétion dans les médias », dit-elle, c’est sa « nature profonde » : « Je pense qu’aujourd’hui les temps sont à la parole trop facile, tout va trop vite, il n’y a plus de place pour la réflexion. Et moi j’ai besoin de réfléchir. » Mylène évoque aussi son mal de vivre, « parfois envahissant ». Elle ne s’inquiète pas de « laisser une trace ». « Dans 2000 ans, qui va se soucier de ma personne et de mes mots et de ma musique ? »

Trois ou 30 000 personnes

En 2009, RTL France l’avait rencontrée, cette « bête de scène et grande timide », mais qui « assume ses paradoxes » : « Je suis […] capable de vivre dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière. […] Je sais mon handicap devant trois personnes, et je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant 30 000 personnes mais en tout cas, il y a une bascule qui se fait presque naturellement. Toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète en général, […] mais […] j’ai cette force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons, au moment où j’en ai le plus besoin. »

«  Sa longévité est un mystère pour les experts du show-business », estime Le Figaro.« Dans les mêmes circonstances et sans une vigilance de chaque instant pour entretenir le personnage, n’importe quel autre artiste aurait disparu, remarque Jean-Pierre Pasqualini, rédacteur en chef de Platine, magazine de la variété. » Et «  elle appartient à ce petit club d’artistes  » comme Johnny Hallyday, Indochine, M ou Céline Dion, qui vendent « à la fois des disques et des places de concert  », explique Jonathan Hamard du site Pure Charts.

Avant le grand soir…

Le quotidien français les aussi observés, ces admirateurs qui, aux portes de Bercy avant le jour « J », « captent la moindre bribe sonore des répétitions ». Là, la plus insignifiante des rumeurs « est illico colportée sur Internet. Et tant pis si la diva tient à ses effets de surprise. » Mais « c’est viscéral de la voir », rapporte Le Nouvel Observateur. « Mylène est sortie un peu avant minuit, fenêtre ouverte, un petit coucou, toute mignonne. Ça a duré cinq secondes mais c’était génial », écrit Shad sur Mylène.net, l’un des sites de référence de la « farmermania ». A l’approche du grand soir, la chanteuse affole la Toile : à lui seul, le site dépasse les 20 000 clics par jour. »

Il y a peu de voix discordantes. On en a pourtant trouvé une sur le site aVoir-aLire  : « Le temps a ringardisé Mylène Farmer. […] [Elle] offre des sons issus du pire du répertoire des années 90, des sonorités empruntées à des synthétiseurs voués à l’eurodance. […] Farmer, hors du monde, hors de la sphère médiatique qui agite le Net dérange ou fascine. Assassinée d’un côté par les critiques et les non-fans fatigués de ses mystères, qui ont beau l’accabler [mais] ne parviennent pas à enrayer son succès, adulée, d’autre part tout aussi aveuglément par sa tribu vieillissante de fanatiques prêts à […] découvrir les mêmes chorégraphies recyclées. »

Cloche et variétoche ?

« Sur scène, lit-on encore ici, si le public est en transe, on peut toutefois un peu bâiller. […] Les arrangements sont cloches et manque de la modernité qui aurait pu permettre à Farmer de sortir de cette étiquette franchement collante de chanteuse de variétoche. » N’empêche, comme toujours dans ce genre de cas, c’est le public qui décide. Et peu importe que son idole dorme dans un cercueil ou non, il la suit, fidèle, jusqu’à en crever, comme elle, pour les plus dingues.

Vos réactions

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4. fox-eye dit le 11/09/2013, 14:34

Que de dévotion. Moi c'est plutôt Bernard Minet qui me fait rêver. Je tombe en syncope à la simple apparition de son costume de scène carmin. Et je suis très objectif.

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3. neytiri dit le 11/09/2013, 13:56

C'est un être exceptionnel, c'est tout. <= +1

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2. bartolome dit le 11/09/2013, 13:09

AgnusDei: ca sent l'objectivité à plein nez votre commentaire.... ;o)

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1. AgnusDei dit le 11/09/2013, 12:41

C'est un être exceptionnel, c'est tout. Quel autre chanteur peut se targuer d'avoir des textes délivrant des intonations, des jeux de mots, de la mélancolie mais de l'espoir aussi, et transmettre les émotions, intenses et réelles, que son public manifeste lors des concerts. Il y a des gens qui s'écroulent en larmes, à l'écoute de certains titres, tant ça évoque pour eux des souvenirs douloureux. Et tout ça depuis 30 ans, devant des centaines de milliers de personnes.

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