Enrico Rava : « Le tromboniste Gianluca et moi, on a une espèce de télépathie »
Le trompettiste italien Enrico Rava avait manqué le dernier rendez-vous belge : il était malade. Il revient en pleine forme pour une minitournée belge, avec son quintet Tribe, dans lequel figure l’extraordinaire tromboniste Gianluca Petrella.
Enrico Rava a 74 ans. Le trompettiste italien est sans doute un des « vieux » du circuit jazz européen. Et en même temps, c’est un des plus jeunes. Tant il explore continuellement de nouvelles formes de musique, tant il innove, tant il est curieux de tas de musiques, de tas de choses, tant il a de projets en chantier.
Dernièrement, il nous avait dit combien il s’intéressait à toutes formes de musiques. Qu’il écoutait beaucoup de trucs, beaucoup de vieux jazz. « J’ai passé une période très longue en n’écoutant que la musique de Michael Jackson, par exemple. Du brésilien parfois. Des musiques des années 20, comme Bix Beiderbecke, Louis Armstrong et le Hot Five. »
En février, il nous avait dit qu’il avait acheté un box des enregistrements complets de Chet Baker et Gerry Mulligan de 1952 à 57. Il n’avait qu’un mot à la bouche : « Génial ! » Il ajoutait que, la veille, il avait écouté toute la journée le disque de Joni Mitchell, Both sides now, où elle chante des standards.
Enrico Rava devait venir en février à Bozar, à Bruxelles. Il n’a pas pu. La maladie l’en a empêché, on n’a pas plus de 70 ans pour rien. Mais ce n’était que pour un temps. Voilà qu’Enrico Rava revient et qu’il fait même une petite tournée de quatre dates en Belgique, en commençant par Dinant. Une minitournée incluse dans une tournée européenne. Une minitournée de son groupe Tribe.
Une tribu, vraiment ? Enrico est très lié à son groupe. C’est un ami du tromboniste Gianlucca Petrella, au départ. Mais il a rassemblé une tribu autour de lui, des gens en qui il croit. Comme les jeunes Giovanni Guidi (piano) ou Gabriele Evangelista (contrebasse). Sans se préoccuper de leur âge : « Je m’entoure des meilleurs musiciens, dit Rava. Qu’ils aient 20 ou 90 ans, peu importe. »
« Avec lui, je ne me fatigue jamais de jouer »
Enrico Rava a quand même une tendresse particulière pour le tromboniste Gianluca Petrella : « Je connais Gianluca depuis que j’ai 18 ans. Gianluca, c’est le plus grand musicien de jazz que l’Italie ait jamais produit, le plus talentueux, le plus génial, le plus fantastique. Lui et moi, on a une espèce de télépathie. Quand on joue, on se comprend. Avec lui je ne me fatigue jamais de jouer. »
Après Tribe, le dernier CD d’Enrico Rava, sur ECM toujours, est dédié à Michael Jackson. Il s’appelle On the dance floor. Enrico est le directeur artistique de ce projet réalisé avec le Parco della Musica Jazz Lab. Et sans doute y aura-t-il d’autres projets avec cet ensemble : « J’ai des contrats pour d’autres projets, dit-il dans une interview à All about jazz. Je voudrais faire quelque chose autour de Gil Evans, avec Claude Thornhill, et peut-être Birth of the cool. J’aimerais aussi faire un truc avec la musique de Thelonious Monk, ou celle de Bix Beiderbecke. Et puis quelque chose sur une excellente chanteuse italienne, Maria Pia De Vito, un peu comme Joni Mitchell a travaillé avec Charles Mingus. Des projets, je n’en manque pas. » Curieux tous azimuts, on vous le disait. C’est comme ça qu’Enrico Rava reste jeune !
Enrico Rava Tribe : Enrico Rava, trompette ; Gianluca Petrella, trombone ; Giovanni Guidi, piano ; Gabriele Evangelista, contrebasse ; Fabrizio Sferra, batterie.
Jazz l’F, Dinant, le dimanche 15 septembre à 19 h.
Roeselare, De Spil, le 16 septembre.
Bruxelles, Bozar, le 18 septembre.
Anvers, De Roma, le 19 septembre.


