Les quatre saisons personnifiées par l’atelier d’Arcimboldo
Après le masque mortuaire de Napoléon, le portrait anonyme du Fayoum et le portrait en pied du cardinal de Richelieu, terminons cette série estivale par un ensemble de quatre portraits en buste à l’huile sur toile symbolisant les saisons. Seul L’été porte le nom du maître (sur le col de la figure), ainsi que la date 1573. Celui-ci naquit et mourut à Milan, respectivement en 1527 et 1593. Mais ce n’est pas dans cette ville que Giuseppe Arcimboldo connut la gloire. C’est en effet à Vienne, puis à la cour de Rodolphe II à Prague que son talent s’épanouit.
Provenance
Cette suite des quatre saisons est assez bien documentée, de sorte que sa provenance peut être retracée, pour autant que certaines hypothèses soient avérées. Les œuvres auraient été en possession de la reine Elizabeth de Bohème (1598-1622), fille du roi Jacques Ier d’Angleterre, qui les aurait amenées en Angleterre en fuyant Prague en 1620 et les aurait offertes à William Lord Caven, dans la famille duquel elles seraient restées jusqu’à leur vente, déjà chez Sotheby’s, le 27 novembre 1963. A l’époque, elles furent vendues comme des peintures autographes d’Arcimboldo et c’est un marchand qui les acquit contre 10.500 livres sterling de l’époque. Elles entrèrent ensuite dans une collection anglaise et furent reproposées aux enchères, encore chez Sotheby’s, le 11 juillet 1973, où elles furent achetées par le vendeur actuel, Sir Peter Moores, pour 30.000 livres de l’époque. Cette année, l’estimation courait de 300.000 à 500.000 livres et le résultat obtenu est donc plus que satisfaisant. Cela étant, même si la paternité d’Arcimboldo leur est refusée, il s’agit d’images iconiques qui furent notamment popularisées par l’exposition qui se tint à Paris et à Vienne en 2007-2008. Après être longtemps tombé dans l’oubli, l’artiste est aujourd’hui célébré pour l’originalité de ses représentations anthropomorphes composées à partir d’éléments liés à leur sujet. Ainsi
le printemps est-il évoqué par des fleurs, tandis que l’été est plutôt figuré au moyen de fruits et légumes. L’automne, enserré dans une barrique, fait abondamment référence à la vigne tandis que l’hiver est décharné.
Attribution
Les quatre œuvres étaient donc cataloguées comme étant issues de l’atelier de l’artiste et ce sont les scientifiques en charge de la récente rétrospective consacrée à l’artiste qui les considèrent comme telles. Il existe en effet une première version de cette série qui fut peinte pour l’empereur Maximilien II et qui est aujourd’hui conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne. La suite vendue chez Sotheby’s dérive d’une autre série, aujourd’hui conservée au Musée du Louvre, qui fut offerte par le même Maximilien II à l’Electeur de Saxe Auguste, dont le fils Rodolphe II prendra la succession. L’allégorie de l’hiver arbore ainsi les armes (deux épées croisées) de la Maison de Saxe en lieu et place du « M » présent dans la première série peinte pour l’empereur. Certains voient donc dans ce présent le signe politique d’une continuité, de la famille de Habsbourg à celle de Saxe, au même titre que les saisons se suivent immuablement et en toute continuité. De nos jours, c’est plutôt l’aspect « fantastique » qui séduit. Alors que la plupart des maîtres anciens rebutent nos contemporains, l’œuvre d’Arcimboldo (et de ses suiveurs) demeure de l’ordre de la curiosité, ce qu’il était à l’époque. Le talent avec lequel l’artiste construit ses figures continue à forcer l’admiration. Fantaisie et prouesse artistique font ici bon ménage !


