Gilles Lellouche, l’indic
L’acteur nage désormais en eaux troubles, notamment avec « Gibraltar », et ça lui va bien. Entretien.
Il en avait un peu sa claque d’incarner le bon copain et le brave type ! A 41 ans, Gilles Lellouche étoffe sa filmographie de rôles plus dramatiques ou plus sombres. Dans Gibraltar , inspiré d’une histoire vraie, le camarade de Jean Dujardin ( Les infidèles ) et Guillaume Canet ( Les petits mouchoirs ) est Marc Duval, patron de bar et… informateur des Douanes françaises. « Un type complètement ordinaire manipulé pour des raisons d’Etat », résume-t-il.
Qu’est-ce qu’un tel personnage offre de plus intéressant à jouer ?
C’est l’antithèse du golden boy, qui rate un peu tout ce qu’il entreprend. Ça me plaisait de commencer un film avec un personnage en bout de course, déjà fatigué. C’est un axe plutôt rare au cinéma.
Quand arrive le moment de dire oui ou non à un rôle, vous êtes dans la réflexion ou, comme ce Duval, plutôt dans l’action, l’instinct ?
C’est un doux mélange entre les deux. La réflexion est très pragmatique : qui réalise le film, qu’a-t-il déjà fait, c’est quoi l’histoire, le rôle est-il intéressant, ai-je de quoi jouer, la courbe émotionnelle est-elle intéressante ? Et l’instinct, c’est : « Est-ce que j’irais voir ce film ? » Mais… il y a une grande part d’instinct quand même. Être sollicité par un réalisateur, c’est comme une rencontre : s’il y a un truc que vous ne sentez pas, vous dégagez. Et si vous y allez quand même, la plupart du temps, vous vous plantez !
Dans « La french » (NDLR : sortie en octobre 2014), vous incarnerez Gaëtan Zampa, une « figure » du milieu marseillais : en quoi la criminalité est-elle fascinante pour un acteur ?
J’aime le cinéma parce qu’on flirte avec des univers qui ne sont pas les nôtres. On peut interpréter des personnages extraordinaires, hauts en couleur. Là-dedans, il y a le grand banditisme, évidemment. Là-dedans, il y a une vie en marge. Là-dedans, il y a un monde qu’on ne connaît pas, qu’on ne soupçonne pas. Et oui, je trouve ça passionnant, mais au même titre que je trouve passionnant de faire un film d’époque au début du XXe. Après, on voit très bien dans l’histoire du cinéma que le banditisme a donné de grands films. Parce qu’il y a toujours cette dualité, le mal et la loi, la morale : ce sont toujours les mêmes schémas, mais ils sont rodés.
Les acteurs disent souvent qu’ils ne jugent pas les personnages qu’ils jouent mais quand même, un type comme ce Duval, qui ne se pose finalement pas beaucoup de questions morales ?
Bien sûr, j’ai mon point de vue, que je garderai pour moi, mais quand je dis qu’il aurait pu arrêter plein de fois, c’est déjà en soi un jugement. Vous savez, il y a deux écoles : ceux qui disent ne pas juger parce que ça travestit leur façon de jouer, ce que je comprends parce que je suis aussi de cette école-là. Mais on peut aussi objectivement avoir un point de vue sur quelqu’un et l’interpréter de façon pure. On a quand même un cerveau multitâche ! Et plus ça va, moins je crois en cette idée du « je ne juge pas le personnage ». C’est une posture d’acteur. Gaëtan Zampa a plusieurs meurtres à son actif, ce que je ne cautionne pas, mais je vais l’interpréter avec amour, je vais m’éclater dedans !





