Storify avalée par Livefyre: «The story is just beginning»

Olivier Croughs
Mis en ligne

Le Belge Xavier Damman, expatrié depuis 2009 à San Francisco, vient de vendre sa start-up... et un peu de son âme.

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Xavier Damman fut l’un des premiers à percevoir le potentiel informatif des réseaux sociaux. Storify donne aujourd’hui les prémisses des médias de demain. Livefyre en ferait-il un outil publicitaire tout aussi révolutionnaire
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    Xavier Damman fut l’un des premiers à percevoir le potentiel informatif des réseaux sociaux. Storify donne aujourd’hui les prémisses des médias de demain. Livefyre en ferait-il un outil publicitaire tout aussi révolutionnaire ?

C’est sans doute la nouvelle tech-entrepreneuriale de la semaine : le Belge Xavier Damman expatrié depuis 2009 à San Francisco pour y développer Storify vient de boucler la vente de « son précieux » à plus gros que lui. Les gars de Livefyre, spécialistes de l’agrégation de commentaires et de l’enrichissement social de l’information, viennent en effet d’avaler la « petite » Storify, sans doute trop bien pensée pour qu’ils ne puissent s’en passer plus longtemps.

Et dans le milieu, on dit que c’est l’un des trois « exits » possibles. «  Soit tu réussis et tu développes ton projet, soit tu réussis et tu le revends, soit tu rates  », résume Samuel Piroton, un compagnon d’armes de Xavier. C’est donc un scénario favorable pour Xavier Damman. Quoiqu’il semblerait qu’il eût pu espérer meilleure issue.

«  Avant toute chose, il faut rappeler que Storify est une entreprise américaine. C’est un Belge qui en est à l’initiative, mais il l’a fondée sur le sol américain, avec l’aide d’un associé américain et de fonds américains  », précise Damien Van Achter, journaliste et coach de start-up, quelque peu irrité par le syndrome «  cocorico  » à la belge.

Storify avait effectivement levé deux millions de dollars en décembre 2010, juste après le passage d’un petit investisseur à hauteur de 50.000 dollars. De son côté, Livefyre ne joue pas exactement dans la même cour puisqu’en février dernier, ils en levaient 15 millions à l’issue d’une troisième récolte (les précédentes s’étaient élevées respectivement à 800.000 et 4,5 millions de dollars). Toujours est-il que l’on ne sait toujours rien de la valorisation actualisée de Storify. Le simple fait de n’avoir réalisé qu’un tour de table avant le rachat ne permet pas de dire, par exemple, que Xavier Damman soit aujourd’hui millionnaire. Le fait que le montant de la transaction n’est pas communiqué est un autre indice d’une issue de secours. Storify parvenait-il à monétiser son audience ? La question reste posée.

Concrètement, le service gratuit (voir ci-contre), celui que Xavier Damman défend avec ses tripes depuis les prémices du projet, le restera, garantie d’une communauté fidèle et croissante. Aussi, Storify devrait conserver son identité, du moins dans un premier temps. «  L’impact de la marque Storify est international et je ne crois pas que le nom sera changé de sitôt  », confie Antoine Perdaens, ami proche de Xavier et fondateur de Knowledge Plaza. L’opération de visibilité est donc parfaitement réussie et d’autant mieux renforcée.

Là où Livefyre intervient, c’est donc dans l’intégration des services payants de Storify (principalement adressés aux professionnels) dans la panoplie d’outils d’enrichissement social de l’information – appelée StreamHub - qu’elle propose aux éditeurs de contenus. «  En nous joignant à Livefyre, nous deviendrons partie d’une plus grande entreprise avec des ressources plus nombreuses, une infrastructure technique solide et des équipes de vente expérimentées  », explique Xavier Damman. «  La spécialité de Livefyre, c’est la vente. Elle a une excellente force de frappe commerciale et son portefeuille de clients est impressionnant  », explique Antoine Perdaens. Effectivement, avec 400 clients dans le monde, dont The Wall Street Journal, The Sun ou PlayStation, et un milliard de vues par mois, Xavier Damman s’est trouvé avec Livefyre un promoteur de choix… à moins que ce ne soit l’inverse ?

Pour rappel, Storify permet aux rédacteurs du monde entier de créer des « stories » à partir des contributions les plus pertinentes circulant sur les réseaux sociaux. «  Amplifier les voix qui comptent  », comme l’écrit Xavier Damman. Or, selon les observateurs, il semblerait que Storify soit tout aussi indiqué pour amplifier les publicités, d’où l’intérêt de Livefyre.

Mais enfin, ne gâchons pas la fête. Le parcours réalisé par Xavier Damman depuis la sortie de l’université jusqu’à ce rachat n’est rien d’autre qu’une success story. Et il est bien compréhensible que les nécessités de rentabilité puissent prévaloir, à un moment, sur l’authenticité du projet initial. Et pour résumer son parcours, Antoine raconte : «  Xavier est parti à San Francisco pour être pris au sérieux et démontrer l’utilité de Storify, c’est très exactement ce qu’il vient de prouver, pour la deuxième fois  ». Le meilleur mot de la fin restera quand même celui de Xavier Damman lui-même, qu’on omettra de traduire pour conserver tout le charme du message : « The story is just beginning ».

Osez la rencontre !