Machiavel ou génie wallon?
C’est un peu le monde à l’envers depuis quelques jours. Pour une fois, c’est du côté flamand qu’on vante les mérites d’un outil « plus wallon que ça, tu meurs », c’est-à-dire mélange de politique et de business, doté de structures complexes et géré par un manager sulfureux. Et c’est le monde wallon, les politiques, (certains) médias et observateurs qui doutent, dénoncent, interrogent.
Dans le rachat du groupe de presse L’Avenir par l’intercommunale liégeoise Tecteo, dirigée par le bourgmestre PS de Ans Stéphane Moreau, le défenseur est le groupe de presse flamand Corelio, vendeur de L’Avenir. Alors que les présidents du MR et d’Ecolo, des ministres CDH, et certains de leurs députés éructent, s’étranglent presque, en dénonçant « la berlusconisation » wallonne, la main mise et les dérives (du PS) exposées au grand jour selon eux, par l’animal « Tecteo ». Le personnage « Moreau » est en soi du pain bénit pour qui y verrait un retour de la Wallonie d’une certaine époque : bel homme, séducteur, venu d’un milieu extrêmement modeste, nourri politiquement et « intellectuellement » par le fameux Michel Daerden, père politique qu’il n’hésitera pas à « tuer », pour prendre sa place comme bourgmestre de Ans. D’où son surnom de « Brutus ».
Le plus amusant dans l’histoire – mais en fait le plus pathétique –, ce sont les déclarations des hommes politiques francophones, et surtout wallons. Les voilà qui soudain découvrent que Tecteo leur échappe et qu’ils ne peuvent plus exercer de contrôle sur cette intercommunale autrefois active dans l’électricité, le gaz, devenue dominante sur le câble (Voo), et désormais présente dans les médias télé (Be TV) et désormais la Presse (L’Avenir et bientôt La Libre et la Dernière heure) ! Alors que 1) La structure de Tecteo, son évolution et l’absence de contrôle politique réel sont connus – et souvent questionnés dans la presse – depuis des mois ; mais surtout 2) ce sont les hommes politiques eux-mêmes, tous partis confondus (en ce compris Ecolo) qui ont, via le conseil d’administration de Tecteo, voté leur « dépossession » de leur intercommunale, ainsi que l’autonomie et la domination du management.
Il faut être objectif : l’intercommunale et ses managers ont des ambitions de développement et de diversification. Stéphane Moreau ne s’en est jamais caché et a d’ailleurs fait comprendre il y a quelques mois, au monde politique que l’outil « intercommunale » ne convenait plus à l’entreprise qu’il était en train de construire. N’étant ni entendu ni réellement contredit sur ses projets par ses pairs politiques (il est bourgmestre), le manager (il est patron) qui sait que le business, l’ambition et les opportunités n’attendent pas, a fait en sorte que l’habit d’intercommunale n’entrave pas sa marche en avant. L’intercommunale a donc été vidée il y a quelques mois de sa substance, au profit d’une société anonyme qui a elle, vendredi dernier, approuvé le rachat de L’Avenir.
Les administrateurs de l’intercommunale se sentent trahis et trompés ? Ils doivent s’en prendre à eux-mêmes : c’est eux qui, il y a quelques mois, ont autorisé ce qui apparaît aujourd’hui au mieux comme un tour de passe-passe pragmatique, au pire comme une appropriation d’actifs publics. Moreau, machiavel ou manager de génie – la suite de l’histoire en décidera – est couvert : des hommes et femmes politiques socialistes, CDH et libéraux ont bétonné son rachat de l’Avenir et rendu irrévocable. Charles Michel pourrait regretter sa dénonciation d’une « Berlusconisation » qu’il n’est pas à même d’arrêter, même via son propre parti.
Et voilà le monde politique wallon pris au piège de sa propre créature. On a tellement souvent mis en garde contre ces intercommunales non contrôlées, opaques, lieux de pouvoirs et de mandats du monde politique, qualifiées de bastion socialiste mais en fait, mis à part peut être Ecolo, chéries par les tous les partis.
Si Stéphane Moreau devient le tycoon de la presse francophone belge, personne ne sait en fait quels intérêts il va servir. Ceux d’une (rare) entreprise qui emploie 2000 personnes, continue à engager et a réussi à maintenir des centres de décision stratégiques en Wallonie ? Ceux liés à l’avenir d’une presse francophone très fragile ces derniers temps et qui avait bien besoin d’un investisseur de long terme ? Ceux du parti socialiste ? Des socialistes liégeois ? De Willy Demeyer, bourgmestre de Liège ? De Stéphane Moreau ? Cela fait des mois que beaucoup off the record, y compris au PS, se posaient ces questions. Le plus interpellant dans toute cette histoire, c’est que le monde politique se les pose toujours aujourd’hui. Sans aucune certitude d’obtenir des réponses, ou d’avoir encore le droit de les exiger.




Assez Mme l'éditorialiste en chef (comme les caporaux du même tonneau) pour servir votre employeur déçu et dépité vous en remettez une couche de communautaire... à défaut d'être boute en train... vous jouez boutefeu... Pas joli cette soumission à vos maîtres !!!! Mais je suis sûr que vous direz que c'est votre opinion de journaliste libre... permetez-moi d'en douter !