Le passif poursuit son petit bonhomme de chemin
Le standard passif doit essuyer pas mal de critiques ces derniers temps. Et pourtant les signes ne manquent pas pour montrer que le secteur avance.
On a connu les révolutions industrielle et agricole. Puis celle des nouvelles technologies. Et la quatrième révolution, celle qui concerne les énergies, où en est-elle ?
Dans la construction, la plus grande révolution concerne avant tout (mais pas uniquement) le standard passif, ce mode de construction qui permet de faire des économies à grande échelle. Dans ce genre d’habitation, rappelons-le, les pertes de chaleur sont tellement limitées qu’un faible apport de chauffage est suffisant. Le site de la Plate-forme Maison Passive (PMP) parle d’ailleurs de la puissance d’un fer à repasser (2.000 watts environ) pour chauffer confortablement une maison pendant tout l’hiver, ainsi que d’une consommation en moyenne quatre fois inférieure à une construction neuve.
De pareilles performances demandent évidemment un savoir-faire important et elles ont bien sûr un coût. Ces deux points ont fait s’élever plusieurs critiques ces derniers mois. En gros, on reproche au passif d’être trop cher et de présenter, qui plus est, un surcoût qu’on n’est pas sûr de récupérer un jour. Du coup, la question est posée : le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?
« Beaucoup de gens sont contre, n’hésite pas à reconnaître l’architecte Sebastian Moreno-Vacca, le président de la PMP. Mais je voudrais quand même leur dire qu’à Bruxelles, par exemple, nous récoltons un taux d’échec infiniment bas, de l’ordre de 1 à 2 %. Alors je pose une question à mon tour : si le secteur de la construction est si peu préparé, comme je l’entends dire un peu partout, pourquoi nos résultats sont-ils si bons ? Bon gré mal gré, nos architectes et nos entreprises parviennent à se débrouiller pour proposer des réalisations qui tiennent tout à fait la route. Or tous ces gens ne sont pas des Prix Nobel ! »
Sebastian Moreno-Vacca se veut également sincère : « Franchement, je serais le premier à dénoncer le passif s’il s’avérait impossible à réaliser dans les faits. Mais ce n’est pas le cas. Et aujourd’hui, il y a même des gens qui adoptent le passif sans même demander des primes. »
Malgré les critiques, le secteur continue donc à faire son petit bonhomme de chemin comme un grand, sans demander son reste. « La banalisation est en marche et le marché est en train de s’adapter, confirme notre interlocuteur. Il y a des architectes, des promoteurs et des constructeurs qui se réunissent régulièrement, et pas uniquement pour boire du vin et manger du camembert. Ils discutent entre eux des évolutions, de ce qu’ils ont vu à droite et à gauche. Et l’on voit du coup sortir çà et là des microprojets très sympas pour monsieur et madame Tout-le-monde auxquels je n’aurais même pas pensé ! Il y a un an ou deux, les membres de la PMP se rendaient à toutes les conférences avec leur bâton de pèlerin. Aujourd’hui, on nous appelle beaucoup moins. Cela prouve que le secteur est en train de prendre le dessus. »
Lors de sa création en 2006, la PMP employait une personne équivalent temps plein. Aujourd’hui, le nombre est passé à… vingt. « Les signes sont encourageants, je le répète, et nous devons poursuivre l’accompagnement car s’il en vaut la peine, le passif s’accompagne encore beaucoup trop souvent de méconnaissances des techniques de construction, embraye Sebastian Moreno-Vacca. Quelqu’un qui est contre, moi je veux bien, mais a-t-il réellement expérimenté le passif avant de se prononcer ? Quand je vois le projet des «bâtiments exemplaires» lancés par le cabinet d’Huytebroeck, il continue de connaître une très belle progression et on ne retrouve plus là-dedans uniquement les écologistes fous furieux du début, mais bien des boîtes comme Immobel, Cofinimmo, Befimmo ou AG. Que du lourd ! »
S’il concernait essentiellement le résidentiel à ses débuts en 2007, le passif a vu au fil des années la demande se diversifier. On construit aujourd’hui des écoles, des bureaux, des crèches, une mosquée et même des funérariums. Preuve que la demande est au rendez-vous. « On voit débarquer dans le passif des petites PME, insiste Sebastian Moreno-Vacca. Les grandes entreprises ont moins de mal car elles ont les moyens d’envoyer leurs ouvriers suivre des formations. Celles-ci sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses. Par exemple Wienerberger, grand constructeur de briques, a invité récemment 3.000 architectes à en suivre une sur les ponts thermiques. »
Régulièrement citée en exemple à l’étranger (dont récemment dans une édition du New York Times), Bruxelles s’est révélée à la pointe du combat en imposant, dès mai 2011, le standard passif pour toute nouvelle construction à partir de 2015. Une mesure qui fait aujourd’hui grincer des dents, ce qui n’empêche pas la ministre Évelyne Huytebroeck de la défendre bec et ongles (lire en page 1). « Depuis fin 2012, cette mesure me semble plus réaliste, expose pour sa part l’architecte d’A2M. Et puis, il y a eu des assouplissements qui ont été intégrés dans la norme passive. Certains cas, comme des penthouses ou des rez-de-chaussée (NDLR : les cas où les déperditions en matière d’isolation sont les plus importantes), peuvent être certifiés passifs alors qu’ils ne répondent pas entièrement aux critères. »
Quant aux prix, le président de la PMP assure qu’il est possible de construire en passif pour un coût moins élevé qu’une construction classique. « Mais le passif peut aussi coûter le double !, conclut-il. Le candidat bâtisseur se retrouve parfois devant des technologies fantaisistes qui font exploser les prix. Il ne faut pas hésiter à remettre en cause ce que disent certains ingénieurs. En d’autres termes, il faut faire du passif mais tout en restant simple. »



