«Imposer des critères d’isolation minimum plutôt que des constructions passives»

ANNE-CATHERINE DE BAST
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Faut-il rendre le passif obligatoire? Bon nombre d’architectes sont opposés à la décision des Régions bruxelloise et wallonne, qui comptent imposer la norme passive d’ici quelques années. Guy Jamaigne, du bureau Crahay et Jamaigne architectes, à Malmedy, est de ceux-là.

Pourquoi ne faut-il pas rendre le passif obligatoire ?

Une obligation n’est jamais une bonne chose. Et dans ce cas-ci, on constate déjà qu’il y a un effet de crise, que les gens connaissent des difficultés à obtenir des crédits hypothécaires. Si on les oblige à construire en passif, ils seront tenus par des prix de plus en plus exorbitants. Et ce d’autant qu’il faut des années pour récupérer l’investissement. Par ailleurs, je n’ai pas l’impression qu’il y ait suffisamment d’entrepreneurs sérieux capables de construire en passif.

Que faire, alors ?

Je pense qu’il serait préférable d’imposer des critères d’isolation minimum. Je suis partisan des maisons basse énergie avec un système de production d’énergies pour subvenir aux faibles consommations électriques imposées par ces bâtiments. Personnellement, j’ai une maison bien isolée, qui n’entre pas dans le modèle passif. Mais j’ai des panneaux photovoltaïques et une pompe à chaleur, il y a un équilibre entre ce que je consomme et ce que je produis. Ce n’est pas une maison passive, mais cela revient au même. C’est vrai, c’est un peu plus polluant, mais si j’ai froid, je peux allumer le chauffage. Dans le passif, on va plutôt mettre un gros pull. Le confort n’est pas le même.

Et on oublie le passif ?

Non, c’est un modèle intéressant. Mais cela doit rester un choix. Car cela ne marche pas toujours… Il n’y a pas de chauffage dans une maison passive, tout est une question d’isolation. Une maison passive est efficace lorsqu’elle abrite une famille et qu’il y a des activités durant la journée. De la cuisine, des douches, des lampes allumées qui produisent de l’énergie. Sans cela, le bâtiment reste froid.

Le constat est donc différent pour des immeubles occupés la journée.

Oui, pour des bâtiments publics, par exemple. Les gens y vivent durant la journée et produisent de l’énergie. L’idéal est de tendre vers le positif : produire plus que ce qu’on consomme. Récemment, nous avons construit un immeuble de bureaux positif, qui comporte un système de chauffage et un système de refroidissement alimentés par des panneaux photovoltaïques. Cela fonctionne bien.

Envisage-t-on le passif de la même manière en ville qu’à la campagne ?

Non, car le climat est différent. Il fait moins froid en ville, donc le modèle est plus efficace. Si on réussit à construire une maison passive à Waimes, on est sûr qu’elle serait passive partout en Belgique car c’est là qu’on trouve le climat le plus défavorable. Dans les régions plus froides, on a toujours peur que le client soit déçu car il manquera de confort en hiver.

Vous avez construit une « maison témoin passive », avec la société Naturhome, qui permet aux intéressés d’y passer quelques jours pour tester le modèle, à Waimes. Y a-t-il des amateurs ?

Il y a des candidats, mais ils sont vite refroidis par les chiffres. On est dans une période de doutes, de crise. Les gens n’ont plus les moyens de se payer ce type de maison. Par contre, l’entreprise vend beaucoup de maisons basse énergie.

Osez la rencontre !