« Je suis la vengeuse de la propriété intellectuelle»
En mode comme ailleurs, rien ne se crée, rien ne se perd. Pour Diana Marian Murek, à la tête de Intothefashion.com, ce n’est pas grave.
ENTRETIEN
C eux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à croire qu’ils sont originaux ». L’une des sentences postées sur le site de Diana Marian Murek, prof à l’Istituti Marangoni de Milan, école de mode où elle enseigne notamment la prévision des tendances et l'histoire du costume.
En 2009, cette native d’Hambourg qui fut elle-même styliste, lance un blog où elle se met à comparer ce qui se crée et ce qui s’est créé – « Then... is now » en est le sous-titre – et s’attarde sur la souffreteuse frontière entre l’hommage... et le plagiat.
Les photos qu’elle dépose toutes les semaines sur Intothefashion.com parlent d’elles-même.
Où situez-vous la limite entre l’hommage et plagiat, le clin d’oeil et la copie ?
Dans l’art comme dans la mode, se renseigner sur le passé fait partie du processus de conception d'une collection. Mais après avoir fait cela, un designer est censé faire évoluer cette information à travers sa créativité et y ajouter une grande part de sa personnalité. Là, on est dans l'inspiration ou la référence. La contrefaçon, c'est quand cette poursuite de l'élaboration ne s'est pas produite et nous découvrons alors un vêtement totalement conforme à l’original. Quant à l’hommage, selon moi, c’est un genre de copie avec politesse, où l’on nomme la source de ses idées. Mais ce que je tiens à souligner dans mon blog, c'est que la mode vit en cycles et que c'est la nature de la mode. Les vogues reviennent toujours d’une façon ou d’une autre. C'est pourquoi j'appelle mes comparaisons « inspirations » et non « reproductions ». Je pense que les références dans la mode sont nécessaires ou, quoi qu’il en soit, il est impossible de faire sans elles. Une énorme partie du langage de la mode a été définie au cours du 20e siècle. Chaque silhouette, combinaison de couleur ou utilisation de matière a déjà été créée et appartient à une période donnée, une ambiance spécifique ou un environnement socio-culturel. Une grande pan de la mode d'aujourd'hui vit de la réinvention de son passé. Ce qui ne signifie pas que la nouveauté n’est pas possible. Elle l’est, bien sûr.
Peut-on plagier sans s'en rendre compte ?
Oui mais ça voudrait dire que vous n'êtes pas très intéressé par l'histoire du costume ou de la mode, ce qui n'est pas vraiment une bonne chose si vous êtes un designer.
Comment vous travaillez ? Avez-vous : a) des archives extraordinaires ? b) une mémoire extraordinaire ?
Un peu des deux, mais j’effectue surtout constamment des recherches dans les livres sur la mode et sur Internet. L'immensité des sources d'images que vous pouvez trouver sur le web a effectivement rendu mon travail beaucoup plus facile, ces dernières années, notamment avec ces nouveaux outils que sont aussi Pinterest et Instagram. Je suis une personne très visuelle, c’est lié à mon éducation et à mon passé de créatrice de mode. Quand je vois une image, elle se colle à moi et dès que je tombe sur quelque chose de similaire, j'ai un nouveau post !
Votre site est un super outil de surveillance anti-contrefaçon. Des designers vous ont-ils déjà contactée ?
C’est vrai, parfois je me sens comme la vengeuse de la propriété intellectuelle en design de mode ! Sinon, il arrive, en effet, que des créateurs me demandent très courtoisement si je peux afficher sur mon blog l’une ou l’autre situation où leur travail a été copié. Je vérifie et il arrive alors parfois que je leur fasse ce petit plaisir.







Nécessité industrielle En fait, il s'agit bien de plagiats, atténués à la fois par le temps ui sépare l'original de sa copie, et la nécessité industrielle. Les originaux étaient fabriqués à la pièce, par de petites mains habiles. A présent, il faut tenir compte du découpage des pièces de tissu de piles, via les lazers, et des normes industrielles de finitions et d'assemblage. Cela permet de diviser solidement les prix, avec une apparence assez proche ... si on n'y regarde pas de trop près.