Le 11h02: le célibat des prêtres, «pas encore pour demain»

Résumé par Cécile Marche (St.)
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Le nº2 du Vatican a relancé le débat, tandis que dans son dernier livre, l’archevêque Léonard écrit ne pas être contre le débat, « mais une réforme ne doit en aucun cas ternir l’envie et la valeur du célibat ». Philippe De Boeck a répondu à vos questions.

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L’archevêque André-Joseph Léonard. Photo 
: Le Soir/Pierre-Yves Thienpont
    L’archevêque André-Joseph Léonard. Photo : Le Soir/Pierre-Yves Thienpont

Mgr Léonard dit ne pas être contre le débat sur le célibat des prêtres, mais « une réforme ne doit en aucun cas ternir l’envie et la valeur du célibat ». Y a-t-il finalement du nouveau ?

Il n’y a rien de neuf, puisque ce n’est pas la première fois que quelqu’un le dit. Ce qui change c’est que c’est l’Italien Pietro Parolin, le futur secrétaire d’État du Vatican qui entrera en fonction en octobre, qui dit que le célibat n’est pas un « dogme mais une tradition ecclésiastique ». Le fait qu’il dise ça n’est pas anodin, cela signifie qu’il prépare le terrain car il s’agit d’un sujet délicat au sein de l’église catholique d’Occident je précise car les églises catholiques de Rio ont déjà des prêtres mariés

Quelle est la différence entre un dogme et une tradition ecclésiastique, différence faite par le numéro 2 du Vatican Pietro Parolin ? Cela veut-il dire que la tradition peut changer ?

Un dogme est officiellement un point de doctrine établi, une vérité fondamentale incontestable. Ici, on parle de tradition puisqu’il y a déjà des prêtres mariés et il y en a eu au sein de l’Église catholique d’Occident. C’est le concile de Trente, en 1545, qui a établi une espèce de tradition figée, définitive, sur le célibat des prêtres. Ici on parle d’une discipline sur laquelle on peut revenir et c’est le but de la manœuvre apparemment. Il faut attendre à présent la tenue d’un concile pour se pencher sur la question si un jour ça doit changer, mais on en est loin.

On parle d’hommes mariés qui deviendraient prêtres, est-ce nouveau ?

L’ouverture est là-dessus, on parle d’hommes déjà mariés qui deviendraient prêtres mais pas l’inverse. Il faut savoir qu’il y en a déjà en Belgique, le porte-parole de l’épiscopal m’a révélé hier que trois anciens prêtres protestants convertis au catholicisme ont été acceptés par l’Église belge alors qu’ils étaient mariés. Il y a également des prêtres en Belgique qui ne sont pas mariés mais qui ne vivent pas vraiment seuls. On n’a pas de chiffres là-dessus car c’est un peu secret, mais il faut savoir que ça existe même si c’est de l’ordre de l’exception.

Comment le milieu de l’Église a-t-il réagi après les déclarations de Pietro Parolin ou de Mgr Leonard ?

J’ai rencontré deux personnes, le porte-parole officiel de la conférence épiscopale et un habitué des déclarations progressistes (Ndlr : Tommy Scholtes et Gabriel Ringlet, voir notre édition d’aujourd’hui dans la rubrique « Polémiques »). Apparemment il y a un consensus pour dire pourquoi pas, les hommes mariés peuvent devenir prêtre, il n’y a de pas rejet systématique. Quant à savoir si cela va attirer de nouvelles vocations, les observateurs parlent plutôt d’une question de foi.

Une réforme en profondeur est-elle envisageable ?

Pour l’instant seul le discours change mais il est clair que c’est un sujet de préoccupation, une réforme ne serait pas impossible. Le Pape ne s’est pas encore exprimé mais il est trop tôt pour spéculer sur ces choses. On évoque la possibilité de faire un concile là-dessus, mais tout ça peut prendre beaucoup de temps à organiser.

On a l’impression que le Pape souhaite donner un nouveau souffle à l’Église, cette sortie du numéro 2 participe-t-elle à lui donner une image plus moderne ?

Il y a la volonté de dépoussiérer l’image de l’Église, c’est un travail qui n’est pas uniquement lié à la question du célibat. C’est clair que l’Église a intérêt à évoluer, certaines vocations ne se font peut-être pas car le célibat est obligatoire et que personne ne veut y déroger. Mais il y a certaines dérogations secrètes, c’est un tabou jusqu’à nouvel ordre. Le fait que le numéro 2 ait fait une sortie là-dessus va peut-être permettre de débloquer ce tabou mais en parler est déjà un événement. Peut-être que la prochaine sortie se fera sur la question des femmes prêtres.

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