L’Epi lorrain veut séduire plus

JEAN-LUC BODEUX

LORRAINE BELGE Lancé en juin 2012, l’Epi lorrain est accepté par 70 commerces en Lorraine et alentours. Outil de réflexion au monde de la finance, il est destiné à mieux faire vivre le commerce de proximité.

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L’Epi lorrain a entamé sa deuxième saison d’existence concrète dans les portefeuilles et dans une série de magasins, en Lorraine belge.
    L’Epi lorrain a entamé sa deuxième saison d’existence concrète dans les portefeuilles et dans une série de magasins, en Lorraine belge.

L’Epi Lorrain a entamé sa deuxième saison d’existence concrète dans les portefeuilles et dans une série de magasins, en Lorraine belge.

Cette monnaie dite locale, mais plutôt régionale comme 5.000 autres dans le monde, aimerait désormais mieux se faire connaître et être utilisée régulièrement par un plus grand nombre de citoyens usagers, mais aussi par plus de « prestataires » (commerçants) qui l’accepteraient comme monnaie de paiement, en complément de l’euro.

« L’Epi est né d’une longue réflexion citoyenne en Gaume, visant à permettre au citoyen de se réapproprier l’usage de la monnaie et d’être acteur du système, une monnaie qui serait un vrai outil économique, mais aussi un moyen d’éducation permanente et de conscientisation envers le monde financier, commente Françoise Urbain, une des fondatrices de l’ASBL L’Epi lorrain. Il s’inscrit résolument dans le réseau des alternatives et résistances à la finance omnipotente. »

Secundo, l’Epi vise à favoriser le commerce régional, les circuits courts, les petits producteurs, les épiceries de village. Il permet de redévelopper des liens sociaux et une certaine solidarité. L’Epi encourage les commerçants locaux à acheter, eux aussi, local dans d’autres commerces. Enfin, l’Epi permettra bientôt d’accorder des micro-crédits à des exclus du système de prêts bancaires. « Et même si un Epi = un Euro, ils n’ont pas la même valeur, en tout cas éthique, » commente Françoise Urbain.

Lancé en juin 2012, avec l’aide de la Province qui a financé l’impression des billets, pour une valeur équivalente à environ 28.000 euros, quelle est sa réelle utilisation sur le terrain et les projets qu’il nourrit ?

« Certains l’utilisent pour acheter local, d’autres aiment son aspect militant », note Jacques Liesenborghs, autre fondateur. Aujourd’hui, il existe dix comptoirs d’échange de cette monnaie, d’Arlon à Virton en passant par Florenville et Chiny. Et une septantaine de commerces l’acceptent, tous azimuts, du boucher aux salles de spectacle, de pompes funèbres à un fromager, un brasseur ou un institut de beauté. La gamme est donc large.

L’Epi est même utilisé en dehors de la zone lorraine, en Ardenne voisine et même en Meuse française. « De nouveaux partenaires hors zone nous rejoignent au fil des mois, mais nous souhaiterions toutefois ne pas déborder de cette zone géographique et qu’une association sœur se crée en Ardenne. Il existe en effet des critères géographiques exigés par la Banque Nationale. »

C’est dire si cet Epi est une monnaie « sérieuse », qui n’est pas utilisée par « de jolis zozos, des intellectuels militants et autres bobos », poursuit Jacques Liesenborghs.

En France, il existe une petite vingtaine de monnaies locales qui circulent, et autant de projets. En Wallonie, on trouve le Ropi à Mons et la Minuto à Braine-le-Comte, et des projets sont en cours à Louvain-la-Neuve, Liège, Grez-Doiceau, Ath et Perwez. Dans le canton grand-ducal de Rédange, il existe le Beki. En France, « L’âge de faire » est la revue qui fait le lien entre toutes. Cet été, les monnaies locales ont tenu leurs assises à Villeneuve-sur-Lot, la ville de… Jérôme Cahuzac. Comme un clin d’œil !