Une prison Belge au Maroc? Une optique raciste pour les uns, irréaliste pour les autres

Bernard Demonty

Construire une prison Belge au Maroc ne résoudra rien, estime la ministre de la Justice. «C’est une idée simpliste parce que les Etats ont leur souveraineté », réagit Marie-Christine Marghem, députée MR.

La nouvelle «petite idée» de Bart De Wever de construire une prison belge au Maroc pour les détenus marocains de Belgique n’a pas vraiment suscité l’enthousiasme auprès des autres formations politiques.

Le leader de la N-VA a indiqué qu’il prendrait cette mesure s’il était ministre de la Justice. Nous avons interrogé le cabinet de la détentrice actuelle de ce portefeuille, Annemie Turtelboom (VLD). Il indique que la ministre ne s’y résoudra pas. « C’est une idée qui ne serait réalisable qu’à dix ans, et nous nous concentrons sur la résolution des problèmes qui sont là maintenant », indique le cabinet de la ministre. Il précise que la surpopulation est mieux maîtrisée qu’hier grâce à la surveillance électronique. « Il y a actuellement 1.700 personnes sous bracelet électronique. C’est une mesure essentielle pour l’exécution des peines et contre la surpopulation carcérale. »

Pour la ministre de la Justice, le problème de fond, c’est la surpopulation carcérale. Et elle rappelle qu’elle s’y attaque. « Pour la première fois depuis des années, les peines, même les plus courtes, sont exécutées. Et pour les plus courtes, elles le sont après trois semaines et non après un an, ce qui fait baisser le sentiment d’impunité. »

Le cabinet de la ministre de la Justice rappelle aussi le cas de l’Italie, qui avait construit une prison en Albanie. « Il y a eu en tout et pour tout 25 détenus, alors que l’objectif était placé à 1.000, et l’Italie a abandonné son projet. »

Laurette Onkelinx (PS), ancienne ministre de la Justice, n’est pas plus favorable aux idées de Bart De Wever en la matière. « Ce n’est pas à la Belgique de décider que des ressortissants marocains doivent purger leur peine au Maroc. Si une telle décision doit être prise, c’est de la compétence de ce pays », indique son cabinet. Il rappelle que lorsqu’elle était ministre de la Justice (de 2003 à 2007), la Belgique a passé des conventions avec d’autres Etats, par lesquelles des détenus n’ayant pas de lien avec la Belgique (illégaux ou sans famille dans le Royaume) pouvaient purger leur peine dans l’Etat dont ils sont originaires, à des fins de réinsertion.

Les libéraux francophones sont, de leurs côtés, irrités par les propositions du leader nationaliste. « Pour moi, cette optique est raciste, dit Marie-Christine Marghem, députée MR, membre de la Commission de la Justice du parlement fédéral. Pourquoi se focalise-t-il sur le Maroc ? On pourrait très bien imaginer cette idée pour des ressortissants d’autres Etats, notamment européens. »

Mais Marie-Christine Marghem n’est pas favorable à la construction de prisons ailleurs qu’en Belgique. « C’est une idée simpliste, parce que les Etats ont leur souveraineté. Quand bien même le Maroc accepterait que la Belgique construise une prison au Maroc, il pourrait parfaitement refuser que des nationaux de son pays soient enfermés là. »

La députée plaide elle aussi pour les conventions internationales, qui permettent, d’un commun accord, de transférer des prisonniers.

D’autres éminences, souhaitant conserver l’anonymat font valoir de leur côté qu’un tel projet impliquerait des investissements et qu’il est préférable de garder cet argent pour améliorer le système carcéral en Belgique.

BERNARD DEMONTY

Vos réactions

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26. skyman dit le 25/09/2013, 13:40

Depuis quand une mesure d'expulsion du territoire de l'Union constituerait-elle un acte raciste ? Pas besoin de construire quoi que ce soit, on expulse et on banni du territoire, comme aux USA, pour une durée de dix ans, les personnes ayant commis un acte délictueux.

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25. Espresso dit le 25/09/2013, 10:46

Tout est bon pour séduire un maximum de Vlaams-Blokkers

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24. Malacarne dit le 25/09/2013, 10:41

Moi ce qui m'intrigue est aussi ceci:" Il y a actuellement 1.700 personnes sous bracelet électronique. C

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23. LexNihilo dit le 25/09/2013, 10:37

@ strixbubo il ne peut y avoir d'expulsion vers un pays sans accord préalable avec ce pays, et en l'occurrence de tels accords existent déjà dès lors on ne voit pas ce qu'il y a de novateur ou de réalisable dans la proposition de BDW. De plus c'est oublier que le pays d'origine des délinquants est en fait bien souvent la Belgique. Arrêtez vos simplismes

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22. strixbubo dit le 25/09/2013, 10:29

Les prisons belges sont surpeuplées, ce qui met en panne tous les programmes de réinsertion et en fait des écoles du crime, où les droits et le respect des détenus sont gravement compromis. Il semble tout à fait logique d'expulser les détenus de nationalité étrangère en leur faisant purger leur peine dans leur pays, où le coût de l'incarcération sera moindre, même s'il est pris en charge par la Belgique. Tout le monde y gagnera. La Belgique, les détenus de nationalité belge et en l'occurrence le Maroc qui recevra de l'argent pour ce travail. Les détenus marocains y gagneront peut-être aussi. Après tout s'ils sont en prison, c'est qu'ils sont mal adaptés à la société belge. Il vaut sans doute mieux que leur réinsertion future se fasse dans leur pays d'origine, où ils auront plus de chances de bénéficier d'un cadre familial, en tout cas traditionnel et plus structurant.

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