Dujardin, quel artiste!

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2011 a vu le triomphe de The Artist. En 2012, c’est la consécration pour son acteur qui croule sous les prix. Retour sur les (deux) années folles de Jean Dujardin et interview avant la cérémonie des Oscars.

«And the winner is… Jean Dujardin» (prononcez Doujardine à l’américaine)! Cette phrase, on n’arrête plus de l’entendre dans toutes les cérémonies de remise de prix du 7e art. Après le Festival de Cannes, les Golden Globes, les Baftas (les Oscars anglais) et les Oscars, partout où il passe, Jean Dujardin repart avec un prix. Tous publics confondus, les spectateurs de The Artist restent sans voix devant ce film… muet, son émotion et l’interprétation de son acteur vedette Jean Dujardin (sans oublier, bien entendu, celle de sa partenaire Bérénice Béjo). Qui aurait pu croire qu’un jour Brice de Nice irait surfer sur la vague du succès... dans le monde entier? Certainement pas le principal intéressé.

Jean le répète d’ailleurs à qui veut l’entendre: il profite du moment sans tirer de plan sur la comète ni imaginer la suite de sa carrière à Hollywood. Une carrière qui a commencé il y a bien longtemps déjà, au milieu des années 90, sur les planches de petits cafés-théâtres. De là à la petite lucarne, il n’y a qu’un pas rapidement franchi par Jean Edmond Dujardin (né le 19 juin 1972) et la bande des Nous C Nous. Il fait rire dans les émissions de Patrick Sébastien et sur M6 dans Graines de stars.

La suite, vous la connaissez: diffusée entre octobre 1999 et juin 2003, la série Un gars, une fille, inspirée d’un soap canadien, cartonne. Les aventures de Chouchou et Loulou deviennent même cultes. Tout le monde s’y retrouve. L’appel du large et du grand écran, il l’entend et le capte avec Brice de Nice. Un nouveau succès populaire pour l’acteur qui, entre-temps, s’est séparé de sa femme Gaëlle (avec qui il a deux garçons: Simon, né en 2000, et Jules, né en 2001) pour vivre avec sa partenaire, Alexandra Lamy. Bref, s’il ne faut retenir qu’une seule qualité à Jean Dujardin, ce serait celle d’étonner par son talent! Tout ce qu’il entreprend, de la comédie (OSS 117) au polar (Contre-enquête) en passant par le drame (Un balcon sur la mer), il le réussit et il étonne.

Aujourd’hui, tout le monde reconnaît son talent. Un talent à redécouvrir en allant voir The Artist (à nouveau en salles) ou son nouveau film Les infidèles avec ses amis Gilles Lellouche et Guillaume Canet (en salles dès le 29 février). Ses amis, sa famille, voilà son secret. C’est grâce à eux que Jean garde les pieds bien sur terre et qu’il profite de chaque moment. Comme nous avons profité de ce tête-à-tête pour lui poser toutes nos questions sur ce qui lui arrive.

En attendant les Oscars. Vous avez l’air un peu fatigué… C’est le décalage horaire. Je reviens de Los Angeles où j’ai assuré dix jours de promo pour la sortie du film The Artist. Le film était présenté dans divers festivals comme celui de Santa Barbara. J’ai aussi donné pas mal d’interviews pour les Oscars. Justement, à quelques jours des Oscars, vous sentez une certaine pression? Je suis très heureux. Je suis très fier aussi… et encore sous le choc de cette nomination. Non, franchement, je suis heureux. C’est un honneur d’être nommé parmi tous ces grands acteurs. Des mecs comme George Clooney ou Gary Oldman que j’admire. C’est un honneur mais pas seulement pour moi, pour le film et pour toute l’équipe. J’aimerais donc déjà remercier l’Académie et le public américain d’avoir aimé le film. C’est complètement irrationnel ce qui arrive. C’est nouveau pour moi. Je me sens extrêmement vivant (il sourit). Comment se prépare-t-on pour une cérémonie comme celle-là? Vous avez déjà écrit quelque chose? Non! J’ai juste regardé une très chouette vidéo avec Tom Hanks qui recommande de ne pas s’éterniser dans les remerciements. De ne pas remercier la Terre entière, sa maman et tout le reste. Comment expliquez-vous tout ce qui vous arrive? Je ne sais pas, car je ne comprends pas bien ce qui

m’arrive. Je crois que c’est le film. Rien ne serait arrivé sans The Artist. C’est un film qui fait du bien. C’est une belle histoire d’amour. Simple, sincère, particulière. En plus, on y voit un chien très mignon. Et les gens aiment les chiens mignons (il rit)! Mais quel que soit le résultat, j’ai quand même l’impression qu’on a déjà tous gagné. Moi, j’ai gagné au Festival de Cannes. Il y a eu les Golden Globes. Maintenant, on a dix nominations aux Oscars, c’est énorme! Donc pour répondre à votre première question, non, je ne ressens pas la pression. Je me sens surtout très chanceux. Malgré tout, vous y pensez à cet Oscar? Je n’ai pas envie d’y penser ou d’anticiper. J’ai envie de vivre une grande émotion… Comme vous venez de le dire, tout a commencé à Cannes. Depuis, vous sentez que votre vie a réellement changé? J’espère que rien n’a changé justement! Je ne veux pas que ça change en fait. J’ai une vie. Je ne veux pas plus. Ce serait indécent de demander plus. C’est juste un super moment, comme je le disais, pour le film, pour l’équipe et pour ma carrière. Enfin, pour ma carrière… Je n’aime pas dire ça car ça voudrait dire que je fabrique les choses. Et ça m’emmerde. Donc je ne veux pas que ça change. C’est un moment de joie énorme, très ponctuel dans ma vie. J’y mettrais même un peu d’ironie en me disant que mon parcours est

tellement étrange. Ce qui est bien avec toutes ces nominations, c’est qu’on vote pour vous pour un unique projet. Sans a priori! Les Américains ou les autres n’ont peut-être pas vu Brice de Nice… Vous êtes davantage courtisé? Je ne reçois pas énormément de projets. Oui, il y a bien des agents américains qui me draguent. Notez que je n’ai pas vraiment eu le temps de répondre à toutes ces attentes, car je n’ai pas arrêté de travailler. De toute façon, ce premier Prix d’interprétation à Cannes, je ne voulais pas qu’il se transforme en passeport pour autre chose. C’est très humble comme discours… Ça me permet surtout de contrôler les choses. J’aime bien contrôler les choses. Je n’aime pas quand on parle à ma place. Je n’aime pas trop quand on me dit: «Maintenant, vous allez faire ci, vous allez faire ça.» J’ai toujours fait ce que je voulais faire. J’ai un souci de liberté énorme et je ne veux certainement pas qu’on m’enferme dans l’image de The Artist, ni dans l’image de quoi que ce soit d’ailleurs! Faire ce que vous voulez… Comme votre nouveau film Les infidèles? Ce projet concrétise mon envie de jouer une ordure, un affreux. C’est cliché de dire ça, mais ce sont les meilleurs rôles! J’avais aussi envie de faire un film à sketchs. Ça me rappelait Les monstres (le film italien de Dino Risi sorti en 1963, ndlr). C’était aussi

l’occasion d’avoir plein d’histoires différentes, avec des rôles différents, racontés par des réalisateurs différents. Ce qu’on ne peut généralement pas avoir sur 1h30 dans une comédie. En fait, Les infidèles, ce n’est pas vraiment une comédie. C’est plutôt une dramédie. Je m’amuse à utiliser ce terme. Avec ce film, mon camarade Gilles Lellouche et moi-même, on est allé dans le plus potache mais aussi dans le plus profond, le plus grinçant, le plus drôle. L’homme présenté dans ce film est quand même veule, lâche, menteur… Et malheureux aussi. On ne peut pas le juger comme ça… Rassurez-nous, c’est un vrai rôle de composition? Absolument! On a sorti la valise à clichés et on les titille. Ces situations d’adultères, on les connaît beaucoup. Oserais-je dire que c’est culturel? Le mari, sa femme et son amant, on a vu ça chez Feydeau dans le théâtre de boulevard. Ici, on va plus loin. C’est un film pour les hommes ou pour les femmes? Il semblerait que ce film plaise énormément aux femmes. Bizarrement! Et encore, non pas bizarrement, car il n’est pas misogyne. Donc, oui, les femmes l’apprécient et les hommes, eux, n’ont pas encore le courage de… se prononcer (il rit). Car tout ce qui est montré est vrai! Je crois que certains hommes vont y aller le dimanche matin avant le réveil de leur femme. D’autres vont y aller en groupe, en

célibataires. Ils auront moins mal à plusieurs. Et ceux qui iront le voir en couple, ils s’interdiront de rire! Les affiches de ce film ont été fort critiquées et parfois enlevées, jugées dégradantes pour les femmes. Vous avez été choqué par ces réactions? C’est un feu de paille. Ce n’est même pas une polémique. Une fois de plus, les gens qui provoquent ce genre de faux débats n’ont même pas été voir le film! Qu’elles soient de mauvais goût, OK, on assume… puisqu’on joue aux infidèles. Mais de là à les censurer! Il ne faut pas rester au premier degré, il faut aller plus loin. Si vous prenez ces affiches au premier degré, vous voyez un gros con qui malmène une nana comme de la viande à Rungis. Notre film, c’est du second degré puisque la cible, ce sont ces mecs-là! Cette polémique, vous savez ce que c’est réellement? C’est juste pour vendre du papier, pour faire une saga et raconter sur plusieurs semaines une histoire. Pas de quoi en faire un plat, donc? Je le rappelle, ce film, c’est juste pour rire! Hé les gars, c’est pour rire! Je ne vais quand même pas vous l’apprendre à vous, les Belges!