Bérénice et Émilie : la radio entre sœurs

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À notre gauche, Bérénice. À notre droite, Emilie De Kegel. Les deux sœurs officient sur Bel RTL. En général, elles préfèrent se montrer discrètes sur leur lien familial. Mais là, elles parlent d’une seule voix !

« Tu veux que je te prête un petit bout de mon écharpe ?… » Quand il s’agit de tenir sa petite sœur au chaud face à la bise hivernale, Bérénice ne se fait pas prier. Elle déroule son long “boa” orange en laine et le tend vers sa frangine. Tout son attachement réside dans cette petite phrase, ce geste et cette offre spontanée, une écharpe pour deux, qui veut tout dire…

Nous sommes à “La Cuisine d’un gourmand” à Profondeville, en bord de Meuse. C’est ici que les deux sœurs viennent se goberger en fin de semaine. Chez John Maes, dans la région où elles ont élu domicile. On ne le sait pas assez : Emilie De Kegel et Bérénice sont sœurs. Elles en parlent peu. Mais on devine un certain bonheur de bosser dans la même maison, un signe de plus de leur esprit de famille. L’une avance sous son vrai nom, l’autre a choisi un pseudo. « Bérénice, j’ai pris ce nom-là parce que, au moment où je suis rentrée à RTL, il y a déjà 20 ans, à la faveur d’une semaine-test au micro réservée aux jeunes pousses, il y avait trop de Nathalie, mon vrai prénom. Je ne pensais pas à l’héroïne de Racine. D’abord, je suis beaucoup moins tragique (rires). Finalement, je l’ai gardé. » Émilie (31 ans) observe son aînée (39 ans), esquisse un sourire et libère une petite lueur de fierté amusée. Elle tient une rubrique matinale dans la “Bel Équipe” de Thomas Van Hamme. « Parfois, les gens nous confondent. Nous avons les mêmes intonations. On pose la voix de façon identique. On pourrait échanger nos places ; l’une pourrait remplacer l’autre sans que les auditeurs s’en aperçoivent. » Quand on s’étonne de les voir si proches dans le boulot, Bérénice élargit le propos. « Des gens de la même famille en radio ou en télé ? Ce n’est pas si rare. Regardez en face, à la RTBF : les sœurs

Louys, ou Véronique Barnier et sa sœur à la météo, Marie-Pierre Mouligneau. Vous voyez, nous ne sommes pas un cas unique. » On pourrait citer en France les sœurs Catherine et Françoise Laborde, l’une autrefois au JT de France 2, l’autre à la météo de TF1, ou les sœurs Ariane et Béatrice Massenet qui, l’été dernier, présentaient de concert “C’est de famille” sur Europe 1. Ou chez les hommes, les frères Poivre d’Arvor ou les frères Bogdanoff.

“Entre nous, il y a zéro rivalité”

Dans la famille De Kegel, on demande le père, musicien dans l’orchestre de la RTBF, qui leur communiqua le virus audiovisuel. Mais on lorgne aussi du côté des filles, qui ont passé une partie de leur jeunesse à Jette. « Nos parents étaient divorcés », continue Bérénice. « J’étais un peu en manque de foyer familial. Ce que j’appelle “les étincelles de vie”. Mais j’ai des souvenirs précis de notre enfance commune. La différence d’âge était marquée, huit ans de plus pour moi. Elle nous a un moment éloignées l’une de l’autre. Mais nous nous sommes retrouvées lorsqu’Émilie est venue vivre avec moi durant ses études supérieures dans mon petit appartement à Uccle. Je me suis sentie investie d’un rôle protecteur. Pourtant, des deux, c’est moi la plus fantaisiste. » Ce rapport ado/adulte a bien évolué. Elles l’ont gommé, envoyé par le fond à force de complicité sur un chemin identique. L’aînée conseille la cadette. « Nous avons tenu une émission commune avec d’autres animatrices de la chaîne. C’était “Les Dépanneuses”. J’essayais d’aider Émilie, un peu comme lorsqu’on donne les premiers cours de conduite automobile. Mais en réalité, Émilie se débrouille parfaitement toute seule. » « En fait, entre nous, il y a zéro rivalité », poursuit Émilie. Pourquoi se le cacher, elle fut un temps “la sœur de l’autre”. Mais ce rapport de douce sujétion est

révolu. Chacune tient sa feuille de route. Emilie au lever du jour. Bérénice en début d’après-midi avec “On connaît la chanson”. Elles se ressemblent pour qui sait les observer : mêmes yeux pétillants, même débit, même timbre, une marque de fabrique qu’elles ont transformée en atout. « Il fallait qu’on s’installe chacune dans notre rôle, enchaîne Émilie. Que chacune mène son petit bonhomme de chemin. Bérénice m’a sûrement influencée inconsciemment. » On sent la différence de tempérament entre elles, Bérénice plus fonceuse, Émilie plus réservée, mais coulée dans le même acier. La première poussait la seconde à laisser s’exprimer son petit grain de folie, à cueillir l’écume des nuits, un trait d’union invisible mais bien réel. Bérénice/Émilie, même écho ? « Je vais vous raconter une anecdote, intervient l’aînée. L’autre soir, j’ai une toute bonne copine qui m’appelle au sujet d’une fille absolument insupportable, “qui essaie de t’imiter et prend la même voix. C’est énervant, t’imagines un peu, surtout sur la même antenne.” Quand je lui ai expliqué que la personne dont elle parlait était ma petite sœur, elle est devenue mauve. Quand on évoque la méprise aujourd’hui, on en rigole beaucoup ! »

“À Bel RTL, j’ai fait toute la grille”

Bérénice Bourgueil (qui a décidé d’adopter en public son nom de femme mariée) cajole sa petite sœur et celle-ci le lui rend bien. La radio est leur terrain de prédilection. « J’ai quasiment fait toute la grille à Bel RTL. J’en suis fière. J’avais 19 ans quand je suis rentrée. J’ai les deux pieds dans la radio, jure Bérénice. Je songe encore à la scène, au théâtre. Pour moi, c’est vital. J’écris même une pièce en ce moment. »

« En fait, conclut Émilie, nous sommes pareilles. Si on fait de la radio, ce n’est pas par hasard. C’est (sans le savoir au début) par besoin d’aller vers les autres, de leur parler, qu’on fait ce métier. »