Sous la couette douillette des Rencontres de Huy

Catherine Makereel
Mis en ligne

Quand, à 20h30, après avoir enchaîné les spectacles non stop toute la journée, on s’installe devant « Nox » (dès 4 ans) et son décor de chambre à coucher, avec son lit au duvet douillet, on se dit que, vraiment, la Cie L’Anneau a décidé de nous torturer.

  • Photo : D.R.
    Photo : D.R.

On réprime l’envie puissante de plonger dans ce lit qui nous fait les yeux doux et on sert les mâchoires pour décourager tout futur bâillement. Et là, surprise, le spectacle de chambre réveille tous nos sens : notre cou se fige, notre curiosité s’attise et on hésite soudain à cligner des yeux de crainte de rater la moindre seconde.

Il faut dire qu’il se passe de drôles de choses en cette nuit aux airs de quatrième dimension, cousine éloignée et décalée des films Paranormal Activity ou La nuit de la marmotte. Une couette n’en fait qu’à sa tête, un dormeur ne peut s’endormir sans disparaître, les lampes et les interrupteurs font des tours de passe-passe et même le poisson rouge taquine son maître. On ne peut vous en révéler plus au risque de vous gâcher les (nombreux) effets. S’il y a encore de minis vis à resserrer pour que la magie soit complète, le spectacle hypnotise à coup sûr, sans abuser de la technique mais en créant un univers lunaire.

Autre compagnie aux doigts de magicien, Roultabi a fait elle aussi vrombir les gradins avec « La collection Crayoni », deux comédiens évoquant à eux seuls toute une troupe circassienne, de celles, d’antan, qui sentaient bon la sciure de la piste et les numéros faits main, loin des machineries ultra huilées d’aujourd’hui à la Cirque du Soleil. Tiéro, héritier de la famille Crayoni, nous accueille par petits groupes dans les coulisses de son chapiteau. Aujourd’hui, le cirque a été vendu, la troupe dissoute, mais Tiéro veut rendre hommage une dernière fois à ce qui fut un monde fascinant. Avec une simplicité déroutante, comme gêné d’être là, devant nous, l’artiste rouvre pour nous son album photo, révèle ses petits trucs pour le trac, et peu à peu, se lance lui-même dans des numéros de cirque, sans avoir l’air d’y toucher mais avec une adresse soufflante, le tout sans s’arrêter d’évoquer ses souvenirs. Un tour de jonglerie aquatique et le voilà qui nous explique le principe de la force centrifuge, de belles figures au lasso et le voilà évoquant avec tendresse l’humour de sa Maman, un tour de magie (le plus ancien du monde paraît-il) et le voilà engagé dans les souvenirs de ces parades qui se déversaient dans la ville où la troupe s’installait. Même s’il est accompli avec maîtrise, le cirque n’est ici qu’un prétexte au théâtre. Sous les anecdotes percent une tendresse, nostalgique mais sans cliché, pour une période révolue, un monde que la télé et le marché du divertissement n’avait, à l’époque, pas encore éclipsé. Rien de novateur dans la forme, on passe tout simplement une heure de bonheur total, le sourire scotché aux lèvres, et l’envie que ça continue encore et encore.

De la tendresse, on en trouve aussi en barre dans « Indiens » (dès 8 ans), spectacle tout doux sur un grand-père un peu marginal, peau rouge qui ne marcha jamais dans la file indienne. Seul sur scène, Philippe Léonard ne convoque ni plumes ni calumet, seul un bosquet abritera parfois un tipi imaginaire. Le comédien, et sa bouille de vieux chef indien, se coule dans la peau d’un gamin, tout à ses souvenirs de l’original grand-père, marchand de cochon à Schaerbeek qui traversait la vie comme un bison futé, libre comme le vent, aigle noir qui disparut avant que la sénilité ne le rattrape. Espiègle et touchant.

Osez la rencontre !