Un théâtre jeune public en top forme

Catherine Makereel
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Huy, c’est fini. Les professionnels du secteur ont dévoilé leurs coups de cœur. Jusqu’au bout, on a vécu des voyages extraordinaires. Le palmarès des Rencontres Jeune public 2012.

  • « Kohlhaas ». Photo D.R.
    « Kohlhaas ». Photo D.R.

Fin du voyage à Huy. Près de quarante spectacles vus en une semaine et une conclusion : le théâtre jeune public belge se porte à merveille. Son bilan de santé a de quoi faire pâlir les analyses médicales d’Usain Bolt. On y a relevé de l’audace (le beau et dérangeant Tout le monde ça n’existe pas, de Marie Limet sur son handicap). On y a mesuré des hectolitres d’inventivité burlesque dans le détournement d’objets (le poétique Haïku, du Papyrus). On y a observé des sommets sur le cardiogramme de l’écriture avec des bijoux comme Le voyage intraordinaire, d’Eric Durnez. Enfin une pièce pour les ados qui n’a pas peur de les embarquer dans une odyssée littéraire. Chapeau à Une Compagnie pour ce pari-là ! Dernière analyse sanguine : un fort taux de tendresse et de simplicité coule dans les veines de ce théâtre jeune public.

Finalement, si un spectacle devait résumer la prolifique singularité de notre production jeune public, ce serait Kohlhaas (dès 15 ans) de l’Agora : fable rebelle et déjantée sur l’impossible quête de justice. Incontestable moment fort de ces Rencontres, la pièce prouve le possible et même salutaire mélange d’exigence littéraire et d’originalité, voire de folie, scénique quand on s’adresse à un public d’enfants, en l’occurrence d’adolescents. Au départ, un drame d’Heinrich von Kleist sur un modeste marchand de chevaux devenu bandit et meurtrier à cause de son sens aigu de la justice. Un texte, entre lyrisme existentialiste et détachement kafkaïen, que la troupe déconstruit goulûment, avec un humour et un décalage constant. Pour exacerber la cruauté du destin, l’insupportable domination arbitraire des puissants et l’impuissante crédulité des plus humbles, les comédiens usent de tous les ressorts dramatiques : maquillage clownesque, roulements de tambour, marionnettes guignolesques. Pour participer à la révolution du peuple, le public reçoit des balles à jeter en rafale sur les seigneurs et grands propriétaires terriens. Les messagers sont des anges sur monocycle. Une panne d’électricité générale conduit nos comédiens à poursuivre à la lueur des bougies. Les cavalcades entre les personnages sont interrompues par des pauses impromptues en coulisses, où l’on devise sur la qualité d’attention du public du jour. Pas une seconde n’est prévisible dans cette tragicomédie musicale. Le théâtre de l’Agora ne ressemble à aucun autre et c’est pour ça qu’il reste l’un des plus grands !

La relève est bien là

Dans l’ensemble, on a été surpris, émerveillé, provoqué. Les jeunes compagnies ont prouvé que la relève était bien là : mention à la Cie Renards (Les pitoyables aventures de Tom Pouce). Beaucoup d’anciennes compagnies ont su renouveler leur style : le Tof Théâtre, notamment, avec son Piccoli Sentimenti. Mais surtout, au-delà de toutes les prouesses novatrices, on a vu des pièces qui vont faire aimer le théâtre aux enfants, simplement parce qu’on s’y poile et qu’on en ressort avec la patate ! Dans le genre, Coco & Co (dès 6 ans) est un cas d’école. Imaginez des poules qui caquettent et font des claquettes et un poussin coq n’roll. Le Skat Théâtre nous a pondu une basse-cour hilarante, où l’on swingue, on rappe, on picore du côté du féminisme et du récit d’aventures, dans une mise en scène couvée avec une belle précision. Enfants et adultes, nous voilà sortis de là comme des coqs en pâte. N’est-ce pas là ce qui compte avant tout ?

Les choix du jury

Prix de la Culture : Conversation avec un jeune homme (notre critique), de la compagnie Gare centrale, ex aequo avec A l’affiche : Kohlhaas, de la compagnie Agora.

Prix de l’Enseignement fondamental : Snacks, de la compagnie Héliotrope.

Prix de l’Enseignement secondaire : Personne ne bouge ! Tout le monde descend, des Ateliers de la Colline.

Mentions du jury

Pour l’espièglerie de sa mise en scène : Toute seule, de la compagnie LaBerlue.

Pour son approche poétique de la mémoire ouvrière : Macaroni !, du Théâtre des Zygomars.

Pour sa puissance artistique : Tout le monde ça n’existe pas, de la compagnie La peau de l’autre.

Pour son inventivité : Tom Pouce, de la compagnie Renards.

Les choix de la presse

Coup de foudre : Voyage Intraordinaire, de Une Compagnie.

Coups de cœur : A l’affiche : Kohlhaas, de l’Agora Théâtre ; Toute seule, de La Berlue ; Piccoli sentimenti, du Tof Théâtre et du Teatro delle Briciole.

Prix Kiwanis : Ici s’écrit le titre de la pièce qui parle d’Ante…, du Théâtre des Chardons

Osez la rencontre !