Quel avenir pour les Rencontres de Huy ?
Les Rencontres de Théâtre Jeune Public se sont achevées vendredi. Le bilan artistique est excellent. Mais les professionnels alertent sur l’avenir d’un secteur exsangue.
C’est cyclique, tous les 10 ans, la grogne monte dans les rangs des Rencontres de théâtre jeune public. Alors que Christine Guillaume, la directrice générale à la Culture, a promis un débat sur l’organisation du secteur en septembre, de nombreuses questions ont alimenté les conversations de couloirs la semaine dernière tandis qu’une quarantaine de spectacles étaient présentés à Huy et que se décidait le menu que vos enfants découvriront sur les planches et dans les écoles la saison prochaine.
Vitrine précieuse, les Rencontres attirent une foule de programmateurs, mais de nombreuses compagnies n’obtiennent pas le ticket d’entrée. Pourquoi le théâtre jeune public subit-il une sélection qui n’existe pas dans d’autres secteurs ? Pourquoi un tel filtre alors que le nombre de compagnies jeune public a doublé en dix ans (une centaine au total aujourd’hui) ? « Ce n’est plus possible de fermer autant la porte ! », s’insurge Cali Kroonen, co-directrice de la Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse. « Question de logistique », répond la Province de Liège, organisatrice de l’événement, affirmant ne pouvoir assurer l’accueil de plus de 40 compagnies.
Ce secteur ne mériterait-il pas une sorte d’Avignon belge et jeune public, qui rassemblerait le tout public, et pas seulement un cercle de professionnels avertis ?
Cette année, sur les 38 spectacles présents à Huy, 24 étaient sélectionnés d’office car agréées ou contrat-programmées et 14 étaient sélectionnées par une commission de concertation composée de programmateurs, d’enseignants et d’artistes. D’aucuns revendiquent que cette commission devienne purement artistique pour éviter un certain conservatisme pédagogique de la part du monde enseignant. Pour éviter aussi la frilosité des programmateurs : dans beaucoup de centres culturels, certains doivent se battre pour faire du jeune public et subissent de ce fait une pression pour faire du chiffre. Une commission purement artistique garantirait ainsi une meilleure prise de risque, plus d’innovation dans la forme et le propos.
Le jeune public attire toujours plus de jeunes artistes, même s’il n’est plus aussi porteur qu’autrefois. Il y a quelques années, un bon spectacle pour les tout-petits donnait 150 représentations par an. Aujourd’hui, on arrive difficilement à 50. Sans compter que la Culture ne subventionne plus aucune nouvelle compagnie ces dernières années. Ce sont donc les compagnies les plus fragiles qui n’ont pas droit à l’erreur, créant des spectacles sans assurance d’être sélectionnées à Huy, et encore moins d’être diffusées. « On parle de la relève, on entend des discours flatteurs sur sa créativité, mais économiquement rien n’est fait pour soutenir cette relève », s’insurge Luc Dumont du Zététique Théâtre. De ce fait, une nette tendance se dessine : certaines « anciennes » compagnies, conventionnées, ouvrent officieusement la porte aux jeunes pour les sortir de l’impasse, leur permettre de créer sous un « label » reconnu et passer ainsi devant le public de Huy. Des passerelles qui donnent un peu d’air.







