De lopin de callune en réserve naturelle

Jean-philippe De Vogelaere
Mis en ligne

Rixensart. Une mosaïque naturelle d'une richesse incroyable. Depuis trente ans, un projet immobilier y défrayait la chronique. Le site a pu être racheté par la commune, avec le large soutien de la Province du Brabant wallon.

  • Les manifestants de 2006 seront ravis d’apprendre que la Grande Bruyère est sauvée. L’ASBL Natagora va même, pour un euro symbolique, en assurer la gestion pendant les trente prochaines années. © RENÉ BRENY.
    Les manifestants de 2006 seront ravis d’apprendre que la Grande Bruyère est sauvée. L’ASBL Natagora va même, pour un euro symbolique, en assurer la gestion pendant les trente prochaines années. © RENÉ BRENY.

L’orchis tacheté y avoisine la laîche déprimée, tandis que la petite mygale Atypusaffinis y côtoie une petite population de lézard vivipare, une espèce menacée en Brabant wallon. Qui sait en reliant Genval et Rixensart qu’il passe à travers un vrai bijou botanique, qui compte 353 espèces de plantes supérieures sur les 1.300 espèces recensées en Belgique ?

La Grande Bruyère est à présent totalement préservée. La commune a pu racheter à un propriétaire privé le dernier tronçon manquant au prix de 1,2 million d’euros, dont un million subsidié par la Province. Et ce jeudi, elle a signé avec l’ASBL Natagora un droit d’emphytéose de 30 ans afin que cette association puisse l’entretenir et la rendre, sous conditions, accessible au public.

Cela faisait trente ans que ce dossier empoisonnait la vie politique de Rixensart. Tous les six ans à la veille des élections communales, un dossier de lotissement semblait ressurgir du néant. Heureusement, toutes les formations politiques s’y sont toujours opposées jusqu’à la manifestation de 2006 qui a provoqué l’étincelle nécessaire au rachat des lieux. Il est vrai que les anciens se rappellent que, jusqu’à la seconde guerre mondiale, chacun disposait là de son petit lopin, sur lequel il pouvait récolter la callune (fausse bruyère) bien utile au bétail.

« Une signature historique bien agréable pour moi, même s’il reste la question de la dépollution d’une partie du site. J’espère que la Province restera encore à nos côtés… », a souri le bourgmestre Jean Vanderbecken (NAP), tandis qu’Alain Trussart, le député provincial Écolo ajoutait : « Il y a la Région pour cela ! Mais ce site, à deux pas du projet immobilier des anciennes papeteries, permet de sauvegarder un poumon vert essentiel au bien vivre des Brabançons wallons. »

Les cinq hectares de la Grande Bruyère, comprenant les deux parcelles déjà acquises lors de la faillite de la société Balamundi, iront s’ajouter à l’hectare de la prairie du Carpu, propriété de Natagora. Selon Harry Mardulyn, le président de cette association de protection de la nature, gestionnaire de 4.500 hectares en Wallonie, « l’objectif est d’obtenir le titre de réserve naturelle sur la totalité de la zone ». Journées de gestion et visites guidées y seront rapidement proposées. Tout bénéfice pour la tourbière et ses suintements acides à sphaignes qui donnent tout leur éclat à cette mosaïque naturelle.