La course du rat incompatible avec une saine science

Frederic Soumois
Mis en ligne

L’équipe de l’UCL épinglée aujourd’hui par l’une des plus grandes revues scientifiques pour « manque d’approbation éthique et omission d’une évidence expérimentale » a-t-elle commis une faute vénielle ? Ou a-t-elle franchi la limite en pratiquant des « comportements nuisant gravement à l’université, dont ils mettent en question la réputation de rigueur intellectuelle et d’éthique scientifique », ainsi que l’écrit l’enquête interne de l’UCL, dévoilée par Le Soir ?

Les experts consultés restent partagés. Le lecteur tranchera. Le débat ne manquera pas de se poursuivre. Dans la petite communauté scientifique de la « fertilité assistée », spécialité que la Belgique porte haut et fier depuis 40 ans, cette controverse, qui éclate aujourd’hui comme un bubon trop mûr, était devenu depuis des mois un secret de polichinelle.

Mais, vénielle ou capitale, le pire serait qu’on ne tire aucune leçon de cette faute. Car elle est très vraisemblablement causée notamment par cette course infernale à la publication scientifique qui affecte aujourd’hui la qualité et l’indépendance d’une recherche saine et porteuse de vrai progrès humain et social.

En accordant une surprime faramineuse à la primauté de la première publication, le système de référence scientifique pousse au crime des millions de scientifiques engagés dans une compétition globale. Officiellement, les règles sont claires et connues de tous. Mais dans la pratique, les organismes spécialisés dans la détection de la fraude scientifique ne cessent, ces derniers mois, de mettre en garde contre l’augmentation exponentielle de mauvaises pratiques : duplicata, plagiat, mais aussi omission. La forme la plus raffinée de mensonge. Celle précisément reprochée, sans aucune réserve oratoire, à l’équipe belge…

Mais ne nous y trompons pas : les motivations des chercheurs de l’UCL ne pouvaient être le lucre. Ils ont effectivement et incontestablement permis à un couple infertile de connaître la joie d’une naissance. Mais, dans le même mouvement, ils peuvent avoir été poussés à franchir la ligne jaune pour participer à cette compétition indigne de leur qualité intrinsèque.

Et largement causée par cet « air du temps » qui veut que toute recherche doive être directement orientée par un retour commercial, industriel ou… médiatique. Une logique à laquelle même les autorités européennes, belges ou wallonnes en charge de la recherche contribuent. Qu’elles arrêtent de prendre nos chercheurs pour des rats de labo !

Osez la rencontre !