La romance de Spricigo

Jean-marie Wynants
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Il reste deux semaines pour découvrir le travail de Jean-François Spricigo au Musée de la photographie. Au-delà de la force propre de chacune de ses images, l’exposition propose des associations inédites entre celles-ci. Le résultat est superbe et bouleversant.

  • Chez Jean-François Spricigo, les images se brouillent sous nos yeux, approchant petit à petit une inéluctable disparition. © Jean-François Spricigo
    Chez Jean-François Spricigo, les images se brouillent sous nos yeux, approchant petit à petit une inéluctable disparition. © Jean-François Spricigo

Certaines photographies s’impriment à jamais dans notre mémoire. D’autres ne font que passer devant nos yeux. Celles de Jean-François Spricigo font incontestablement partie de la première catégorie. En découvrant son exposition au Musée de la photographie à Charleroi, on reconnaît instantanément des images vues il y a plusieurs années en d’autres lieux, sous d’autres formats, différemment associées.

Chacune s’impose d’elle-même par cette étonnante utilisation d’un noir et blanc très contrasté où portraits, paysages ou objets présentent un visage trouble semblant s’effacer déjà de nos souvenirs. Jean-François Spricigo parvient ainsi à fixer dans notre mémoire des images qui paraissent s’effilocher sous nos yeux.

Troublées et troublantes, celles-ci sont comme brouillées par le temps qui passe, surexposées par une lumière violente ou quasiment irréelles par leur trop-plein de netteté nocturne.

Rien d’exceptionnel dans les sujets qu’il traite : amis, paysages, animaux, scènes banales, objets du quotidien… Pourtant, à travers son regard, tout prend une dimension nouvelle, dramatique, bouleversante. On n’est jamais ici dans un monde onirique mais plutôt dans ce réel qui s’enfuit déjà et que l’on a toutes les peines à retenir.

Rien que cela suffirait déjà à notre bonheur mais la grande qualité de cette exposition est d’aller plus loin encore en donnant à l’artiste l’occasion d’associer de manière inédite plusieurs dizaines de ses images. Sous le titre Romanza, c’est un véritable récit qu’il nous livre. Non pas un roman-photo avec un début et une fin mais une sorte de conte en images où chaque élément participe à l’élaboration d’un formidable voyage à travers le temps et l’espace. On peut le parcourir en tous sens sans jamais se lasser. Et redécouvrir ainsi encore et encore, la force de chacune de ses images.

Musée de la photographie à Charleroi, jusqu’au 16 septembre, www.musee-photo.be

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