La romance de Spricigo
Il reste deux semaines pour découvrir le travail de Jean-François Spricigo au Musée de la photographie. Au-delà de la force propre de chacune de ses images, l’exposition propose des associations inédites entre celles-ci. Le résultat est superbe et bouleversant.
Chacune s’impose d’elle-même par cette étonnante utilisation d’un noir et blanc très contrasté où portraits, paysages ou objets présentent un visage trouble semblant s’effacer déjà de nos souvenirs. Jean-François Spricigo parvient ainsi à fixer dans notre mémoire des images qui paraissent s’effilocher sous nos yeux.
Troublées et troublantes, celles-ci sont comme brouillées par le temps qui passe, surexposées par une lumière violente ou quasiment irréelles par leur trop-plein de netteté nocturne.
Rien d’exceptionnel dans les sujets qu’il traite : amis, paysages, animaux, scènes banales, objets du quotidien… Pourtant, à travers son regard, tout prend une dimension nouvelle, dramatique, bouleversante. On n’est jamais ici dans un monde onirique mais plutôt dans ce réel qui s’enfuit déjà et que l’on a toutes les peines à retenir.
Rien que cela suffirait déjà à notre bonheur mais la grande qualité de cette exposition est d’aller plus loin encore en donnant à l’artiste l’occasion d’associer de manière inédite plusieurs dizaines de ses images. Sous le titre Romanza, c’est un véritable récit qu’il nous livre. Non pas un roman-photo avec un début et une fin mais une sorte de conte en images où chaque élément participe à l’élaboration d’un formidable voyage à travers le temps et l’espace. On peut le parcourir en tous sens sans jamais se lasser. Et redécouvrir ainsi encore et encore, la force de chacune de ses images.







