Quel cran ! On ne voit pas d’autres mots pour décrire la performance de Marie Limet dans Tout le monde ça n’existe pas (13 à 18 ans), seul en scène troublant, sans tabou, sur son corps hors-normes. Danseuse et comédienne, Marie Limet est née avec un handicap, un bras incomplet, arrêté à mi-chemin par un moignon. « Un moignon, c’est mignon comme mot », lance-t-elle avec une incroyable franchise qui vous aimante d’un bout à l’autre du spectacle. L’artiste aborde son handicap sans détour, sauf que, sur ce thème où beaucoup se sont déjà cassé les dents, la comédienne accomplit un solo de toute beauté, artistique jusqu’au bout, et surtout pas donneur de leçons, revanchard ou didactique. Si les premières versions de ce spectacle tenaient du témoignage autobiographique, on est aujourd’hui dans le registre d’une parole d’artiste forte et magnifique. Elle s’y expose sans fard, certes, mais ce que raconte Marie Limet avant tout, c’est la femme qu’elle a toujours rêvé d’être. Sur les chansons rocailleuses de Tom Waits – « Nobody is that strong » ou « Is there any way out of this dream » – elle joue les femmes sensuelles, séductrices, farouchement libres. Sur une scène nue, seuls une malle et un porte-manteau aux
lignes masculines l’accompagnent dans cette valse fiévreuse. Débarquant en starlette excentrique, elle offre son corps furieusement aux regards.
Soudain, sa prothèse l’abandonne mais pas sa flamme. Drôle, poétique et crue, l’heure qui suit est une délicate mise à nu.
Avec ce spectacle (bientôt repris au Poche), Marie Limet veut mettre les tabous sur la table : « Ce spectacle, je l’ai conçu pour tous les publics mais j’aime particulièrement le public adolescent. Leur regard n’est pas cruel mais plutôt confrontant. Ils sont eux-mêmes dans une certaine fragilité, une interrogation sur leur image. » Ado ou pas, une pièce à voir d’urgence.
Du 8 au 26 janvier au Poche, Bruxelles.